UNE PLUIE N’ARRÊTE PAS UNE DOT (1ère Partie)

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Dix heures à Yopougon sous une pluie battante. On est le samedi 25 août 2018. Sortir d’Abobo ce matin n’était pas évident. Il fallait une bonne raison pour oser braver les éléments. La dot de notre frère et ami Darius a donc pesé de tout son poids dans cette décision. Ce n’est pas chaque jour qu’on célèbre une dot ; et on est censé le faire une seule fois dans la vie. La cérémonie se déroule au Maquis Ninkin-Ninkin à Yopougon Toit rouge, logé entre la Pharmacie Baïty et la Gendarmerie. Nous y sommes. La pluie n’arrête pas de tomber.

À 10h23 la délégation du fiancé est installée. Celle de la fiancée que nous avons trouvée réunie sur un côté en arrivant, et que nous avons saluée avant de nous asseoir, n’en finit pas de se concerter. Ça promet ! À 10h26 on nous sert de l’eau à boire. Deux femmes d’un certain âge viennent nous saluer, suivies deux minutes après par les autres parents de la fiancée. Puis ils s’en vont poursuivre leur concertation.

De son côté, la pluie a commencé à battre de l’aile ; un soleil difficile se laisse à peine deviner. 10h43, la délégation de la fiancée commence à prendre place devant celle des hôtes du jour. Les représentants des parents du fiancé sont appelés à l’intérieur à 10h46, sans doute pour les derniers réglages avant le début des « hostilités ». L’occasion est bonne pour s’éclipser afin de prendre le petit déjeuner. Une cérémonie de dot, on sait toujours quand ça commence, rarement à quelle heure ça prend fin. C’est du placali qui nous tombe entre les dents, nous qui pensions surtout attiéké. Qu’importe, le manioc est mort, vive le manioc !

Il est 11h passées lorsque nous revenons au lieu de la cérémonie. C’est sous nos yeux que les choses sérieuses commencent. Tout se déroule en Baoulé, le fiancé étant de Bocanda et la fiancée de Bouaké. À 11h16 la pluie reprend de plus belle. Trois hommes et une femme sont obligés d’utiliser un parapluie pour aller jusqu’à une voiture et en sortir les objets de la dot.

Il s’agit d’un pagne kita pour le père, un pagne hollandais pour la mère, six complets de pagne pour la mariée, huit bouteilles de liqueur, un casier de boisson (vin et bière), 25 kg de sel et la somme de 100.005 F CFA. Deux autres bouteilles vertes de liqueur serviront à rapidement sacrifier à l’étape du « Kôkô » avant d’en venir à la dot à proprement parler.

Pour la suite, les porte-parole ont recours à des micros pour que leurs voix prennent le dessus sur le bruit de la pluie au contact des sols et des toitures. Le temps qui passe voit les deux délégations grossir progressivement. On présente les membres de la famille de la fiancée et ceux de la délégation du fiancé. Le message est qu’au-delà des individus, cette alliance implique deux familles, deux clans désormais liés pour la vie ; pour le meilleur et pour le pire.

11h38, un pagne baoulé est dressé au milieu de l’assemblée. Sur ce pagne, pendant que le porte-parole les cite, un homme dépose les éléments constitutifs de la dot. Il est 11h54 ; la pluie continue sa fête. Lorsque les deux délégations se lèvent pour se saluer et se congratuler, je comprends que l’union est scellée. Comme si la pluie n’attendait que cela, elle diminue brusquement d’intensité. Elle semble même avoir cessé tout d’un coup. À 12h03 on présente enfin le fiancé à sa désormais belle-famille. Il se nomme N’guessan Kouassi Darius. Et le moment tant attendu arrive.

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Le mari doit reconnaitre son épouse parmi plusieurs filles qu’on va lui présenter. C’est aussi le début des surenchères de la part des sœurs de la fiancée. Il faut à chaque fois payer le transport pour faire venir les filles. Le fiancé a déjà brillamment démontré qu’il connait le nom de son épouse : Kanga N’da Adjoua Kloa Nadège. Pourrait-il aussi la reconnaitre sous un pagne baoulé ? À 12h15 le soleil négocie à nouveau un passage pour ses rayons à Yopougon Toit rouge. 12h19, la deuxième fille arrive recouverte de la tête aux pieds et accompagnée avec le même chant : « La femme que je cherche, je l’ai trouvée » (Traduit du baoulé). Ce n’est toujours pas Nadège. Il faut encore payer le transport pour que reprenne la procédure.

Il ne pleut plus. Si cette pluie prétendait arrêter la dot, c’est finalement la dot qui l’a arrêtée. La sono restée jusque-là muette se fait soudain entendre. Intermède musical en baoulé. La troisième fille sera sans doute la bonne. Elle est là à 12h29. Que dis-je, elles sont là à 12h29. Car ce sont trois filles de même taille et entièrement voilées qui avancent au son d’un « Venez voir ce que Dieu a fait » joyeusement entonné par une belle dame. Darius est face à son destin ; reconnaitra-t-il sa dulcinée ?

Suite: UNE PLUIE N’ARRÊTE PAS UNE DOT (2ème Partie et Fin)

Par DJANDUÉ Bi Drombé

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