SOUVENIRS D’UNE ENFANCE VILLAGEOISE

0 151

Obtenez des mises à jour en temps réel directement sur votre appareil, abonnez-vous dès maintenant à Attoungblan.net.

Quand j’étais un petit garçon, les soirs de retour des travaux champêtres, mon père, feu Kouakou Kouamé, nous racontait des histoires aux dénouements parfois effroyables, festifs ou épiques. Les enfants de la cour et même ceux du village venaient s’abreuver à la sagesse de mon père. Cette forme d’enseignement se donnait gratuitement. La seule condition était d’observer le silence pour écouter.

Mon père, avec une rhétorique dont lui seul avait le secret, nous faisait écouter de beaux contes qui parfois nous tenaient en éveil ou nous faisaient dormir profondément selon le timbre de voix utilisée ou l’intérêt que chacun y accordait.

Il était une fois dans un village lointain, au cœur de la forêt, vivaient paisiblement tous les animaux. Ils étaient solidaires et partageaient tous le fruit de leur labeur, de leurs cueillettes et de leurs chasses. Ils mangeaient même ensemble.

Dans cette belle harmonie survient une forte famine due à la sécheresse et aux feux de brousse qui avaient tout dévasté sur leur passage. Constatant la dureté de la famine, le chef du village convoqua tous les habitants sous l’arbre à palabre. Prenant la parole, il leur dit :

Gardons-nous de détruire le bel héritage (solidarité, partage et entraide) que nous ont légué nos parents. Depuis quelques jours il m’a été donné de constater la rupture de ce lien. Il n’y a plus de partage ni de solidarité.

Après cette rencontre fraternelle, tous les villageois ont pris la résolution de ne plus enfreindre la loi de vie commune. Mais malgré cette résolution, quelques jours après, tous tombaient dans l’ancienne pratique (la méchanceté).

sinek-270x270

À cette époque, le moustique était le meilleur compagnon du chef du village. Il ne pouvait prendre de décision sans au préalable informer ou consulter son ami. C’est de cette façon qu’il dirigeait son village jusqu’à ce qu’il se rende compte de fuites d’informations aux conséquences graves, tendant à lui faire perdre sa notoriété. Il devenait de moins en moins respectable.

Le chef prit alors la décision de sévir en mettant la main sur celui par qui passait l’information afin de rétablir la quiétude dans le village et le respect de ses recommandations. Après quelques investigations, l’on mit la main sur le moustique. En guise de châtiment, on coupa la langue au semeur de trouble.

C’est depuis cette date que le moustique a perdu l’usage de la parole et passe par des bruits à nos oreilles pour nous faire ses commérages. Autrement, il nous pique pour nous rappeler son sort et, par ricochet, nous affaiblir pour nous montrer le poids de la trahison.

La moralité de l’histoire est qu’il ne faut jamais trahir la confiance de son meilleur ami car les conséquences peuvent être graves.

gilbert

Ainsi, chaque soir, au clair de lune, nous partions nous abreuver aux connaissances multiples de ce vieil « analphabète » toujours assis sur sa chaise (di la nga). Il passait de bons moments avec les enfants de Kouadio N’Gokro, campement qui finira par devenir un quartier d’Iroporia.

Je connus une enfance joviale, agrémentée par l’art oratoire (contes, chants) dans cette partie de la Côte d’Ivoire. Les enseignements de papa ont forcément eu une influence sur ma vie. D’autant que la télévision était un luxe pour les habitants de Kouadio N’Gokro. L’appareil fonctionnait à l’aide d’une batterie qu’il fallait aller recharger en ville chaque fois qu’elle devenait faible. Ce qui n’était pas aisé pour un détenteur de télévision.

Quelques années plus tard, Kouakoukro, le campement voisin à Kouadio N’Gokro, allait connaître un autre pan de son histoire avec la délocalisation d’Iroporia sur son site actuel. Iroporia veut dire « village de soleil » ou « Là où le soleil se lève » en langue dida. C’est un village avec une population très diversifiée et une activité économique basée sur l’agriculture. Les habitants sont regroupés en communautés principalement constitués de Dida, Baoulé, Sénoufo, Maliens et Burkinabé. Chaque communauté dispose d’un chef, le chef principal étant celui des Dida, le peuple autochtone.

dr002

La légende raconte qu’une partie du peuple dida vivait en pleine forêt, une forêt si dense à l’époque qu’elle laissait à peine voir le soleil. À la faveur d’une partie de chasse, un homme aurait vu le soleil dans toute sa splendeur et décidé de s’installer à l’endroit même où il avait fait cette chaleureuse découverte. D’où le toponyme chatouillant d’Iroporia.

C’est un beau village qui fait la fierté de tout Divo nord. Il est situé à 45 km de Divo, chef-lieu de département, à 15 km de Didoko, la sous-préfecture, et à 30 km d’Hiré, la ville aux mines d’or. Iroporia est un havre de paix. Toutes les communautés y vivent en parfaite intelligence depuis des décennies malgré quelques incompréhensions toujours rapidement résolues. Le visiteur qui y arrive pour la première fois est frappé par la convivialité de la population et l’enthousiasme des braves paysans.

Par KOUAMÉ Konan Gilbert

Commentaires
Loading...
%d blogueurs aiment cette page :