TAPA, OFIN’, OFOIN, BOFOIN, BOFOUAN, PLA OU L’ANCÊTRE DU TISSU MODERNE

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Il est des merveilles que Dieu nous a offertes gracieusement à travers la nature. Nos ancêtres les ont découvertes et les ont soigneusement utilisées pour leur bien et le bien de la communauté. Parmi ces objets devenus rares de nos jours, le tapa se révèle comme un objet extraordinaire et impressionnant pour le rôle qu’il a joué, et donc pour sa valeur sociale. Pourtant, il reste méconnu du grand public, et surtout des générations actuelles, même si dans le monde de la mode, quelques professionnels en font la promotion dans leurs créations artistiques.

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Un proverbe de chez dit que « la biche a cent femmes, mais pour manger, elle va chercher sa nourriture sous un arbre » (Amani Ahou). Ce proverbe illustre bien l’importance de l’arbre, le tapa, car c’est de cet arbre qu’il s’agit. Au premier regard, le tapa est une sorte de grand buvard brun, beige ou blanc sur lequel l’on trace ou imprime une multitude de motifs, différents selon leurs origines : on en fabriquait dans toutes les régions occupées par les peuples forestiers de la Côte d’Ivoire qui l’ont transformé en un véritable chef d’œuvre pour leurs utilités.

Certains modèles sont doux comme de la peau de chamois. Quand ils sont bien travaillés, ils deviennent brillants et solides comme du cuir glacé. Produit d’un savoir-faire ancestral qui combinait un travail mixte, homme-femme, les Akan s’en servaient pour fabriquer des ceintures, des coiffes et des linceuls, des couvertures ou des rideaux.

 Le tapa est un gros arbre tropical sauvage, au feuillage touffu qui pousse naturellement dans les zones forestières et dans la savane arborée. Il est très grand, a une écorce de couleur extérieure blanche et très épaisse. Il en existe deux types : le jaune et le blanc. Le jaune est très tendre, plus solide et difficile à couper même séché. Le blanc, quant à lui, est plus facile à couper car il n’est pas aussi tendre que le rouge.

attoungblan.net tapa ancetre tissu 2Le tissu obtenu à partir de l’écorce de cet arbre est une étoffe végétale fabriquée à travers la technique de l’écorce battue. Selon la technique de séchage, le tapa devient gris ou marron. L’écorce prélevée est battue sur un tronc d’arbre dur servant d’enclume à l’aide d’un battoir de section carrée aux faces gravées de rainures dont la finesse augmente selon la face. Durant l’opération, l’écorce est repliée plusieurs fois sur elle-même afin d’obtenir l’épaisseur souhaitée. Contrairement à ce qui fait ailleurs où l’étoffe de tapa est obtenue en soudant un ensemble les fragments d’écorce, en Côte d’Ivoire, l’on n’a point besoin de procéder ainsi, car le diamètre des arbres varie de 1,5 à 2 mètres.

Le bois de tapa sec sert de bois de chauffe. Ses fruits ronds et très petits, sont très prisés par les animaux lorsqu’ils murissent. En saison sèche surtout, la période où les fruits mûrissent, les oiseaux et les rongeurs en font leurs plats préférés. Au niveau des humains, les étoffes étaient utilisées traditionnellement à l’état naturel. La couleur du tapa dépend de l’arbre utilisé et du mode de séchage. Pour obtenir un tapa blanc, on le laisse sécher au soleil. Pour lui laisser une couleur brune, on le fait sécher à l’ombre, dans un lieu ventilé.

Cependant, il y a un arbre appelé galé dont le jus extrait des feuilles sert à teindre le tapa en bleu. D’autres étaient teints en plusieurs couleurs selon les goûts des utilisateurs et à l’aide de teintures à base d’autres plantes. Le tissu issu de l’écorce sert de pagne, de drap, de natte et de nappe. En ce qui concerne la santé, le tapa est un excellent remède contre certaines maladies.

La nature crée un lien sacré entre les êtres vivants et les morts. C’est pour cette raison que le tapa était aussi utilisé comme linceul à l’occasion des cérémonies funéraires. En outre, les feuilles et les fruits qui tombent deviennent, en se décomposant, produisent du fumier qui sert à nourrir le sol et ses grains qui repoussent aident à la régénération de la nature pour lui redonner vie, et perpétuer l’équilibre de la terre nourricière.

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, on ne fabrique plus l’étoffe de tapa. Cependant, il n’a pas totalement disparu. Bien au contraire, il sert au besoin de la mode comme la recherche d’une spécificité propre au styliste-modéliste Miss Zahui Françoise, qui a hissé le drapeau ivoirien partout où elle a présenté ses créations à base de tapa. Grace à ses défilés de mode, le tapa continue de se révéler au monde, même s’il est aujourd’hui dépourvu de certaines de ses fonctions essentielles.

Miss-Zahui-model3Certaines techniques ont été introduites dans la fabrication des étoffes de tapa comme l’amidon, pour le durcir. On retrouve encore des traces de ces anciens modèles dans nos villages qui sont restés rattachés à la tradition. Avec la modernisation, les Ivoiriens se sont résolus à abandonner progressivement cette technique traditionnelle au profit des nouvelles formes d’étoffes européennes. Le tapa a ainsi perdu sa raison d’être. L’influence des missionnaires fut prépondérante dans les modifications vestimentaires, de par la suppression des pratiques religieuses ancestrales auxquelles était associé le tapa.

Par Kouadjokpli

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