UN MATIN CALME À ABIDJAN

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En Côte d’Ivoire, une sorte de vent froid s’est installé avec l’instauration d’un système qui fascine l’observateur politique, tant par son caractère subtile et même sournois que par sa rare fermeté. Le régime RHDP ne lâche rien, ne cède rien en réalité et arrive à faire passer ses désirs pour dominer sur la Côte d’Ivoire face à une opposition divisée et peu efficace selon nous. Des faits se sont produits dans ce pays que nous avons condamnés et fustigés… Nous avons dénoncé et nous sommes fermement opposés, mais qu’est-ce qui a changé ?… Rien, absolument rien malgré les bruits et autres agitations stériles. Des faits complètement anormaux se sont déroulés sous nos yeux consacrant l’impuissance de l’opposition politique affaiblie bien que réellement majoritaire face à un pouvoir qui déroule tranquillement sa machine.

Le régime du Président Alassane Ouattara a reconnu par des voix autorisées que les exactions commises pendant la crise post-électorale concernent chacun des deux camps, mais on a réussi à jeter en prison pendant des années les pro-Gbagbo, sans juger le moindre membre de son propre camp et on refuse que l’on parle de justice des vainqueurs. En dehors de quelques gesticulations d’organismes internationaux, de quelques condamnations sur des plateaux de télé en Europe, la chose s’est faite sans vraiment émouvoir le monde et nous sommes passés à autre chose.

AKOSSI

Depuis la rupture entre alliés d’hier, le PDCI à qui revient maintenant le rôle de principale force d’opposition, s’est divisé en deux, entre ceux qui sont fidèles au Président Henri Konan Bédié et ceux qui renaissent ailleurs ou qui cherchent les traces d’Houphouët hors de sa maison. Admettons-le, ce parti s’est vidé d’une très grande partie de ses cadres qui ont certainement privilégié d’autres intérêts. Il ne faut pas croire que c’est seulement par pure conviction que tous ses caciques ont fait allégeance à Monsieur Ouattara, ils ont vu par exemple qu’être dans le RHDP, c’est continuer à participer à la gestion de l’État, donc c’est garder son poste. Ils ont surtout vu ce qui est arrivé à Noël Akossi Bendjo, première victime de la rupture entre Bédié et Ouattara. Voilà un homme qui est révoqué pour mauvaise gestion et sans même qu’on y mette les formes régulières, quelques jours seulement après avoir été désigné meilleur maire d’Afrique. Le paradoxe est saisissant. Aujourd’hui la justice de Côte d’Ivoire le condamne à 20 ans de prison et 10 milliards d’amende au terme d’un procès expéditif… Et que dit le PDCI face à tout ça ? Rien jusqu’à présent… Alors quand ces cadres du parti voient pareille chose ils se sentent plus en sécurité ailleurs, c’est clair; n’allez surtout pas leur demander d’avoir le courage de Bendjo, ils n’en sont pas capables.

Le 13 octobre 2018, des élections locales ont été organisées dans ce pays et elles ont été entachées d’irrégularités graves et flagrantes, ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les mêmes organismes internationaux qui ont reconnu la victoire d’Alassane Ouattara sur Gbagbo en 2010 qui l’ont dit. Des choses honteuses se sont passées mais aujourd’hui Jean Louis Moulot est bien le Maire de la commune de Grand-Bassam et on est passé à autre chose.

Dans la foulée, Guillaume Soro, le fils prodigue, a rendu le « tabouret » tout élu qu’il était sur « demande insistante » du Président de la République. Pour le remplacer on a changé le mode d’organisation du scrutin afin de désigner un nouveau président du parlement. Les députés ont crié au scandale mais rien n’y fit. Il a désormais un remplaçant qui, depuis son élection, s’échine à effacer les traces de son prédécesseur… D’ailleurs Soro, on ne l’entend plus beaucoup ces derniers temps; il paraît qu’Alassane Ouattara a su verrouiller son jeune opposant par un mécanisme dont lui seul a le secret. L’ancien Président de l’assemblée nationale pourra-t-il rebondir ? Nous attendons de voir…

Pendant que se passent toutes ces choses surprenantes, les pensionnaires du palais présidentiel d’Abidjan semblent bien sereins et ils font même mieux. Le gouvernement a décidé que les Ivoiriens vont devoir débourser 5000 F CFA pour pouvoir avoir la pièce justificative de leur nationalité : la carte d’identité. À ce niveau les choses sont très simples : il faut regarder le nombre d’Ivoiriens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, qui se logent mal, qui ne peuvent se nourrir correctement, qui n’ont pas accès aux soins de santé…pour voir que cette mesure est purement mauvaise et qu’elle se pose en obstacle pour bon nombre d’entre nous, à la manifestation d’un droit fondamental. Mais bon, la chose semble actée et nous sommes déjà en train de passer à autre chose encore une fois.

Après tout cela, on parle désormais de réforme de la Commission Électorale Indépendante (CEI). L’opposition réclame une réforme profonde, l’Union Africaine et l’Union Européenne ont fait des recommandations dans ce sens, mais comme nous l’avons vu plus haut, il ne faudra pas être surpris que là encore le pouvoir finisse par s’imposer et qu’on passe à autre chose.

L’opposition ivoirienne se donne-t-elle réellement les moyens de contrer le pouvoir dans ses mauvais faits de gestion, comme cela est son rôle ? L’opposition se donne-t-elle les moyens de reprendre le pouvoir des mains du RHDP ?… Ces interrogations se posent désormais avec force. Une chose est sûre , quand l’opposition n’est pas forte, le pouvoir devient tyrannique. En attendant de voir ce que nous réserve l’avenir, les choses se passent selon la volonté des tenants du pouvoir et nous vivons un matin calme à Abidjan.

Par Hubert Konan KOFFI, Côte d’Ivoire Lucide

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