« YUÉ/WIÉ », « WAYUÉ/WAWIÉ » : « FAMA AVAIT FINI… »

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Le célèbre romancier ivoirien, Ahmadou Kourouma, a révélé au monde entier, à travers une écriture en langue française calquée sur le malinké, l’énorme richesse sémantique de nos langues maternelles dont la force de frappe doit beaucoup à la métaphore. Lorsque Kourouma (1970 : 196) écrit dans Les soleils des indépendances, « Fama avait fini, était fini », il traduit littéralement le malinké « Fama banan ».

Cette perception de la mort comme la fin d’un parcours est aussi présente sous diverses formes dans d’autres langues de Côte d’Ivoire. C’est ainsi que les Baoulé désignent la mort par le mot « yué » ou « wié », c’est-à-dire « la fin ». On dit effet « wayué » ou « wawié » pour dire « c’est fini » en baoulé.

En gouro, l’idée de fin associée à la mort est beaucoup moins directe, puisqu’elle n’est perceptible ni dans le substantif « ga » (« la mort ») ni, par conséquent, dans le verbe « gatchi » (« mourir »). Il faut donc aller la chercher du côté du groupe nominal « mi gnanhan » qui désigne « le corps » ou « la dépouille mortelle ».  Le fait est que, dans cette composition, le nom « mi » signifie « l’Homme » et le nom « gnahan » « la dépouille, les restes ». Or, « gnanhan » dérive du verbe « gnantchi » (« finir ») et coïncide, plus morphologiquement que par la phonologie, avec la forme « E gnanhan » qui veut dire « C’est fini ».

Mais le Baoulé et le Gouro se rejoignent lorsqu’en disant respectivement « Wa wou » et « E ga »,  ils disent à la fois « Il est mort » et « Ça a séché ». Il se trouve en effet que mourir revient d’une certaine façon à sécher. En langue gouro en particulier, cela se perçoit davantage à la lumière de l’expression « An ya drô » utilisée couramment pour dire qu’on va ou qu’on se porte bien ; car elle signifie littéralement « Je suis frais ». Dans l’esprit du Gouro, on est donc frais quand on est vivant et on devient sec quand on meurt. C’est vrai pour tous les êtres vivants : les plantes, les animaux et les humains.

Par Dr Djandué Bi Drombé

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