RÉGION DU N’ZI : RENAITRE OU PÉRIR ? (2ème Partie et Fin)

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9- RESTER DIGNE MALGRÉ NOTRE STATUT D’ORPHELIN

Quel est l’apport de la région de l’Ifou à la Côte d’Ivoire par rapport à la région du N’zi, même dans sa situation d’orpheline actuelle, pour que le gouvernement offre tous les avantages à la première citée et néglige la seconde ? Seulement voilà : la distribution des richesses se retrouve aux mains des plus forts, qui décident qui doit bénéficier d’acquis économiques ou non. Cela me rappelle fort étrangement à la parole d’un citoyen : « Eux, ce sont des cailloux, nous, nous sommes des œufs : s’ils tombent sur nous, on se casse. Si nous tombons sur eux, on se casse ».

L’esprit régional naît souvent de frustrations ignorées par les pouvoirs étatiques. Quand les besoins vitaux sont exprimés et que ceux qui peuvent résoudre le problème font la sourde oreille, l’esprit régional peut s’ancrer fortement dans la mentalité collective les populations, les animer et emprunter la voie du radicalisme. Des exemples existent dans le monde, comme par exemple au pays basque ou en Catalogne en Espagne. Et quand survient ce moment, plus personne ne peut ramener quelqu’un à la raison. Avec le temps, l’orphelin finit par découvrir les potentialités enfouies en lui et commence à les exploiter pour son propre bonheur. Si nous sommes responsables donc, nous compterons sur nous-mêmes.

REGION DU N’ZI : RENAITRE OU PERIR ? (1ère Partie)

Comment expliquer que pratiquement tous les grands tronçons de la région de l’Ifou soient bitumés et que la seule voie de 52 kilomètres qui relie la capitale du N’zi, et même celle qui relie Dimbokro à Bongouanou soient dans un état de délabrement avancé, et ce, malgré les appels incessants, les pleurs des populations de la région et des usagers de la route ? Comment expliquer le mutisme complice du gouvernement face à la descente aux enfers économique, sociale, et humaine, l’orpaillage clandestin, la pollution du N’zi, les coupes abusives de bois ? Que recherchons-nous encore à travers une main tendue à un gouvernement qui a « cliqué sur quitter »?

10- INVERSER LA TENDANCE

L’équipe d’attoungblan.net a parcouru durant trois jours, la région du N’zi à travers les trois départements : Dimbokro, Bocanda et Kouassi-Kouassikro. Après cette visite et après avoir parcouru les différents commentaires et posts sur les réseaux sociaux en ce qui concerne la voie longue de 52 kilomètres reliant Dimbokro à Bocanda, j’ai été poussé à mener une réflexion, car il me semble qu’il y a une grande confusion sur les priorités de développement de notre région. Partout dans le monde, et en m’alignant sur les Écritures Saintes, je puis affirmer que la plus grande richesse sur terre, ce sont les hommes. Mais connaissant bien notre région, personne ne peut nier les querelles intestines, la haine entre des cadres qui contribuent depuis longtemps à la maintenir dans la léthargie.

A quoi servent des cadres-candidats aux postes politiques régionaux qui ne pensent qu’à eux-seuls et à leur famille? A quoi sert une politique destinée uniquement à des clans familiaux qui profitent des biens au détriment des populations depuis notre indépendance? A quoi sert une richesse humaine qui se transforme en bourreau pour sa région d’origine au lieu d’être à l’avant-garde de son développement ?

Logiquement, et connaissant toujours cette région, si la richesse humaine disponible n’avait pas joué le plus mauvais rôle en focalisant son énergie sur de petits calculs politiques, nous ne nous plaindrions plus depuis longtemps de notre route. On dit souvent que la route précède le développement. Cette affirmation n’est pas totalement fausse. Mais en même temps, elle n’est pas totalement vraie. Un exemple dans la sous-région pourrait expliquer mon propos : contrairement à ce que nous croyons, les Haoussa du Cameroun sont très riches et détiennent de grosses richesses. Quelles stratégies ont-ils utilisé pour que leur région soit désenclavée ? Ils n’ont fait qu’investir là où ils résident, c’est-à-dire leur région d’origine au départ enclavée. La puissance de leur investissement a obligé les pouvoirs publics à ouvrir des voies car les activités qu’ils y ont développées étaient des éléments capitaux pour l’économie camerounaise.

En Côte d’Ivoire, à force de chercher l’argent en vitesse, tous les nantis investissent à Abidjan, parce que là, ça rapporte gros. Pourtant, les cadres de notre région pouvaient agir comme les Ahoussa du Cameroun. S’il existait une activité économique florissante, les pouvoirs publics et politiques seraient obligés d’investir dans les voies de notre région et contribuer ainsi à son désenclavement. S’il existait des usines, comme ce fut le cas de l’Utexi, qui faisait que les banques étaient obligées de s’y installer, il est clair que cela créerait une dynamique au niveau régional et donc la route serait déjà faite. A quoi sert une route utilisée uniquement à la circulation? Une route est faite pour la circulation, certes ; mais en même temps, elle permet aussi de développer l’économie du pays. La région du N’zi, à ma connaissance, n’a pas encore découvert la voie de son salut. A moins qu’on se réveille pour rendre notre région dynamique en termes de création de richesses, nous serons toujours condamnés à la misère.

Dans notre état actuel, soit les gens auront pitié de nous après avoir souffert tant d’années, soit les cadres et élus devront s’entendre pour former un bloc autour de la région et ouvrir la voie de son développement, soit des richesses devront être créées par tous, dans un esprit d’amour pour notre propre région pour obliger les pouvoirs publics et politiques à ouvrir nos voies. Cela passe par un changement des mentalités. Je ne vois pas une autre issue.

11- VISITE DU PRÉSIDENT BÉDIÉ A DIMBOKRO: UNE OPÉRATION DE SÉDUCTION

Compter sur la visite du président Bédié pour constater notre misère et avoir pitié de nous, relève d’une vue de l’esprit, car il a d’autres objectifs : récupérer son bastion égaré aux mains de l’Udpci, laisser intact l’héritage que le Père fondateur lui a légué avant son voyage éternel. Sa visite n’obéissait qu’à une opération de séduction que les esprits lucides ont perçue depuis la chute du Pdci-Rda lors des élections législatives de 2011 à Dimbokro, cette ville martyres qui a tout donné pour la liberté de notre peuple, mais qui est pourtant martyrisée par les pouvoirs publics: de toutes les chutes des candidats de Pdci-Rda lors des élections législatives dernières, il me semble qu’il n’a pas fini de digérer la défaite de son candidat à Dimbokro. Cela trouble depuis longtemps son sommeil. Mais en même temps, pour emprunter les termes de Dr EDDY Gnapia : « La politique n’est plus une option, elle est un choix », parce qu’à force de laisser des aventuriers prendre les devants, nous avons « tapé poto« . Les partis politiques traditionnels ont échoué. Il est donc temps que la jeunesse lucide se réveille et prenne ses responsabilités.

12-DES POLITIQUES VERSATILES

Dans notre région, le N’zi, beaucoup de traitrises proviennent des animateurs locaux du Pdci-Rda. Durant la période de coup d’Etat du Général Robert Guéi, qui déboucha sur la gestion du pays par le Fpi, beaucoup de cadres se sont dévoilés par leur versatilité. L’autre dirait qu’ils ont passé leur temps à sécher leurs habits là où le soleil brillait plus fort. Cette façon de se comporter démontre une certaine hypocrisie politique, un opportunisme et une vue raccourcie du développement régional.

A part certains cadres du Pdci-rda, qui sont d’ailleurs rares dont Monsieur N’Guessan Koffi Bernard, actuel président du conseil régional du N’zi, Mme Bobi Assa, ex député de Dimbokro et quelques jeunes qui sont accrochés à la conviction politique tels Langui Kouadio Marc, N’Dri Houphouët Théophile, Langui Jean-Marie, pour ne citer que ceux-là, beaucoup se sont discrédités par leur manque de courage face au bateau qui tanguait suite au violent vent qui l’avait secoué durant plus d’une décennie.

Beaucoup ont fait la navette entre le Fpi et le Rdr pour se retrouver là où ils sont présentement après le changement de donne, c’est-à-dire au Pdci-Rda. « Ohooo honte ! », dirait l’ex-première dame, Simone Ehivet Gbagbo.

13- LA RÉCUPÉRATION POLITIQUE

On fait de la récupération politique sur toutes les « petites réalisations de la région », on s’insulte pour telle ou telle chose, juste pour défendre des causes personnelles pour des postes électifs passagers. A y voir de près, le développement de notre région est mis entre parenthèses par nos politiques. Je l’ai déjà dit, depuis les années 1990, on peut parler de « politique m’a sauvé » puisque de nombreux cadres se sont enrichis à travers ce canal, sans pour autant remplir les devoirs pour lesquels les populations ont placé leur confiance en eux. Et la saignée continue. Quel développement peut-on créer avec une division des cadres, des jeunes ?

14- UNE JEUNESSE OTAGE

En embrigadant une partie de la jeunesse, les hommes politiques ruinent tout espoir à la région. Sans objectifs communs, chacun rame dans le sens qui lui sied, sans tenir compte des intérêts de la région. Quand on veut bâtir une région, le premier critère consiste, à mon sens, à faire émerger l’unité qui passe par l’amour et le rejet de la haine, de l’hypocrisie et de la méchanceté. Notre région a d’énormes potentialités économiques, humaines, politiques, sociales. Mais à quoi serviront toutes ces potentialités s’il n’existe aucun amour entre nos leaders locaux ? Nous sommes en train d’accumuler un retard considérable.

Nous ne sommes pas obligés de voir les choses de la même façon, mais nous sommes obligés de nous aimer, à moins que nous soyons d’éternels candidats au suicide alors que nous avons une mine d’or entre nos mains : notre région.

Par Dr YAPI Michel

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