TROISIÈME MANDAT: LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

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Non Monsieur le Président de la République, Chef de l’État de Côte d’Ivoire, Président du RHDP,

La constitution ivoirienne que nous avons votée en 2016 ne vous permet pas d’être candidat pour un troisième mandat. Elle n’a pas mis le compteur constitutionnel à zéro comme vous le font croire certains de vos partisans. Parce que vos juristes qui ont élaboré la nouvelle constitution ont été tous unanimes là-dessus. Cette constitution ne vous permet pas de rempiler pour un troisième mandat.

Si vous vous présentez en violation des textes, vous provoquerez une crise électorale et même postélectorale dont les ivoiriens n’ont plus besoin. Même si vous constatez aujourd’hui que les chevaux sur lesquels vous avez misé pour préparer votre sortie ne font pas le poids face à un animal politique comme Guillaume Soro, vous devrez trouver en vous les ressorts nécessaires pour les faire se vendre afin qu’ils réussissent, avec beaucoup de difficultés, à faire venir votre parti politique au deuxième tour. Après le deuxième tour, le jeu des alliances pourrait peut-être trancher en faveur de vos poulains. S’ils perdent, ce ne sera pas la fin du monde pour vous.

Guillaume Soro n’est pas un homme rancunier et vous le savez. Il est généreux. Vous le savez également. Il ne se vengera pas des frustrations que lui et ses hommes ont subies sous votre mandat. Il se réconciliera avec tout le monde et le pays se portera mieux. Tel que je connais l’homme, il fera d’ailleurs de vous l’un de ses conseillers occultes sur certains dossiers de grande importance. Il préservera vos biens ainsi que les biens et les intérêts de vos hommes. Il ne fera pas comme vous l’avez fait avec les pro-Gbagbo en gelant leurs comptes. Je sais que c’est la crainte que beaucoup d’entre vous et d’entre eux ont. Certains me l’ont fait savoir. C’est pourquoi, pour leurs intérêts ils vous encouragent à vous présenter en violation des textes et de vos engagements. Ne les écoutez pas. Sinon, à la moindre peccadille, ils vous lâcheront pour s’enfuir.

Monsieur le Président, écoutez la voix de la raison. Écoutez la voix des Ivoiriens qui ont peur des conséquences de votre troisième candidature. Ne vous laissez pas séduire par le chant des sirènes. Souvenez-vous que lorsque Laurent Gbagbo avait décidé de refuser de reconnaître sa défaite, il a été soutenu à fond par certains de ses lieutenants qui promettaient mourir avec lui. Ils promettaient que c’est sur leurs corps que les gens passeraient pour l’atteindre. Mais quand les bombardements sur sa résidence ont commencé, ils ont fui laissant le pauvre Laurent Gbagbo avec un faible carré de partisans à leur triste sort. Et quand il a été pris et emmené à la CPI, ils ne l’y ont pas suivi. Même celui qui l’a fait, il ne l’a pas fait d’une manière volontaire. Cela devrait vous amener à en tirer des leçons. Ceux qui ont conseillé à Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite et de laisser le pouvoir qu’il venait de perdre ont été pris à partie par ces extrémistes qui l’ont lâché au dernier moment. Tirez des leçons de cette histoire récente de la Côte d’Ivoire. On n’est jamais assez fort contre tout le monde. On n’est jamais assez fort contre tout un peuple déterminé.

J’ai été hier l’un de vos partisans sans que vous ne me connaissiez. Pour vous, sans que vous m’en donniez l’ordre, je me suis engagé en Octobre 2002 dans la rébellion au risque de me faire radier de la Fonction Publique car j’étais à cette époque à la dixième année de ma carrière professionnelle. Pour vous mon salaire a été suspendu pendant deux ans à cause de ma présence dans la rébellion. J’ai été menacé de radiation de la Fonction Publique si je ne venais pas prendre fonction à Abidjan. Mais comme je suis un homme têtu et déterminé de nature, je n’ai pas donné de suite à cette menace. D’ailleurs en 2010, ceux-là qui m’ont menacé de radiation hier m’ont décoré dans l’ordre du mérite de l’éducation nationale pour mes actions de sauvetage de l’école en ex zone CNO. Pour vous, je m’étais préparé psychologiquement à aller en exil au Mali au cas où les choses tourneraient en défaveur de la rébellion. Pour la circonstance, j’avais même obtenu une carte de réfugié pour le Mali. Pour vous, j’ai échappé plus d’une fois à la mort.

Aujourd’hui je vous combats parce que vous n’incarnez plus l’idéal pour lequel je me suis battu. Et cet idéal c’est une société juste et équitable. Une société où la cohésion entre les Ivoiriens est un principe de vie. Une société où la démocratie est un mode de gouvernance. Une société où il fait bon vivre. Hélas, avec vous au pouvoir, je n’ai pas vu cet idéal pour lequel je me suis battu être un mode de gouvernance. Mais je ne vous déteste pas. Je suis seulement et tout simplement déçu de votre gouvernance. Mais je ne vous déteste pas. Comme Guillaume Soro ne vous déteste pas. Comme les lieutenants de Guillaume Soro que je connais ne vous détestent pas. Ils sont tout simplement déçus de vous. Ils sont en colère contre vous parce qu’ils se sentent trahis et floués. Ils trouvent que ce pourquoi ils se sont battus hier a été jeté aux oubliettes.

C’est pourquoi je ne voudrais pas que vous sortiez par la petite porte après deux mandats au cours desquelles, malgré les nombreuses imperfections constatées, vous avez réussi à donner une fière allure au pays. C’est vrai qu’aujourd’hui, malgré vos performances, les Ivoiriens croulent sous le poids de la misère et de la pauvreté absorbante. Mais vous auriez pu faire mieux si vous étiez encore jeune. Vous ne l’êtes plus. Et vous savez que passé un certain âge, vous ne pourrez pas faire mieux comme si vous étiez jeune. Il est temps de vous reposer et de passer le flambeau à une nouvelle génération comme vous ne cessez de l’affirmer. Redevenez le ADO que j’ai cru connaître dans l’opposition sous Bédié, Guéi et Gbagbo. Redevenez l’homme qui incarnait les idéaux pour lesquels je me suis battu.

C’est pourquoi je vous demande constamment et humblement de ne pas céder aux chants des sirènes en vous présentant pour un troisième mandat. Ça ne vous grandira pas. Des gens vous ont toujours considéré comme un homme de parole. Ne les décevez pas en ne respectant pas les engagements que vous avez pris en 2016. Et ces engagements sont que vous ne vous présenterez pas en 2020. Que vous n’avez pas modifié la constitution pour vous présenter pour un troisième mandat et que vous passerez le flambeau en 2020 à une nouvelle génération. Respectez vos engagements Monsieur le Président. Je vous demande pardon si dans mes propos je vous ai offusqué. Ce n’était nullement mon intention.

Par Mamadou TRAORÉ, L’un de vos ex partisans devenu aujourd’hui l’un de vos farouches opposants.

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