QU’Y A-T-IL AU FOND DU «KLWABA»?

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L’une des richesses de nos langues réside dans la bouche des mots. Oui, les mots nous parlent et nous devons saisir le sens de leurs paroles. Chez tous les peuples ivoiriens en général, le mot klwaba est tellement employé qu’il est devenu un terme populaire que chacun utilise quand bon lui semble. C’est d’ailleurs cette popularité qui lui vaut d’être à la base de plusieurs expressions, grâce à l’esprit imaginatif de la jeunesse ivoirienne:

  • C’est anango qui mange dans klwaba.
  • Je ne suis pas anango pour manger dans klwaba.
  • Son nom est devenu klwaba.
  • Sa bouche est devenue klwaba.
  • C’est nom de klwaba qui est gâté oh, sinon WC est pire.
  • Etc.

Mais d’où provient ce terme devenu populaire chez les Ivoiriens? L’origine la plus probable nous conduit chez les Baoulé. En langue baoulé, en effet, klwa signifie « vaincre », « pouvoir » et ba « venir ». Klwaba veut donc dire littéralement: « Ce qui peut venir ».

Mais alors, qu’est ce qui peut venir et d’où vient-il? Évidement, c’est d’abord et avant tout la matière fécale issue des résidus de la digestion. Ce sont des substances ou particules non assimilées et la masse de bactéries du tube digestif expulsées par l’anus lors de la défécation. Les éléments résultant des aliments ingérés et digérés se divisent en deux parties: celle qui passe dans le sang pour nourrir l’organisme et celle destinée à être rejetée en transitant parfois par le klwaba.

Pour certains, en revanche, le mot klwaba vient du nouchi. Mais nous savons tous que le nouchi tire une part importante de son lexique dans nos langues locales, à commencer justement par le dioula et le baoulé. La première approche définitionnelle se confond donc avec la fonction initiale de l’objet: klwaba renvoie au vase de nuit. Utilisé principalement la nuit pour recueillir le pipi et/ou la matière fécale, le klwaba a une forte connotation péjorative dans l’opinion.

L’instrument a été vulgarisé par les commerçantes nigérianes disséminées dans tous les marchés en Côte d’Ivoire depuis les années qui ont suivi les indépendances. C’est grâce à leur commerce que le klwaba a connu une expansion et un succès dans les ménages et les foyers. En Côte d’Ivoire, dans chaque foyer où naît un nouveau-né, le klwaba fait partie des premiers objets dont a besoin la mère. Car les enfants en sont les premiers utilisateurs, suivis des personnes du troisième âge qui éprouvent des difficultés à se lever la nuit pour aller aux toilettes et de tous ceux et celles qui, au village, ont peur de sortir la nuit pour aller se soulager dehors.

Le klwaba est donc un instrument qui joue un sale rôle, le plus mauvais rôle dans le foyer, à la maison, celui de recueillir les déchets humains. En dehors de l’urine et de la matière fécale, « ce qui peut venir » atterrir aussi dans le klwaba, ce sont les vomissures ou la salive. En même temps, ce sale rôle est sans doute le rôle le plus noble puisqu’il permet de débarrasser la maison de souillures et d’odeurs pestilentielles pouvant nuire à la santé des membres de la famille.

Par Dr. YAPI Michel

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