« YITA » : ABIDJAN OU LA VILLE EN GOURO

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En langue gouro de Nananfla, pour ne parler que de la variante dialectale du gouro que je connais le mieux, on dit couramment «yita» pour designer la ville. L’opposant de fait au bien connu «fla» qui renvoie d’abord au village puis, par extension, à l’origine d’une personne.

Mais que signifie ce mot «yita» ? Composé de «yi» (l’eau) et de «ta» (sur), «yita» veut dire littéralement «sur l’eau». Et pourquoi «sur l’eau»  pour désigner notamment Abidjan ? Parce que Abidjan c’est la perle des lagunes ; c’est aussi l’Océan atlantique qui arrose la capitale économique de la Côte d’Ivoire, et qui fait qu’on l’assimile naturellement à la mer.

Abidjan est la première ville de notre pays et sans doute, par conséquent, la première ville connue par mes parents gouro et tous les autres allogènes ivoiriens. Ainsi, quand les Gouro de Nananfla disent «É gou yita» ou «É si yita», cela s’entend d’emblée «Il/Elle est allé/e à Abidjan» ou «Il/Elle vient d’Abidjan».

À partir de là, le terme en est venu à désigner «la ville» tout court. Si bien que «É gou yita» ou «É si yita», veulent dire également «Il/Elle est allé/e en ville» ou «Il/Elle vient de la ville». Sans qu’il ne s’agisse forcément d’Abidjan.

Mais que dans l’esprit du Gouro, ou plutôt dans sa langue, Abidjan apparaisse ainsi comme la métaphore de la ville, c’est un peu à l’image de notre tendance générale à penser que la Côte d’Ivoire se limite à sa capitale économique, et ce parfois même jusqu’au sommet de l’État. Tout le monde veut y venir ou y vivre ; le gros des investissements est réservé à Abidjan.

Pour finir, la ville se dit aussi en gouro «va fla», là où sont et où vivent les cadres, les intellectuels ou, pour faire simple, les «grands types». Le théâtre par excellence de la modernité. Bien que tous ceux et celles qui vivent à Abidjan et dans les grandes villes de notre pays ne soient pas des «va». Mais chauffeurs, jardiniers, domestiques, vendeuses et j’en passe, ils contribuent tous, d’une façon ou d’une autre, à y entretenir la vie des «va».

Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

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