UNE PLUIE N’ARRÊTE PAS UNE DOT (2ème Partie et Fin)

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Suspens à gogo. L’homme est défié de partout : « Il faut choisir ta femme ! » « L’erreur coûte 5000F CFA », avertit amicalement le nouveau porte-parole désigné pour mener cette partie-ci de la cérémonie. Cris de joie, cris de défi. La musique à fond, on danse. Darius a le micro en main. On danse autour des trois ombres voilées. La musique s’estompe. Où est Nadège ? Quelques bonnes volontés veulent voler au secours du frère apparemment en difficulté ; heureusement que ce dernier ne les suit pas. Car, plutôt que la troisième, c’est la deuxième fille qui est Nadège. Tonnerre d’applaudissements pour saluer l’exploit. Or donc l’homme connait sa femme.

UNE PLUIE N’ARRÊTE PAS UNE DOT (1ère Partie)

Au-delà de son caractère ludique, cette étape légère de la cérémonie de dot n’en est pas moins chargée de sens. Elle donne au moins à la belle-famille une certaine idée du type d’homme que va épouser leur fille. On y voit en effet le signe d’un mari attentionné, complice avec sa femme, capable de reconnaitre son épouse dans toutes les circonstances de la vie et, espère-t-on, susceptible de ne pas facilement se tromper de femme.

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On ne le voit pas encore, mais on sent de plus en plus le soleil. La terrasse a même commencé à sécher par endroits dans le parking du Maquis Ninkin-Ninkin. Le calme est revenu ; les mariés sont assis l’un à côté de l’autre, parés d’or ou de ce qui y ressemble fortement. Ils avancent sous les reflets des appareils photo et se retirent momentanément. Place à la musique et aux préparatifs pour le déjeuner. Il est 12h50 par là. L’espace réaménagé se transforme rapidement en un vaste réfectoire ; nous sommes priés de nous asseoir pour manger, mais personne ne se fait prier en réalité.

Il est 13h14. La musique est trop forte ; je la reçois en pleine tête. Quand je pense que des gens à Abidjan passent le plus clair de leur temps dans des maquis qui déversent sur eux des décibels aussi enragés, j’en ai la migraine. 13h29, j’essaie de négocier pour qu’on diminue un peu le volume de la musique. Sans grand espoir. 13h41, à la demande du maître de cérémonie, tout le monde est debout pour accueillir le couple N’guessan. Ovations, tour d’honneur au son de « Meli » de la Tigresse Sidonie. Difficile de ne pas esquisser quelques pas de danse entre deux notes. À 13h36 quelqu’un dépose une bouteille de vin sur notre table. C’est du Valpierre. Cuillères et fourchettes avaient précédé presque dans l’indifférence.

13h40, une voix féminine s’élève au-dessus de toutes pour bénir le repas au nom de Jésus. Magistral. Les choses sérieuses vont commencer : tchep, foutou banane, foutou igname, sauce claire et sauce djoumgblé. À en croire le maître de cérémonie. Je penche déjà pour le tchep. Le service traiteur rentre en action à 13h49. Le DJ nous emmène au Nigeria avant de revenir en Côte d’Ivoire avec Alain Demari, le séducteur en chef de la musique ivoirienne en langue attié.  Quand je regarde derrière moi, je constate que la pluie n’avait pas encore dit son dernier mot. Elle est fine comme de la poussière dans l’air, mais c’est suffisant pour museler le soleil qui avait commencé à donner de la voix.

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À 14h03 je suis en train de déguster du foutou banane à la sauce claire. Il n’y a plus de tchep. Je finis de m’injecter ce foutou bien pilé avec la « Femme de feu » de Gadji Celi : « L’homme n’est rien sans la femme ». Puis à nouveau de la musique anglophone, immédiatement suivie d’un rythme goli, comme pour nous ramener aux sources et retrouver nos racines dans un monde globalisé qui menace de réduire nos langues et nos cultures à de simples vestiges de l’histoire de l’humanité.

14h16, le couple N’guessan est de retour ; l’homme tout de blanc vêtu, la femme dans une combinaison à dominance orange assortie à son teint lunaire, des jambes comme venues tout droit des forêts du centre-ouest ivoirien. La pluie fine devient dense, mais beaucoup danse encore sous le grand hangar du Maquis Ninkin-Ninkin. On sent le ciel toujours imbibé de jus. La lourdeur du temps contraste avec l’animation ninkin-ninkin (très doux en langue baoulé) qui prévaut, comme pour célébrer une autre victoire de la vie sur la mort. Il est 14h presque 30, une réunion importante nous attend à Abobo qui nous oblige à ne pas boire ce bon vin jusqu’à la lie. Le samedi prochain, 1er septembre 2018, Darius et Nadège se diront encore oui devant le Maire de Yopougon.

Par DJANDUÉ Bi Drombé

 

 

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