«TWO-TWO», «MASTA» ET «TOKLO-TOKLO» GHANÉENS: LA FIN D’UNE ÉPOQUE

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Ces trois types sociaux ont marqué l’enfance et l’adolescence des gens de ma génération; ils ont fortement contribué à la construction de nos imaginaires. Plus ou moins jusqu’à la fin des années 1990. Leur raréfaction ou leur disparition du paysage ivoirien peut s’expliquer par la stabilité politique et la croissance économique exemplaires du Ghana voisin qui ne laissent peut-être plus ses fils et ses filles aller chercher ailleurs ce qu’il y a chez eux.

Mais difficile de ne pas y voir aussi l’effet des pillages et brimades subis par la communauté ghanéenne en 1993 en représailles au traitement antisportif infligé aux joueurs et supporters de l’Asec-Mimosa lors d’un match les opposant à l’équipe d’Ashanti Kôtôkô. Le groupe «Poussins Chocs» raconte ces évènements dans son morceau Asec-Kôtôkô (1996) avec cet humour propre au Zouglou qui sait si bien dédramatiser les situations les plus douloureuses.

À Kononfla où j’ai grandi, la prostitution était presque exclusivement le business des femmes ghanéennes. D’où d’ailleurs, dans les paroles de «Poussins Chocs», cette sévère mise en garde d’Adjoua, la prostituée malmenée, à l’un de ses fidèles clients: «…Vous Ivoiriens, vous est malades, vous est cochons, vous imbéciles et puis vous est chiens. À cause de ballon, vous n’a même pas pensé… Vous va voir… Gardez vos 300, nous on veut plus 300, c’est chien vous va toucher… ». On les appelait two-two. J’ai longtemps pensé tout-tout jusqu’à ce que, récemment, grâce à un article publié sur ce site, je comprenne que c’est plutôt two-two. Car chez elles au Ghana le coup était facturé à two schillings (deux schillings).

AKOSS ET MASTA

En revanche, les masta et les toklo-toklo étaient essentiellement des hommes. Rompus en effet aux petits métiers longtemps méprisés par les Ivoiriens avant que les crises successives ne les rappellent à l’ordre et à l’humilité qui précède la gloire, les Ghanéens faisaient la pluie et le beau temps dans deux activités ayant pour dénominateur commun de refermer les trous ouverts par l’usage et les intempéries.

Master, que les Ghanéens prononcent masta, veut dire maître en anglais. Les masta étaient passés maîtres dans l’art de souder les toits perforés. Ils noircissaient aussi au goudron l’intérieur des fûts métalliques (barriques) afin d’en renforcer l’imperméabilité. Quant aux toklo-toklo, ce sont des tailleurs ambulants, des raccommodeurs de vêtements. Ils sont reconnaissables à leurs matériels de travail portés sur la tête ou sur une épaule, écumant les quartiers et bravant le soleil pour gagner le pain quotidien à la sueur du front.

Les toklo-toklo, en particulier, sont munis d’une machine à coudre bon marché et d’une paire de ciseaux dont ils font claquer les manches pour produire un son métallique qui suffit à signaler leur présence dans les environs. Mais toklo-toklo n’est pas une onomatopée imitant ce bruit comme on pourrait le croire. Il faut plutôt y voir le dédoublement du terme baoulé (akan) toklo qui signifie trou, un trou à travers lequel on peut voir. Le type de trous dans les habits que les toklo-toklo raccommodent afin de ne pas laisser voir les fesses ou les testicules de ceux qui les portent.

Depuis environ deux décennies, les Ghanéennes et les Ghanéens ont perdu le monopole dans ces trois domaines d’activité. Le plus vieux métier du monde a vu l’arrivée massive de nouvelles adeptes avec les jeunes Ivoiriennes en première ligne, et les Nigériens se sont mis au  toklo-toklo. Quant aux masta, je ne les vois presque plus. Désormais, seuls les comédiens Akoss et Masta (sur la photo dans le texte) renvoient de temps en temps à nos mémoires avachies des images vermoulues d’une époque révolue.

Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

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