SILANG 2019 : ATTOUNGBLAN.NET RENCONTRE LE DR YAO N’GUETTA (3ème Partie)

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Attoungblan.net: Au début de cette interview, vous vous êtes présenté comme Agni, parlant agni. Mais Dr. Yao N’guetta, vous ne parlez pas seulement l’agni, vous écrivez aussi en agni !

Dr. Yao N’guetta: Oui, en effet. Je suis écrivain. J’ai publié quelques œuvres en français et en espagnol. Un puis un jour j’ai eu la chance de rencontrer son Excellence Luis Prados Covarrubias, ambassadeur d’Espagne en Côte d’Ivoire, qui m’a présenté une dame, Yolanda López, laquelle se trouvait dans une perspective d’édition qui cadrait bien avec mon ambition. C’est-à-dire, éditer des ouvrages pour porter la voix des Africains vers l’Espagne et l’Amérique latine, pas forcément ni seulement à partir du français mais aussi et surtout à partir de nos propres langues.

Moi j’avais déjà des textes écrits en agni et je ne savais pas quoi en faire. La première fois qu’on s’est rencontré à l’ambassade d’Espagne, Yolanda et moi étions sur la même longueur d’onde et, depuis, nous sommes ensemble, nous travaillons ensemble. Elle avait déjà publié des ouvrages écrits en français et traduits en espagnol, tels que des romans de Biton Coulibaly. Mais il y a aussi un jeune Burkinabé qui a écrit un livre à la fois en français, en espagnol et en lobi. C’est sur ce modèle que nous avons fait « Bosokpê », traduit en français « Boule de feu » et « Bola de fuego » en espagnol.

SILANG 2019 : ATTOUNGBLAN.NET RENCONTRE LE DR YAO N’GUETTA (2ème Partie)

Moi je suis dans cette perspective. J’ai commencé d’ailleurs à écrire seulement en agni. Parallèlement, tout ce que j’avais déjà écrit en français ou en espagnol, je suis en train de le traduire en agni pour avoir un corpus vraiment en agni.

Il faut que nous décomplexions et que nous prenions à bras le corps ce qui nous est propre afin de ne pas le perdre. L’idée, c’est surtout que si nous ne faisons rien maintenant, les générations à venir n’auront rien sur quoi s’appuyer. Hier on a dénoncé le colonialisme, mais a-t-on vraiment créé les conditions pour sortir de ce colonialisme ? Ce qui manque ce sont des institutions véritablement au service de nos langues et cultures. Il ne faut pas que les connaissances se perdent, il ne faut pas que le peuple agni se perde.

Et quand je dis Agni, c’est tout le monde. Je m’adresse tant aux Agni qu’aux autres peuples d’ici et d’ailleurs que j’appelle les peuples en difficulté. C’est nous les peuples en difficulté, nous qui, par la force des choses, semblons avoir perdu nos propres pas. Dans le livre il y a un texte (Voyageur) inspiré d’un poème de l’Espagnol Antonio Machado. C’est une idée tellement forte et pertinente: « Caminante no hay camino, se hace el camino al andar, al andar se hace el camino ». Il n’y a pas de chemin tout tracé, tu fais le chemin de tes propres pas, et si tu te trompes à vouloir suivre un chemin tracé par les autres, tu es perdu parce que tu ne vas pas de tes propres pas, tu vas du pas des autres. Ils tournent à gauche, tu tournes à gauche aussi…

Ils nous envoient tel concept, on court après, on n’a pas fini de le comprendre qu’ils sont passés à un autre… Parce que nous ne voulons pas marcher de nos propres pas, commettre nos propres erreurs. On refuse de le faire. Non, il faut marcher de ses propres pas ; il n’y a de chemin tout tracé pour aucun peuple. C’est à chaque peuple de tracer son chemin, comme le fleuve, comme la sueur qui coule tout au long de ta joue et qui elle-même trace sa route. Il nous revient de dire, de choisir notre propre façon de marcher dans ce monde, en nous inspirant quand il le faut de ce qu’il se passe autour de nous.

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