«TU COURS DANS SAC»: QU’Y A-T-IL DANS CE SAC?

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Le nouchi, l’argot ivoirien, est riche de ses mots sortis pour certains de «nulle part», ses locutions et expressions échafaudées sur des métaphores improbables, ses proverbes arrachés sans ménagement au verbe ininterrompu de la sagesse populaire, ses interjections larges et sa gestuelle généreuse.

Au nombre des locutions adverbiales nouchi il y a «courir dans sac». Exemples: «Mon petit, tu cours dans sac… » / «Laisse-la, elle court dans sac.» On le dit à/de quelqu’un dont on sent qu’il veut vous faire marcher ou vous «malhoniser» comme on l’exprime également en Côte d’Ivoire. Pour lui signifier qu’on voit bien dans son jeu.

La locution rejoint ainsi le proverbe «Les enfants savent courir mais ne savent pas se cacher», surtout que c’est une affaire de «courir» dans les deux cas. L’idée de fond qui se dégage de la métaphore est que la personne qui «court dans sac» n’ira pas bien loin; elle se débat pour rien, et ce quelle que soit la position du sac.

L’expression n’est pas sans rappeler, en effet, le jeu d’enfants consistant à faire une course où chaque concurrent a les deux jambes plongées dans un sac qu’il tient par les mains. Il ne peut donc avancer qu’en sautillant comme un kangourou blessé. Le sac qui joue le rôle d’obstacle, et qui se trouve dans cette position verticale, empêche donc d’avancer rapidement.

Mais en imaginant le sac en position horizontale, on est obligé d’évoquer, pour éclairer le sens de l’ivoirisme, l’expression française «cul-de-sac». Selon le dictionnaire, un cul-de-sac est une «rue sans issue». Le genre de rue qui facilite la capture du voleur qui s’y engage quand il ne connaît pas le quartier. Forcément, il n’ira pas bien loin puisqu’il «court dans sac».

Par Dr. Paul-Bathesty DROMBÉ

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