SILENCE, ON « DÉVELOPPE » !

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Longtemps considéré comme un tabou en Afrique en général et en Côte d’Ivoire en particulier, le sexe est aujourd’hui « debout » partout ; et c’est le moins qu’on puisse dire, parce qu’on a l’impression, en arpentant les rues d’Abidjan, qu’il n’y a plus rien d’autre à « développer » chez nous que le sexe, les seins, les bassins et les fesses. En témoignent les affiches et les petites pancartes accrochées aux poteaux électriques qui promettent à tout bout de champ, noir sur blanc, de « DÉVELOPPER SEXE EN 72 H » ou de « GROSSIR FESSES, SEINS ET BASSINS » en un temps record.

developper sexe

J’avais dû demander à travers un message posté sur Facebook, il y a peu, « Que ceux qui ont des choses pour « DÉVELOPPER LE SEXE EN 72 H » en proposent aussi pour développer notre pays en 72 mois ». Comme si la Côte d’Ivoire avait attendu ces pommades et autres potions magiques pour compter parmi ses braves habitants des hommes bien dotés dont la virilité ne souffre d’aucune contestation, des femmes aux rondeurs vertigineuses sur tous les côtés. D’ailleurs, ces choses-là sont toujours mieux quand elles sont naturelles. Le Magazine Allo Police, dans sa livraison No368 du 06 au 12 février 2017, faisait état du drame d’un certain Martin: « J’ai utilisé une pommade pour grossir mon sexe, je suis devenu impuissant ».

pauvre martin

La moralité de l’histoire est qu’en voulant trop avoir on perd souvent le peu qu’on a. Alors un conseil : ne cherche pas à agrandir ou à grossir ton sexe pour en faire une arme de destruction massive, cherche à agrandir ton cœur ; car, plutôt qu’un grand sexe, c’est un grand cœur qu’il faut quand le but n’est pas de brimer mais d’aimer. Ne cherche pas à développer ton sexe ; ce n’est pas la guerre ! On ne fait pas l’amour contre une femme mais avec elle. Cherchons plutôt à développer notre pays et notre continent!

Le Brésilien Drauzio Varella, Prix Nobel de médecine, affirma un jour ce qui suit: « Dans le monde actuel, on investit cinq fois plus en médicaments pour la virilité masculine et en silicone pour les femmes, que pour la guérison de l’Alzheimer. D’ici quelques années, nous aurons des vieilles aux gros seins et des vieux aux pénis bien raides, mais aucun d’entre eux ne se souviendra à quoi ça sert. »

Pourtant, il y a plus d’amour à donner en dehors du lit que dedans, dans les petites choses de chaque jour. Et l’amour que tu ne peux donner par des gestes simples et une attention continue, 200 kilos de pine et de testicules ne sauraient le compenser. Il n’y a pas de raccourci dans l’amour, même par la route facile du sexe.

Mais on a toujours tendance à croire que le type d’accident grave qui a tout arraché à Martin n’arrive qu’aux autres. Par exemple, on a beau attirer l’attention des populations sur les risques liés à la dépigmentation de la peau, des hommes et des femmes, visiblement plus enclins à écouter leur propre ignorance que l’avis des experts, continuent encore de nos jours de s’adonner à cette pratique. Ils mettent ainsi en danger leur propre santé mais aussi celle des autres à travers les odeurs curieuses qu’ils propagent dans l’atmosphère quand il fait chaud ou, lorsque l’opération vire au cauchemar, le spectacle nauséabond auquel ils exposent nos regards.

Depigmentation

Le bonheur commence par l’acceptation de soi et se dépigmenter la peau est le signe visible d’une âme en peine sur la terre des Hommes, parce que celui ou celle qui ne peut être heureux dans sa propre peau ne le sera jamais vraiment dans une peau artificielle et problématique.

Pour en revenir aux développeurs de parties intimes, il y a dans le monde et la Côte d’Ivoire actuels comme une obsession généralisée du sexe, qui fait que les professionnels de la publicité et du marketing en général ont trouvé là un fonds de commerce. On ne compte plus les spots publicitaires ou les clips d’artistes chanteurs mettant en scène les femmes, surtout dans ce qu’elles ont de sensuel et de sexuel. Parallèlement, on ne compte plus les scandales sexuels survenus ici et ailleurs, ni le nombre de filles et de femmes soumises chaque jour aux assauts libidinaux de pervers invétérés dans tous les secteurs d’activité.

Chaque jour qui passe donne ainsi raison à Savan’ Alla qui disait dans l’une de ses chansons : « Les hommes n’ont plus rien dans le cœur, ils ont tout en bas. » (Album : Ils ont tout en bas, 1996). Je n’aimais pas beaucoup cette chanson à l’époque mais je dois reconnaître aujourd’hui que l’artiste ivoirienne n’avait pas tort.

savan alla

Cela dit, il n’y a pas que les hommes dans l’histoire, même si on tend à leur faire porter tous les chapeaux. À une étudiante qui me disait un jour que ce sont les hommes qui demandent parfois à leurs petites amies de se dépigmenter pour devenir claires, j’ai répondu qu’aucune femme ne devrait « prêter la peau » à un tel manque de respect, parce que c’est un vrai manque de respect et de considération que de demander cela à quelqu’un. Il y a des femmes naturellement claires pour les hommes qui les aiment claires et, quand on aime une femme, on l’aime avec son teint ou on ne l’aime pas.

Dès lors, que les femmes ne cherchent pas non plus à faire grossir leurs fesses et leurs seins. Contrairement à ce qu’on entend souvent dire en Côte d’Ivoire, trop de « viandes » gâtent certaines sauces, surtout s’agissant de « viandes » obtenues à coups de produits chimiques. Désormais, et c’est sans doute un autre effet pervers de la mondialisation, il existe dans nos villes des hommes et des femmes cosmétiquement modifiés, si bien que, de plus en plus, dans ce domaine aussi, il faut rechercher du bio pour minimiser les risques de cancer et de chagrin. N’est-elle pas belle à ravir, cette femme ivoirienne au teint noir?

belle femme ivoirienne au teint noir

Si à la liste déjà longue des faux ongles, faux cils, faux cheveux, faux teints, etc., viennent s’ajouter les faux seins, les fausses fesses et les faux sexes, alors définitivement, il n’y aura bientôt plus que de « fausses femmes » et de « faux hommes » dans notre pays, c’est-à-dire, tout ce qu’il faut pour qu’il ne se développe jamais !

Par Dr. Djandué Bi Drombé

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