QUAND LA CUISINE S’INVITE DANS LE FOOTBALL.

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En Côte d’Ivoire, le football est le sport national. Aussi, se pratique-t-il partout: dans les quartiers populaires ou huppés de la capitale ou en encore dans les villages les plus reculés. Il est même devenu un facteur très puissant d’union entre les Ivoiriens. Par ailleurs, le football doit compter avec la créativité des Ivoiriens, qui vont se l’approprier et l’adapter à leur réalité et à leurs besoins. C’est ainsi qu’au fil du temps, ce sport va se décliner en de nombreux sous-produits tels que le «maracana» ou «petit Poteau». À travers ces créations footballistiques ivoiriennes, transparaissent un paradigme particulier mettant en évidence inspiration, finesse et talent dans le maniement du ballon.

À cet effet, intéressons nous au «petit poteau» qui est un creuset important de la culture ivoirienne. En effet, le «petit poteau» est une forme de football typiquement ivoirien qui se pratique sur un terrain de taille réduite. Les buts ou poteaux sont de taille réduite; c’est-à-dire environ 1 mètre carré avec, de temps en temps, une zone d’environ 1 mètre carré également. Le ballon n’échappe pas à la règle car il est également de petite taille. Le nombre de joueurs varie de 4 à 6 selon que le terrain est très réduit ou pas. Le «Petit poteau» constitue l’espace par excellence d’expression du talent footballistique des jeunes ivoiriens des quartiers populaires. Il est également une école de football populaire où les enfants apprennent à dompter le ballon.

Puisque le jeu se déroule sur un espace réduit qui implique une bonne conservation de la balle, et que pour cela il faut être précis et doté d’une technique hors norme. Ces qualités, lorsqu’elles ne sont pas innées, sont acquises au contact des autres. En outre, le «petit poteau» permet de travailler l’endurance si chère aux footballeurs, dans la mesure où, la seule stratégie qui prévaut est la tactique du flux et du reflux (Ajax Amsterdam des années 1970). Cette tactique signifie tout simplement que «tout le monde attaque et tout le monde défend».

LA POLITIQUE JUSQUE DANS LA SAUCE : DIARRHÉE À L’HORIZON ?

Si nous nous penchons sur le premier avantage du mini football, nous voyons qu’il est un concentré de spectacle faits de gestes techniques, de dribles et d’actions de classe. C’est la raison pour laquelle des recruteurs du monde entier arpentent les terrains de «petit poteau» des quartiers populaires de la capitale économique ivoirienne dont le plus célèbre est le «Zébié». Les tournois de «petit poteau» drainent du monde pour les raisons évoquées plus haut, et c’est justement pour cette même raison que la cuisine s’y invite. Cela dans la mesure où les artistes sont sous les feux des projecteurs et l’humiliation des défenseurs adverses en est l’ingrédient le plus prisé.

Au «petit poteau» tout le monde attaque et tout le monde défend à l’exception du gardien du temple, celui qui sacrifie son corps et son honneur pour l’équipe. Dans les temples du «petit poteau» d’Abidjan, on le nomme «carreaumètre», «gbakêmane» ou «gbakmane». Le deuxième substantif est celui qui va retenir notre attention. il s’agit d’un mot nouchi dont la première variante est obtenue par composition du mot dioula «gbakê» et du suffixe «mane» qui n’est que la francisation du vocable anglais man. Ajouté à un nom de métier, ce suffixe indique la personne qui pratique le métier. Mais en nouchi il implique également la tendance d’un individu à s’adonner à une activité; et c’est le cas des mots comme «gbanmane», «taximane» «philomane», etc.

Pour ce qui est de la racine sémantique «gbakê», elle provient du dioula «gba» qui signifie nourriture. Et, si l’on prend en compte le fait que la particule «kê» sert à décrire l’action qu’induit le mot auquel il est rattaché, l’on obtient le verbe dioula, «gbakê» qui signifie «cuisiner» ou «faire la cuisine». Donc, le «gbakêmane» au «petit poteau» est littéralement celui qui fait la cuisine: c’est le cuisinier, celui dont la posture dans le but rappelle la femme africaine cuisinant le kabato, le lokosoukoué ou le placali. Quand l’on analyse le profil du gbakmane, il ressort très vite que c’est le joueur qui sacrifie son corps pour l’équipe dans la mesure où Dieu seul sait combien de missile il reçoit dans l’exécution de sa tâche. Il est le plus sale parce que toujours au sol. Enfin, il est le plus rude avec les adversaires en tant que dernier rempart de son équipe. Je vous invite au tournoi de «petit poteau» de mon quartier en vous souhaitant bon appétit!

Par Dr. Abou Sampha BAYOKO

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