SOURIEZ, VOUS ÊTES À KÔRÔ!

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Kôrô est mon village natal. J’y suis né en 1995 et y ai fait mes études primaires. J’en suis parti en 2007 pour continuer les études au Collège Municipal de Kolia puis au Lycée Moderne Ziguitié de Kouto. L’agriculture est l’activité principale des populations de Kôrô. Issu donc d’une famille de cultivateurs, chaque année je retournais au village pour aider les parents pendant les vacances scolaires.

C’est aussi un village qui tient à son identité et sa culture. Digne fils de Kôrô, j’ai donc fait presque toutes les étapes du poro. Je détiens pour cela beaucoup de secrets des bois sacrés de mon village natal. En effet, le poro est un rituel senoufo, qui demande une initiation très longue, parfois une vie entière pour atteindre le degré suprême de la connaissance. L’initiation se déroule sur trois cycles de sept ans. Pour les Senoufo, l’homme, au moment de sa naissance, n’est qu’un animal, et ce qui va l’élever un peu au-dessus de cet état, c’est l’enseignement du poro, ainsi que l’entraînement aux épreuves, qui conduit à la possession de soi-même.

SAVANES

Vous l’avez sans doute deviné, Kôrô est situé dans la sous-préfecture de Kolia dans le département de Kouto. Nous sommes au nord de la Côte d’Ivoire, dans la région de la Bagoué. La région de la Bagoué forme avec celles du Poro et du Tchologo le District des Savanes. Sa superficie est de 10.668 km² pour plus de 153 220 habitants (RGPH 2014). Elle est limitée à l’est par la région du Poro, à l’ouest par les régions du Kabadougou et du Folon, au sud par les régions du Béré et du Worodougou et au Nord par la République du Mali. Elle a pour chef-lieu Boundiali et comprend trois départements dont Kouto et Tengréla.

Les populations autochtones de Kôrô sont les Senoufo et les Malinké. Le toponyme signifie dans ces deux langues « l’aîné ou le plus âgé ». Il s’agit en fait de l’un des trois premiers villages de la région. Kôrô aurait été fondé par trois frères. Avec le temps, les petits frères décidèrent de se séparer pour occuper d’autres terres cultivables, et le plus grand resta sur place, d’où le nom du village.

Ensuite Nibini, qui signifie en senoufo « le petit frère », baptisa le lieu où il s’installa de son propre nom. Nibrini, par déformation, est donc un village situé à 6 km de Kôrô. Enfin Doh, c’est-à-dire « le plus petit, le benjamin » de la famille, appela l’endroit qu’il occupa N’déou, village qui se trouve tout juste derrière Nibrini.

Le village de Kôrô a été fondé par notre ancêtre Koné Natouon qui en fut aussi le premier chef sous le nom de Koulofoloh, ce qui signifie en senoufo chef du voyage, celui qu’on appelle communément chef de terre. À Kôrô comme dans d’autres villages senoufo, toutes les personnes étrangères devaient désormais s’installer avec l’accord du Koulofoloh. Pour qu’on enterre un mort dans le village, il faut avoir aussi son accord. Le Koulofoloh était à la fois chef de terre et chef du village.

La succession fut héréditaire jusqu’ aux trois derniers chefs : Koné Pidja, Koné Kafougo et Koné Sidiki, tous de la famille du fondateur du village. À cause de problèmes internes, et pour faciliter la gouvernance, ils décidèrent de dissocier la fonction du Koulofoloh (chef de terre) et celle de Kanfoloh (chef du village).

Par KONÉ Yassungo

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