« SWA, YASWA » ; « MI-GLWIN » « LÉ-GLWIN », « WI-GLWIN » : GARÇON PILE!

0 133

Obtenez des mises à jour en temps réel directement sur votre appareil, abonnez-vous dès maintenant à Attoungblan.net.

Nos langues ne sont pas étrangères au fait que l’homme soit considéré comme le « sexe fort » et la femme comme le « sexe faible ». Mais ma conviction, soit dit en passant, est que, si nous voulons parler de sexe au sens propre du terme, c’est bien la femme le sexe fort ; il arrive seulement à l’homme d’être de temps en temps le sexe dur, juste le temps d’une érection. Or il n’y a pas plus faible, malgré les apparences, qu’un homme en érection. Les femmes qui le savent bien en tirent de nombreux avantages depuis la nuit des temps (Djandué, 2017 : 14).

Cela dit, tenons-nous en un instant aux perceptions qui se reflètent de nos langues et qui ont façonné depuis toujours notre regard et notre rapport au masculin et au féminin. En baoulé, par exemple, le terme « yaswa » désigne « le garçon ». Il se trouve que la racine « swa », prise à part, signifie à la fois maison, porter, taille, stature, etc. La langue baoulé tend ainsi à (re)présenter le garçon comme l’être vigoureux et courageux qui porte toute la charge et la responsabilité d’une maison, d’une famille.

Le Gouro dit « glwin ». En supprimant le « n » final, on obtient « gwli », c’est-à-dire « la guerre ». Et ce n’est sans doute pas par hasard, « glwin » pouvant parfaitement être le résultat de la contraction de « glwi dan zan » (« celui qui est chargé de se battre »). On serait parti de là à « glwizan » (« le chef de guerre ») pour finalement aboutir à « glwin ».  On sait en effet que dans nos sociétés traditionnelles, la guerre était affaire d’hommes, de garçons. Le garçon, chargé de se battre pour la communauté en cas de conflit, en devient le principal défenseur, d’où l’image du brave, voir du sauveur qui lui colle à la peau et l’accompagne partout.

Cette charge sémantique très valorisante explique que le substantif « glwin » soit utilisé aussi comme un « adjectif » ou se comporte comme tel. Dans des constructions telles que « manglwin » (« coq ») ou « bwoglwin » (« bouc »), il traduit l’adjectif « mâle », opposé à « bwou » (« femelle, mère »). Mais là où la charge sémantique positive est plus mise en avant, c’est quand « glwin » signifie « riche, aisé, noble, fortuné », d’où « mi-glwin » (« homme riche ») ou même « lé-glwin » (« femme riche »).

Pour « lé-glwin », en particulier, l’inversion des termes entraîne un changement de sens qui fait passer de « femme riche » à « femme-garçon » (« glwin-lé »), au sens positif de « femme brave » ou au sens négatif de « garçonne », une femme ayant les attributs physiques d’un homme. Les Baoulé diraient « bla-yaswa ».

Pour finir, le mot composé « wi-glwin » par lequel on désigne le proverbe en gouro, suppose un usage du terme « glwin » fort révélateur de la mentalité patriarcale et de l’asymétrie dans les représentations du masculin et du féminin en pays gouro. Selon cette construction lexicale, le proverbe est « la parole » (« wi ») mâle (« glwin »), la parole forte (Tououi, 2014). On dit souvent « glwin » tout court. La « parole mâle » sert ainsi à donner de la profondeur ou du répondant à la pensée, aux idées.

Mais trop de proverbes tuent le proverbe. Celui qui en abuse et donne des proverbes à tout bout de champ est donc plutôt considéré chez nous comme un sot.

On peut lire aussi dans la notion de « parole mâle » une allusion au fait que, dans notre culture, on considère que le « vrai » homme est celui qui parle peu, contrairement à la « vraie » femme. D’ailleurs, le terme utilisé en Gouro pour nommer « la femme » (« lé ») est phonologiquement très proche de celui qui désigne « la bouche » (« léé »), et il n’est pas totalement improbable qu’ils aient la même origine. Le proverbe est ainsi assimilé à cette parole rare de l’homme qui est aussi celle qui féconde les idées et leur donne plus de vie et de portée, comme le spermatozoïde qui va à la rencontre de l’ovule. Le proverbe étant une parole rare et décisive,  on l’associe conceptuellement à l’homme dont le propre est de parler peu, et non à la femme qui parle beaucoup.

 

Par Dr Djandué Bi Drombé

Commentaires
Loading...
%d blogueurs aiment cette page :