QUE SERIONS-NOUS EN CÔTE D’IVOIRE SANS LE MANIOC ?

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Il y a de cela un ou deux ans, une pénurie d’attiéké a fait monter les enchères au point qu’il fallait débourser 150 à 200 F CFA pour se procurer la boule habituellement vendue à 100 F. Les mauvaises langues, qui disent parfois la vérité malgré tout, racontent d’ailleurs qu’aujourd’hui encore, dans certains quartiers d’Abidjan, cette boule vendue dans des sachets plastiques transparents ne contient que 50 F CFA d’attiéké pour 50 F de vent ou d’air.

Or qui dit attiéké, dit manioc. Le terme « manioc » désigne à la fois une plante originaire d’Amérique centrale et du Sud et la racine ou la fécule qui en est extraite. Pour une culture venue ainsi d’ailleurs, on peut dire que les Ivoiriens font partie des peuples ayant le mieux adopté le manioc sur toute la surface de la terre. Selon une source, la production annuelle de manioc en Côte d’Ivoire « atteint 2,41 millions de tonnes, avec un rendement moyen de 6,5 tonnes par hectare ». Il contribue à l’alimentation humaine et animale et connaît chez nous plus de « vingt produits dérivés ».

Une kyrielle de produits dérivés du manioc sont, en effet, devenus incontournables dans le régime alimentaire des Ivoiriens de tout âge, de toutes catégories sociales, de toutes religions et de tous les points cardinaux de nos 322 462 km2. Avec, en tête de ce menu au manioc, l’attiéké national mangé ici sous plusieurs formes : le garba ou garba-garçon à la recette sommaire et austère, l’attiéké des femmes plus riche et plus raffiné, l’attiéké blanc ou rougi à l’huile de palme consommé avec la sauce claire, etc.

QUAND LES IVOIRIENS VEULENT MANGER DE LA BANANE PLANTAIN

MANIOC

Vient ensuite, par ordre de popularité, le placali à la couleur blanchâtre, loin devant le kongodé, son cousin au visage noirâtre. En ce qui concerne le placali en particulier, rien de mieux que la sauce graine au djoumgblé ou la sauce kopê à base de gombo frais. Cela dit, et sans doute grâce à l’effet discret de la fermentation, le placali couché à la sauce graine semble souvent plus succulent que quand il est consommé le jour même de la cuisson. Un peu comme le riz couché. Le manioc se mange aussi sous forme de foutou, mais dans le mortier il est plus généralement mélangé à la banane plantain pour rendre le foutou plus tendre.

D’autres produits dérivés de ce divin manioc sont l’attoukpou venu tout droit du pays abouré (Bonoua et ses environs) et confectionné plus ou moins selon le même procédé de transformation que l’attiéké. Dans ce style gâteau on trouve également les boules-boules ou agba-claclo consommés avec des tranches de pulpe de coco. On n’oublie pas le manioc braisé ou le manioc bouilli. C’est le lieu de préciser que depuis des années déjà, la farine de manioc  sert aussi à la fabrication de pain et bien d’autres gâteaux pour palier un tant soit peu, dans ce domaine, le monopole du blé que nous ne produisons pas. Par ailleurs, grâce à nos contacts prolongés avec les ressortissants nigérians, béninois et togolais, nous connaissons aussi en Côte d’Ivoire des produits tels que le gari.

Pour finir, il n’y a pas que les racines du manioc qui font tant de bien à nos palais. On en consomme également les feuilles, lesquelles sont à l’origine de la sauce bawin très prisée chez les peuples de l’ouest. Sans parler des vertus thérapeutiques nombreuses de cette plante de plus en plus connues avec le développement et la reconnaissance de la médecine traditionnelle africaine. Ainsi donc, le manioc nous nourrit et nous soigne ; il nous guérit de la faim et de la maladie. Dès lors, la question vaut son pesant d’or : que serions-nous en Côte d’Ivoire sans le manioc ?

Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

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