«YOUGOU YOUGOU, A DO KA FLÈ »

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« Fouillez, gagnez, fouillez, gagnez ! » C’est le refrain que l’on entend souvent dans nos marchés populaires à Abobo, Yopougon ou Adjamé. Oui, surtout à Adjamé. Il faut y voir une incitation, une invitation adressée aux clients afin de s’approcher des piles de « yougou yougou » étalées à même le sol sur des sacs plastiques.

Le « yougou yougou » ou « yougosse », pour faire beau, désigne les vêtements, les chaussures, les sacs, les ceintures, etc. de seconde main ou friperies vendus sur les marchés d’Abidjan et de l’intérieur du pays. L’expression, tirée du malinké, signifie en effet « remuer ou secouer ». Justement parce qu’en la matière, plus vous fouillez, remuez et secouez, plus vous avez la chance de trouver un article à votre goût. Au début, c’était surtout des vêtements, d’où « yougou yougou a do ka flè », c’est-à-dire, « fouille et porte tu vas voir ou essaie ».

Mais autant ne pas vous mettre à fouiller si vous n’êtes pas vraiment intéressé. Au risque d’être traité de « client oiseau », le type de clients qui fouillent toujours mais n’achètent jamais.

Le commerce du « yougou yougou » est un secteur très lucratif détenu en grande partie par des ressortissants de pays tels que le Ghana ou le Nigeria. Même si de plus en plus les jeunes Ivoiriens investissent le milieu. Les vêtements et autres articles « yougou yougou » occupent désormais une place importante dans nos habitudes. Il n’est pas rare aujourd’hui de voir des magasins de friperies même dans les quartiers les plus huppés. Si bien que ces articles ne sont plus seulement destinés aux personnes à faible revenu.

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Quant à leur origine, les friperies  proviennent essentiellement d’Europe (France, Angleterre) et d’Amérique (États-Unis) pour achever leur course sur les marchés africains et ivoiriens au grand plaisir des populations, nous rapporte Abdoulaye, un jeune nigérian travaillant dans le secteur.

Peut-être faut-il y trouver l’explication de mot « brôd » utilisé en Côte d’Ivoire comme synonyme de « yougou yougou », puisque que « brôd » pourrait être une adaptation de l’anglais « abroad » qui veut dire étranger, qui n’est pas du pays. On dit par exemple « Il a pris ça dans brôd ».

Les vêtements « brôd » ou « yougou yougou » sont très variés. On y trouve facilement des robes, des jupes, des pantalons, des caleçons, des soutiens gorges, des draps etc. Et il y en a pour tous les âges, pour tous les goûts et pour toutes les formes.

Le « yougou yougou » bat d’emblée tous les records en termes de prix, d’où le slogan habituel « prix cassés » prôné par ces infatigables artistes-commerçants. Les prix sont cassés en même temps que les balles. Avant 2010, les prix variaient de 25 à 1500 F CFA voire 2000 F CFA pour les premiers choix. On raisonne ici en termes de choix. Lorsque « le balle est cassé », c’est-à-dire ouvert, déballé, ce sont d’abord les revendeurs et revendeuses qui ont le droit de fouiller, viennent ensuite les particuliers. D’où premier, deuxième, troisième choix… C’est une question de qualité des articles dont certains sont parfois carrément neufs.

Le « yougou yougou » est reputé pour ses prix bas. Cependant, avec l’émergence du pays, les prix ont aussi tendance à émerger même dans ce secteur, jusqu’à concurrencer les prêts-à-porter de marque. Il est aussi vrai que les vêtements « yougou yougou » n’ont quelques fois rien à envier à ceux dits de marque.

Ils se distinguent néanmoins par un parfum unique en son genre, le même depuis toujours, qui a souvent vite fait de trahir les petits malins qui donnent l’impression de ne pas « fouiller » comme tout le monde. Nous sommes en effet nombreux à nous ravitailler au « yougosse market » de Yopougon, d’Adjamé ou d’Abobo, mais très peu parmi nous sont prêts à assumer cette marque populaire. Pour ma part, l’essentiel n’est pas de s’habiller chez Versace, Prada ou Zara, mais que chacun trouve son compte et s’habille avec pudeur et décence. Et ces valeurs-là n’émanent d’aucune  marque de luxe ou de pacotille.

Par SÉKONGO Yiré Débora

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