« TÉKLÉJAMA » OU « LES ORTEILS DE LA PROSTITUÉE » (1ère Partie)

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Dans la société traditionnelle baoulé, la femme occupe une place centrale au sein de la famille. Elle symbolise la renaissance et la survie de l’humanité en tant que génitrice. Épouse et mère, elle constitue l’élément organisateur et stabilisateur du foyer, détient le rôle très ô combien important d’éducation des enfants et matérialise la douceur et la compréhension. Elle est un refuge pour l’enfant par rapport à l’homme qui s’identifie au fouet, à la sévérité. Tous ces attributs confèrent à la femme un très grand respect en pays baoulé.

Cela dit, et peut-être même pour cela, les Baoulé associent un certain nombre d’images, positives ou négatives, aux prostituées, lesquelles images transparaissent par exemple dans le mot tékléjama. En effet, tékléjama est une variété de banane douce, singulière par sa beauté. Nous en rencontrons dans nos champs, en bordure des routes. Elle ne se cultive pas en quantité industrielle comme la banane poyo. Les tékléjama sont de petite taille, de couleur jaune or, ce qui fait penser à une jeune fille dans la fleur de l’âge, bien entretenue, prête à être « cueillie »; une talua klanman (belle jeune fille) en quelque sorte. D’ailleurs, c’est à cet âge que généralement les jeunes filles dégagent cette fraîcheur qui attire les hommes :

« Chez le peuple baoulé, lorsqu’une fille est trop belle, tout homme souhaite l’avoir dans son lit, elle est beaucoup courtisée, et donc pour rester au top elle doit bien s’entretenir. Cela demande assez de moyens, donc elle doit [parfois] courir les hommes pour assurer ce soin, d’où téklé. Et comme cette banane est aussi belle et brillante comme si on l’avait entretenue, avec sa taille et la forme qui ressemblent bien à cette partie du corps (orteils), ça ne peut que donner teklé djama! » (Yao Romuald Yao, Facebook, 2019).

En pays baoulé, la banane possède plusieurs noms : afoto, anyrɛn, amletia, kↄnnↄnkli, poyo, unfua, kangale, mannda, kↄnnantia, atↄtin, teklejama (J. Tymian, J. Kouadio N’Guessan, J.-N. Loucou, Dictionnaire Baoulé-Français, 2003). Nous allons donc nous appesantir sur le tékléjama, cette banane douce que le baoulé compare aux orteils d’une prostituée. Selon le Dictionnaire Baoulé-Français, le vocable est composé de deux mots: téklé : débauche, dévergondage, prostituée. Synonyme : tutu, biansa, blasa. Et jama qui veut dire : pied, doigt du pied, orteil.

Quel lien entre cette banane et les orteils d’une prostituée ? À première vue, cette variété de banane appelée tékléjama se caractérise par sa beauté. Quand elle mûrit, sa couleur jaune fait penser automatiquement au métal précieux qu’est l’or. De quoi réchauffer le cœur et l’esprit, on est toujours attiré par cette banane en la voyant. Elle est tellement belle qu’on a l’impression qu’une personne en a spécialement pris soin, alors que c’est de façon naturelle qu’elle s’est formée et a mûri. Ce lien que le Baoulé établit avec les orteils de la prostituée renverrait aussi à des faits historiques.

Suite: « TÉKLÉJAMA » OU « LES ORTEILS DE LA PROSTITUÉE » (2ème Partie et Fin)

Par Dr. YAPI Michel

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