QUAND LE « CABINET » TRAUMATISA UNE ÉCOLIÈRE

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Le mot « cabinet » a plusieurs sens. Dérivé du vocable « cabine », lui-même provenant de « cabane », il désigne une petite pièce, construction servant de dépendance ou complément à un bâtiment principal. On parle ainsi d’un cabinet de travail, bureau, local où quelqu’un exerce une profession. Le cabinet renvoie aussi à l’ensemble des membres du gouvernement d’un État, l’ensemble des collaborateurs d’un ministre, d’un commissaire de la république. Au pluriel, les « cabinets » sont un lieu réservé aux besoins naturels. C’est cette dernière approche qui retient notre attention.

Les « cabinets », appréhendés de cette manière, ont si bien imprimé nos mémoires et consciences d’Africains francophones que nous avons inventé le verbe « cabiner ». On entend couramment « Je vais cabiner. Tu vas cabiner. Il ou elle va cabiner… » C’est-à-dire, aller aux toilettes, à la salle d’eau ou encore faire ses besoins.

Dans l’optique de parfaire mon papier, j’ai consulté le dictionnaire de langue française Le Robert ; et que ne fut ma surprise de voir pris en compte le verbe « cabiner » ? La signification est : « Régional. En Afrique, faire ses besoins ». La danse et la dynamique des mots est toujours ahurissante et intéressante à observer. Du coup, la simple évocation du mot « cabinet » fait d’emblée penser aux toilettes.

Imaginez dans une classe de CE1, le drame d’une fillette interrogée sur le métier de son père par l’instituteur ? Et la pauvre de répondre : « Mon père est directeur de cabinet ». Toute la classe se déchaîne contre elle. « Oh, son papa est directeur de WC ! Directeur de toilettes ! Directeur de caca et pipi ! Son papa est chef de WC, il lave WC, il lave caca et pipi des gens… ».

Rires, chahuts, cris, moqueries et pleurs se mêlent. Édith est inconsolable. Ses larmes coulent sans arrêt. Les railleries se poursuivent même en dehors de l’école. À l’église et partout où ses amis l’aperçoivent. Si bien que traumatisée, elle n’a quelquefois pas envie d’aller en cours. Le maître, dépassé par les événements, est incapable de rectifier le tir. Comment expliquer en effet à des enfants qu’être directeur de cabinet est très valorisant et n’a rien à voir avec les toilettes ? Cela paraît au-delà des forces de l’éducateur.

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De telles brimades en milieu scolaire sont récurrentes. Elles vont des moqueries au bizutage et au racket des plus jeunes. Il importe de veiller et d’observer ces cas multiformes de violence à l’école pouvant causer des abandons, des fuites ou déperditions.

En vérité, le père d’Édith était Directeur de Cabinet d’un tout-puissant Ministre sous l’ère du président Félix Houphouët-Boigny. À cette époque faste au cours de laquelle l’Ivoirien moyen vivait relativement bien, que dire du principal collaborateur d’un ministre de la république ? Pourtant, les enfants ne le percevaient pas ainsi. Pour eux, un directeur de cabinet est un patron de toilettes.

Cette confusion autour du vocable « cabinet » rappelle la force et la charge émotionnelle des mots. Les propos, paroles et pensées communiquent des états, des situations, des sentiments, des sensations, des perceptions, des comportements… Ils peuvent blesser, soigner, encenser, rabaisser, motiver ou décourager, etc. Il importe alors, en définitive, que les enseignants soient suffisamment imprégnés, dans leur formation, des questions de protection de l’enfant en vue de garantir ses droits fondamentaux et de les faire progresser correctement pour son épanouissement, celui de sa famille et de sa communauté.

                                                                                    Par Gildas KONAN

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