VACANCES ET ADOLESCENCE D’HIER

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À la jeune génération, vacances et adolescence hier, pour des milliers d’enfants que nous étions, c’étaient TOUS nos différents villages et villes que nous fréquentions. Oh que de souvenirs! Dès que les vacances étaient là, nos parents avaient concocté les programmes et nous allions par monts et par vaux, auprès de nos grands-parents, pour passer trois bons mois au cœur de notre culture de base. Voilà comment on a connu tous les villages des quatre côtés de nos parents. Puisqu’il fallait connaître le village maternel de nos pères, mais aussi le côté maternel de sa maman, les côtés paternels et aussi pareil chez nos mamans.

Que de souvenirs des clairières dans les champs. Les fourmis magnans, la rosée sur les herbes le matin quand au départ l’oiseau roudoudou chantait son chant alors qu’il était perché sur un fromager à mille mètres d’altitude. Je pense aux baignades dans des lacs noirâtres, où nous avions pieds dans la boue argileuse. Les passionnés de pêche tiraient du poisson qu’on se faisait rapidement braisé et qu’on dégustait avec du cube maggi ramené. La nature était un ouvrant volumineux uniquement pour nous. À midi, une tante avait fait à manger sur place. Elle disposait le riz sur une feuille de bananier soigneusement lavée. Et on mangeait avec appétit. On buvait de l’eau en fabriquant des gobelets dans des feuilles d’attiéké. C’était simple. La feuille était faite en cornet qu’on piquait avec une brindille de roseau.

D’y penser ça me ramène très loin en arrière dans les villages de mon père et de ma mère… Bobreguhe, Bemadi, Lobia, Gbetitapea, Zepreguhe, Gbokora, Sapia… J’étais gamin et quand j’y arrivais, j’avais mes habitudes et mes relations avec des cousins du terroir. Il n’y avait rien de plus doucereux hier que ces breaks-là. Quand nous autres fils de fonctionnaires arrivions, c’était l’orgie pour la famille. Le malin de la grand-mère ? Tu pouvais pas ! Elle recevait ses petits enfants qui venaient avec les bras chargés. Du pain, des sardines, du pâté d’abats, de l’huile, du savon et que sais-je encore ?

On prenait les bains ensemble par génération. Le soir la prise de repas était spectaculaire. En pays bété par exemple, dans le pré carré et donc proche voisinage, on s’envoyait les plats pour les partager. Ce qui fait que si vous aviez dix familles de proches voisinages qui étaient même en réalité des parents, on pouvait donc avoir dix plats et on mangeait comme les sénégalais partagent le tiebou diene rek !

Quelle nostalgie ! Et sur la fin du repas, on entendait le début de résonance du tam-tam qui nous invitait à la parade au clair de lune. Les plus jeunes étaient confisqués là par les grands-parents. No bouging. Ils jouaient leurs rôles admirablement. Et quand ils estimaient qu’on avait l’âge d’aller danser et folâtrer, ils nous laissaient y aller et c’était le délire total. Et que dire des tournois de foot inter village ? Un championnat suivi de très haut niveau. Quand votre village jouait la finale et que c’était en déplacement, on s’organisait pour y aller avec la bénédiction des vieux. Le retour avec les coupes étaient dignement célébrés. Les héros des équipes étaient des jeunes gens du coin. Beaux jeunes hommes qui avaient la côte auprès de la gent féminine. Qu’est-ce qu’ils en ont profité les enfoirés en fête !

Le départ en ces lieux pour retourner à Abidjan ou ailleurs car certains de nos cousins venaient des lieux où leurs parents étaient fonctionnaires affectés, étaient d’une tristesse infinie. On s’était alliés d’amitié forte avec des copains et copines. Ce jour-là, personne ne s’approchait de la maison. La douleur des adieux étaient vives. On préférait faire semblant comme si de rien n’était. On quittait le village comme ça incognito. Avec les sanglots dans la gorge. On dépassait les panneaux indicateurs des villages au fur et à mesure. On changeait de région et ça voulait dire que le voyage progressait. Bientôt, on atteignait l’autoroute si vaste et les premières maisons abidjanaises. La ville d’Abidjan semblait s’être renouvelée. On arrivait au quartier et tout autour de nous semblait être étranger. Les copains partis comme nous, revenaient aussi peu à peu. On avait une semaine de vacances ensemble. La rentrée des classes pointait. Aujourd’hui, tout ceci a disparu.

Par Peck Peckisblackman

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