« YRĀ, YRÁ » ; « GNRÁN, GNRÀN » : LE VISAGE DE LA HONTE ; À LA SUEUR DU FRONT

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« Verser le visage de quelqu’un par terre » est une expression ivoirienne calquée sur l’agni et le baoulé. Et d’autres langues aussi sans doute. On peut, sans aucun inconvénient, l’ajouter à la liste des « Tournures exprimant l’idée […] de situation inconfortable attentatoire à l’image » que Bohui Djédjé propose dans son ouvrage sur les ivoirismes (2015 : 87-88). Elle traduit, à la fois avec humour et gravité, le fait de se retrouver dans une situation inconfortable à cause du comportement ou des propos déplacés d’une personne.  Pour faire court, c’est faire honte à quelqu’un.

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On reconnaît une personne qui a honte au visage baissé, d’où la force de la métaphore akan qui, pour aller plus loin que le simple fait de « baisser » la tête, liquéfie le visage pour qu’il traîne à terre. Mais aussi et surtout la relation étroite qui existe entre le visage et la honte. Cela pourrait expliquer pourquoi le Gouro utilise exactement le même mot pour désigner le visage et la honte en changeant juste de ton. Et en passant de « yrā » à « yrá », on peut presque sentir dans l’intonation que le visage se tord et se déforme sous le poids ou l’effet de la honte.

Il en va de même pour les quasi homonymes « gnrán » (« le travail ») et « gnràn » (« le courage »). « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage jusqu’à ce que tu retournes dans la terre d’où tu as été tiré » (Genèse 3, 19), voici sans doute l’une des promesses les mieux tenues à l’endroit de l’humanité. Les hommes étant ainsi condamnés à travailler toute leur vie, le courage s’impose à tous comme une vertu cardinale. Les Gouro semblent l’avoir si bien compris que pour toujours s’en souvenir, ils désignent presqu’avec le même mot le travail (« gnrán ») et le courage (« gnràn »).

Qu’un même son change ainsi de sens en fonction de l’intonation est un phénomène très courant dans toutes nos langues maternelles qui sont des langues à tons. Et ces sortes de symétries ou d’équivalences conceptuelles entre deux ou plusieurs mots écrits exactement de la même façon mais prononcés différemment, il en existe bien d’autres en gouro, mais aussi beaucoup dans les autres langues.

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Ainsi en gouro, le mot « gninhin », prononcé exactement de la même manière, sera tantôt le substantif qui veut dire « sang », tantôt l’adverbe véhiculant l’idée que « quelque chose ou quelqu’un va bien à ou avec quelqu’un » ; un peu comme si cette chose lui rentrait presque dans le sang pour faire corps et âme avec lui. Le monosyllabique « zi », en fonction de l’intonation qu’on lui applique, signifiera « le chemin » (ton haut) ou « autour » (ton bas), donc, dans ce deuxième cas de figure, « le chemin autour ».

Un autre monosyllabique tel que « bla », mais du baoulé cette fois-ci, renvoie tantôt à l’impératif « viens », tantôt aux substantifs « femme, marigot/puits », en fonction de l’intonation du locuteur.  Quand on sait que c’est à la femme qu’il revient d’aller chercher de l’eau dans nos sociétés traditionnelles, on comprend facilement que ce n’est qu’une femme qui puisse dire à sa congénère « viens avec moi au marigot ». En dioula, « djrou » signifie à la fois « la corde » et « la dette », comme si contracter une dette revenait à se mettre une corde au cou ; et c’est sans doute le cas.

Par Dr DJANDUÉ Bi Drombé

 

 

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