QUAND MANGER IVOIRIEN DEVIENT UN LUXE

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Vivre à l’étranger, c’est faire le pari de l’abstinence, c’est se priver de beaucoup de choses auxquelles nous étions habitués depuis notre tendre enfance. Certaines choses que nous prenions comme acquises deviennent de vrais luxes. La famille, les amis etc. L’une des choses qui nous manque le plus, quand on est à l’étranger, c’est la nourriture du terroir. Et c’est ce dont je veux parler aujourd’hui, vous emmener sur le territoire succulent, délicieux, appétissant de nos mésaventures alimentaires.

La gastronomie européenne est certes riche, mais la nôtre est plus diversifiée et apporte plus de gaieté à nos palais.

Il est de notoriété publique que les plats européens sont dépourvus de sauce, à la différence des nôtres qui sont toujours accompagnés de sauce délicieuse et onctueuse. Quand je parle de sauce, j’évoque ici la préparation culinaire, liquide ou onctueuse qui sert à accompagner divers mets : la sauce graine, la sauce aubergine, la sauce arachide… Alors que les Européens pensent mayonnaise, ketchup, etc.

L’un des premiers chocs culinaires est bien le fait d’avoir de la nourriture sans la sauce comme les Africains l’imaginent. Les Européens servent le riz avec un morceau de viande (généralement grillé) accompagné de salade et de tomate ; ils peuvent y ajouter des frites. C’est un très beau plat du point de vue esthétique et gustatif, mais pour nous autres Africains, il manque manifestement quelque chose. Et c’est cette chose qui nous manque que nous allons chercher dans les restaurants africains.

PHOTO DDM JEAN MICHEL MAZET OUVERTURE RESTAURANT LE PETIT AFRIQUE CHE

La dénomination « Restaurant africain » sied aux établissements qui servent toutes sortes de plats des pays africains. Notons que souvent les mets proposés n’ont pas la même sapidité que ceux faits par nos mamans. Nous qui sommes au Portugal, nous n’avons pas la facilité d’avoir ou de déguster les mets de notre terroir. Disons-le tout net, ceux qui sont en France ont cette chance de « manger ivoirien » quand bon leur semble. Ils ont des marchés qui leur proposent les vrais ingrédients et condiments pour accommoder les mets les plus savoureux de chez nous. Pour ceux qui ont la flemme de cuisiner, ils ont la possibilité de se rendre dans l’un des nombreux restaurants « africains » et manger ce qu’ils veulent.

Au Portugal il n’est pas aisé de mitonner un bon petit plat du pays. On tente quelques fois de faire la sauce graine ou la sauce arachide, mais le manque criard d’ingrédients la rend moins délicieuse. Seul le désir irrésistible d’avoir un semblant de ce que nous mangions chez nous nous pousse à ne pas abandonner. En outre, les quelques ingrédients disponibles nous coûtent chers. Tenez, l’igname est devenu un vrai produit de luxe. Un petit morceau coûte facilement 10 Euros, soit plus de 6550 Francs CFA.

Cela m’amuse de voir les vendeurs (la plupart du temps des Pakistanais) tentés de m’expliquer ce qu’est l’igname. Je leur rétorque gentiment que j’ai cultivé l’igname et que je connais très bien le produit.

garba

Les plats les plus basiques comme le garba ou l’attiéké représentent des moments de grande convivialité. La communauté étant petite, lorsque l’un d’entre nous reçoit des boules d’attiéké, il invite tout le monde chez lui pour partager. C’est une occasion rêvée pour se remettre dans l’ambiance du pays. La politique, la société de notre pays sont disséquées, décortiquées, analysées. Cela donne lieu à des discussions enflammées, mais sans animosité aucune. Le bon ton est une vertu cardinale qui ne peut être enfreint ni transgressé par aucun membre du groupe. Après cela, les musiques du pays refont surface, les vieux pas de danse endiablés du zouglou, du kpaklo et autres permettent à chacun de nous de se défouler et de terminer la rencontre dans la joie. Il faut savoir se quitter pour mieux se retrouver, dit l’adage.

Somme toute, les plats banals tels que le garba ou l’alloco sont une richesse inestimable pour celui qui vit loin de sa terre natale. Et je ne parle même pas de la viande de brousse, de ses senteurs envoûtantes et enivrantes dont le souvenir vivace nous rappelle indéniablement les joies et les plaisirs du terroir.

Par Eliyôh, notre correspondant au Portugal

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