SILANG 2019 : ATTOUNGBLAN.NET RENCONTRE LE DR YAO N’GUETTA (4ème Partie)

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Attoungblan.net: Votre engagement et vos actions en faveur de la langue agni forcent l’admiration. En même temps, on est tenté de se demander combien de personnes sont aujourd’hui capables de lire vos écrits en agni.

Dr. Yao N’guetta: Il faut à un moment donné pouvoir changer de paradigme. Parce qu’on ne pratique pas, chacun voit le problème et il ne sait pas comment faire. Lors d’un colloque, une dame qui a pris le livre m’a demandé, mais comment je vais faire. Comment faire? Madame, il faudra que vous vous mettiez à l’école, ce n’est pas parce que vous êtes Agni que vous saurez automatiquement lire… Nous sommes en train de confectionner des documents didactiques pour que chacun puisse, avec les moyens modernes actuels, apprendre l’Agni comme on apprend l’espagnol ou l’anglais en étant tout seul avec des enregistrements… Ça peut se faire.

Nous sommes dans un contexte où nous avons des moyens, des outils performants qui existent autour de nous et nous ne les utilisons pas ou, quand nous les utilisons, nous faisons dans le même esprit. Il faut qu’on revienne à nous-mêmes. Moi, le peu que je sais de l’espagnol, de l’anglais, du français, ça me permet de revenir sur ma langue, de l’interroger, de l’analyser et de sortir des choses ; et je vois que c’est une mine d’or. Aucune langue n’est inutile, aucune culture n’est inutile en tant qu’expression… À nous d’investir tout le matériel, toute l’intelligence, toute l’énergie et le temps pour exploiter ce gisement…

SILANG 2019 : ATTOUNGBLAN.NET RENCONTRE LE DR YAO N’GUETTA (3ème Partie)

Vous savez que la nature a horreur du vide… Le français que tu parles, l’espagnol, l’anglais; mais ce sont des gens qui se sont assis quelque part, qui ont transpiré intellectuellement, qui en ont bavé pour constituer des outils que tu consommes. Tu ne sais même pas comment ils ont préparé la sauce, toi tu te concentres pour manger… Mais il faut entrer dans la cuisine pour préparer aussi ta sauce à toi.

Toutes nos langues doivent sortir pour s’assoir à la même table que toutes les autres langues aux mêmes colloques… Personne ne vient nous dire non, ne parlez pas, c’est nous-mêmes qui refusons de parler nos langues, parce que nous n’en avons rien à faire. Il y a un travail à faire pour y arriver, qu’on refuse de faire… Au lieu de nous unir, nos langues deviennent comme des murs de démarcation ; il faut qu’on les convertisse en ponts. Le français, au-delà de tout ce qu’on pense, ne crée pas l’unité entre nous, ne nous permet pas de nous comprendre… Au fond, il nous divise, il nous sépare, parce que je ne sens pas le besoin d’apprendre le gouro et toi d’apprendre l’agni…

J’ai assisté un jour à une scène entre ma tante et une femme malinké. La femme malinké est arrivée à la maison, elle a salué ; ma tante lui a répondu en agni, l’a invitée à s’asseoir, lui a demandé les nouvelles… Tous les échanges se sont faits dans les deux langues. Elles sont arrivées à se comprendre. Ça veut dire que cela est possible. C’est vrai, la femme vit au village donc elle a appris l’agni par immersion. Mais on peut aussi le faire autrement, en créant les conditions et les outils didactiques nécessaires.

Suite: SILANG 2019 : ATTOUNGBLAN.NET RENCONTRE LE DR YAO N’GUETTA (5ème Partie et Fin)

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