TEINT NOIR OU DEMI-NOIR; TEINT CLAIR OU DEMI-CLAIR

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J’étais assis un après-midi à 17 heures devant mon portail. J’avais les yeux plongés dans mon téléphone. Un instant, je décidai de lever la tête pour voir ce qui se passait autour de moi. Comme on dit à la gare routière de Bouaké : « Pays-là est tellement bizarre qu’on ne sait jamais. » Dès que je levai la tête, une lumière très forte m’éblouit. Que dis-je, une lumière très brillante comme le soleil me brûla les yeux.  Je m’écriai aussitôt en senoufo : «  Eééh Kolotcholo, sa mi gnin ? Planèti Marsi ni mi gnin da? », Entendez « Oh mon Dieu, où suis-je ? Suis-je sur la planète Mars ? »

Malgré la douleur, je pris mon courage à deux mains et ouvris grands les yeux pour voir ce qui me brûla les yeux. Je vis un groupe de sept filles. Elles avaient le teint clair et étaient superbement vêtues. Et là je compris que c’était la lumière produite par ce groupe de filles qui m’avait ainsi ébloui. Alors je décidai de m’intéresser de près à leur teint.  Elles n’étaient ni noires, ni claires. Elles étaient demi-noires et demi-claires. Pourquoi? Ces filles avaient pratiqué la dépigmentation de la peau. Elles s’étaient « tchatcho » comme on dit en Côte d’Ivoire. Les minijupes qu’elles portaient laissaient évidemment paraître leurs jambes de biches demi-claires. Des taches noirâtres étaient visibles sur elles. Au niveau des genoux, on voyait ces mêmes noirceurs. Pareil au niveau des coudes, des orteils et des doigts.

Leurs visages n’étaient non plus ni noirs ni clairs. Elles sentaient la viande pourrie malgré leurs parfums. Mais cela ne les émouvait point. Elles se sentaient belles et attirantes. Cela se voyait à leur démarche de gazelles. En regardant encore avec plus d’attention, je vis que le groupe était composé en réalité de sept jeunes filles et de trois jeunes garçons ayant tous la peau dépigmentée. Leur âge tournait autour de la vingtaine.

Mais qu’est ce qui peut pousser un être humain à détruire ainsi sa peau, sa belle peau noire ? Qu’est-ce qui peut pousser des jeunes gens de vingt ans à se « tchatcho » ? Que ressent-on quand le « tchatcholi » fait de nous des œuvres de peinture inachevées? Un demi-noir ? Un demi-clair ?

depigmentation

La dépigmentation massive de la peau est due à plusieurs facteurs. Ma voisine, mon amie s’est dépigmenté la peau, elle parait belle; alors je me dépigmente aussi la peau pour paraitre belle. Mon ami, mon voisin s’est dépigmenté la peau, alors je me dépigmente la peau et je deviens un bel homme comme lui.  Mon amie a un teint clair naturel. Pendant les promenades, elle est plus courtisée que moi et les hommes lui donnent beaucoup d’argent pour avoir ses faveurs. Alors je me dépigmente la peau pour être aussi courtisée. Mon ami a un teint clair naturel, les filles ne lui résistent pas; alors je me dépigmente la peau pour être aussi irrésistible aux filles. Tous se « tchatcho » pour paraitre plus beaux, plus attirants, plus courtisés.

Peu importe les nombreuses conséquences sur la peau et sur la vie. Peu importe qu’on sente plus mauvais qu’un bouc quand il fait chaud. Peu importe qu’on soit « deux couleurs » : teint jaune-rouge au visage, aux bras et teint noir aux genoux et aux articulations.

Peu importe que je sois ainsi. Je ne suis pas le seul à avoir la peau dépigmentée. Ma mère l’a fait, mon père l’a fait, ma sœur l’a fait. Ma voisine l’a fait. La mère de la voisine l’a fait. Tout le quartier est en train de le faire. À la télévision nationale, on dit de ne pas le faire mais des journalistes qui avaient le teint noir à leur début ont le teint bronzé ou sont devenus des métisses aujourd’hui. De toute façon, « on meurt une fois et mieux vaut être envié que faire pitié », dit-on au quartier Sokoura de Bouaké. Et pourtant…et pourtant…on en meurt dans les hôpitaux.

Par Tenan DIARRASSOUBA

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