VOUS AVEZ DIT ABIDJAN, VILLE 5 ETOILES ? (1ère partie)

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En entrant à Abidjan par l’autoroute du Nord, un message attire votre attention : « Vous êtes à Abidjan, ville 5 étoiles. » Quels sont les critères pour être une ville 5 étoiles ? Abidjan peut-il être considérée comme une ville 5 étoiles ? Parcourons ensemble la ville d’Abidjan pour nous faire une idée.

Critères d’une ville 5 étoiles

Existe-t-il des critères de classement des villes ? Il serait difficile de répondre, même si par-ci et par-là, on entend parler de ville 5 étoiles. Je crois, pour ma part que la notion de ville 5 étoiles est une extrapolation des critères liés à la classification des hôtels. Cette notion tire donc son origine de la classification des hôtels, c’est-à-dire les normes internationales reconnues et validées et qui concourent à faire la différence entre les hôtels. Il existe des hôtels 1 étoile, 2, 3, 4 et 5 étoiles. Toutes obéissent aux notions de conforts, sécurité alimentaire, sécurité physique, accueils, espace. On peut ajouter également les sanitaires, l’éclairage, l’accès Internet pour ne citer que ces éléments. Une extrapolation nous permet donc de faire une projection pour déterminer des critères semblables à l’échelle d’une ville.

Un ami, originaire d’Eboko à Aboisso, me disait ceci que lorsqu’il était encore à Adiaké où il, un de ses amis résidant à Abidjan lui disait toujours : « J’habite aux II Plateaux ». Je rappelle que les deux Plateaux font partie du « triangle d’argent » de l’époque: Cocody, Angré, II Plateaux qui représentaient en son temps, les quartiers de rêve comparables aux villes européennes. C’était la belle époque où « Abidjan était Abidjan », dirait le citoyen lambda. Mon ami Kablan Edoukou suit bonnement cet ami en question pour aller connaitre chez lui. Que ne fut sa surprise de voir un monsieur logé dans un quartier précaire appelé « Gobelet », un de ces faubourgs détruits récemment par le pouvoir actuel afin de préserver les vies humaines que les éboulements emportaient à chaque saison des pluies.

Gesco, danger sol-air

branchements anarchiques

Parcourons ensemble la ville d’Abidjan pour découvrir ces fameuses étoiles qui scintillent au-dessus de nos têtes. Gesco, entrée de Yopougon, vitrine d’Abidjan, par l’autoroute du Nord, désordre urbanistique planifié : terrains non viabilisés qui me font penser à ce camp de réfugié découvert aux fins fond de la forêt de Zagné après la guerre civile du Libéria suite à l’assassinat de Samuel Doe, l’ex-président libérien, des maisons de toutes les formes, toutes les catégories, toutes les couleurs, et qui ressemblent à tout, sauf à des maisons urbaines, et qui s’étendent à perte de vue. Ces constructions qui défient la structure d’un campement en pleine forêt équatoriale et n’obéissant en aucun cas, au Plan directeur d’Abidjan que le Père de la Nation a pris soin de mettre en place. J’avais rêvé d’Abidjan, avec les images qui circulaient sur le petit écran noir et blanc de la télé de mon grand frère, mon père. Mais à la vue de Gesco depuis les vitres du car que j’avais emprunté, un petit regret traversa mon esprit. Des fils de courant défient la loi de la gravité, s’étalent telles les ronces de la forêt de Yapiville et s’entrecroisent au-dessus des têtes des habitants. Un véritable désordre qui fait descendre Abidjan de la place de ville 5 étoiles à la position de ville 4 étoiles.

Ex-corridor de Gesco : premiers désœuvrés, la misère à l’état brut

Un peu plus loin, se situe l’ancien corridor, devenu un vestige où foisonnent les premiers exclus d’un système politique calqué sur le modèle occidental et qui peine à construire une société équitable et le bonheur promis aux populations depuis les indépendances. Ici, les premiers désœuvrés que je vois « se cherchent », car perdus dans une capitale économique qui a fini par engloutir toutes leurs chances de « devenir quelqu’un » dans la vie. Femmes, hommes, enfants, de tous âges, de toutes les formes et de tous les teints, même si en général, le teint rouge-clair domine, un teint qui me rappelle une plainte de mon professeur Jérémie Gogo lors d’un cours à l’amphithéâtre Mamadou Coulibaly de l’Ens: « Qui vous a dit que garçon aime forcément femme claire même ? » A peine descendus du car, les premiers passagers sont confrontés à une bande surexcitée qui tente de les envahir. Déjà le problème de sécurité se pose. A peine cinq cents mètres parcourus, une deuxième étoile tombe et nous nous voilà à 3 étoiles.

Siporex : Enfants en danger

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Cap sur Siporex. Le car stationne. Certains passagers descendent. Une bagarre éclate entre un groupe de jeunes adolescents qui tiennent des brouettes dont les propriétaires attendent le soir pour faire le compte avec eux. Ces mineurs, qui forcent le destin en se débrouillant quotidiennement pour survivre et les propriétaires des bagages qui venaient de descendre se battent chaque jour à cet endroit. Bon Dieu, où sont passés les Organisations Nationales de Gombos (Ong) qui chantent sur les antennes de télé et divulguent le mensonge pour extirper l’argent aux pauvres occidentaux, à l’image des brouteurs dont le plus célèbre aurait réussi à vendre la forêt du Banco à un Européen ?

 Souvenirs de Yapiville : la démocratie enracinée

A Yapiville, ma cité et prototype des villages ivoiriens des années 1980, la dmocratie à l’occidentale n’existe pas. Aucun mouvement de défense des enfants n’existe, puisque déjà les bases fondamentales des droits des enfants sont inscrites dans la mentalité individuelle et collective des habitants depuis leur tendre enfance. J’en suis arrivé à me demander pourquoi notre belle Afrique, jadis modèle de vie en communauté, n’a pas su garder son mode de gestion, où la solidarité, l’entraide, l’amour, l’esprit d’équipe étaient la vision commune et partagée. Ça, c’est une autre paire de manches.

Tala, AdjamTala : le triangle désordre, insécurité, saleté

En attendant, le car progresse vers Adjamé, Tala, comme l’appelle affectueusement mon frère Djandué. Ah, Tala ! Dans mon souvenir lointain, les images défilent encore et les histoires de vol que me racontaient ceux qui y effectuaient régulièrement les voyages me font froid dans le dos. Le car franchit Wrangler. Là, un périple commence, un périple qui dure 2 heures comme conséquence d’un embouteillage créé par les nombreuses voitures dont l’Europe s’est débarrassée et qui pullulent à Abidjan et en Afrique. Les embouteillages, c’est aussi et surtout le fait de la mauvaise conduite des chauffeurs de gbaka surexcités par la dose du café noir et le son ô combien diabolique du coupé-décalé. Ils se disputent la chaussée avec les piétons, car ici, l’installation anarchique est la règle de vie. Il ne reste plus que 2 étoiles car une autre étoile vient de sauter.

AdjamTala , quartier à haut risque à certaines heures de la journée, bien sûr ! Tala, lieu de prédilection des gnambros et autres membres d’un système de transport qui dicte ses propres règles de fonctionnement à l’Etat-commerçant. Tala, quartier des pôtô-pôtô à l’odeur pestilentielle. En plein mois de juin et dans un monde qui peine à maîtriser les effets du changement climatique, personne n’échappe à cette terre noire qui visite tous ceux qui y sont de passage. Ancien cimetière devenu gare routière, Tala est le lieu idéal de toutes les rencontres : atôtôh, dealers, vendeur d’illusions, etc.

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AdjamTala , on descend du car, enfin ! On tente de sortir de la gare, une barrière. On réclame 100Fcfa comme droit de passage au taximan qui exige que le client paie. Cela me rappelle la belle époque des Forces Armées Républicaines de Colombie (Farc), où les membres de cette organisation clandestine faisaient des barrages pour raqueter les pauvres paysans dont ils prétendaient défendre la cause ; sauf qu’ici, il n’y a aucune cause à défendre. Chacun crée sa loi, pour son propre bonheur et pour échapper au chômage qui caractérise tout Etat incapable de gérer une jeunesse qui n’existe que dans les discours officiels. On se trouve dans une société occidentalisée sur mesure, dans un Etat qui n’existe pratiquement pas.

Pauvre Eburnie ! Un vrai désordre savamment organisé. Le temps d’arriver à la maison, on traverse des espaces entiers, qui baignent dans la saleté et se présentent comme le bar climatisé des mouches et autres cafards. La quatrième étoile tombe. D’Abidjan ville 5 étoiles, nous nous retrouvons à Abidjan ville 1 étoile. Quelle prouesse publicitaire, comme ces nombreuses publicités qui ont vite fait de tirer profit des victoires de nos sportifs, dévoilant l’esprit d’escroquerie du marketing agressif ? Les embouteillages s’imposent à nous, avec l’appui des forces du désordre, que dis-je, des forces de l’ordre, des chauffeurs dont la conduite confirme nos soupçons : on achète les permis de conduire au marché Gouro. Juste un petit témoignage : un matin, très tôt, je pars au Plateau pour des courses. Au moment où je m’apprête à traverser la voie, par imprudence, un taxi compteur me fonce dessus. Il a eu le temps de s’arrêter quand je lui dis ceci : « C’est avec la tête qu’on conduit la voiture, pas les pieds ». Il veut descendre pour faire palabre. Une autre facette du risque.

Comment un individu en possession de toutes ses capacités physiques et mentales peut-il emprunter le sens inverse pendant que le policier est arrêté là, devant lui ? Un peu plus loin, le chauffeur de gbaka, cette fois-ci poli, me dit gentiment : « mon vié, quand tu vois gbakaman faire ça et puis policier ne dit rien non, c’est que c’est déjà géré. » N’est-ce pas ce que dévoile Petit Dénis dans sa dernière sortie, son disque à succès avec comme morceau phare « Mon lieutenant ? » (Petit Denis, 2016). La dernière étoile saute. Si le piéton n’est pas en sécurité, le passager n’est pas non plus en sécurité : « Abidjan est risqué » (Lunic, 2017). Une ville aussi risquée peut-elle glaner autant étoiles ? Enfin, comme me le disait le docteur Djandué, « Les étoiles sont dans le ciel. Elles sont nombreuses. Donc chacun peut se servir ». Jajajajajajaja ! Si cet Abidjan a 5 étoiles, alors Yapiville est un paradis avec une myriade d’étoiles !

A suivre…

YAPI Michel

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