QUAND BOMOU MAMADOU PARLAIT AUX AFRICAINS

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Mercredi 27 juin 2018, 10 heures et plus. Il tombe une pluie dubitative. Dans le bus qui me ramène de Cocody à Abobo-Baoulé, on nous sert d’abord du reggae fait maison. Notre Alpha Blondy national. Puis tout mon être s’arrête sur la voix et le verbe perçant de Bomou Mamadou, dans son titre Nello sorti en 2001. « Nello! » signifie « C’est moi! » en langue malinké. Bientôt vingt ans. Mais le texte est d’une actualité à me donner la chair de poule, au moment où la Côte d’Ivoire n’a pas fini d’enterrer les morts causés par les inondations de la corruption, de l’incivisme et de l’indiscipline « émergents ».

Les paroles s’envolent mais les écrits demeurent, a-t-on coutume de dire. En retranscrivant ici les paroles de cette chanson adressées aux Africains d’ici et d’ailleurs, Attoungblan.net inaugure une nouvelle rubrique dédiée aux messages forts envoyés par les artistes du continent. Peut-être en les rendant dans le silence cru de l’écriture, parviendront-ils à transpercer le cuir de nos inconsciences individuelles et collectives. Qui sait?

Chacun à son tour chez le coiffeur

Nello nello nello nello nello, lohung o lohung…

C’est moi, c’est moi, c’est moi dèh

La famine sévit en Éthiopie

On crée un paria au Rwanda

Le sang de la mort suit partout en Afrique

Soyons réceptacles des déchets toxiques

Acceptons les essais nucléaires

Détruisons, vendons-leur toutes nos forêts

La nature va nous parler un jour

Continuons nos détournements de deniers publics

Endettons-nous, endettons-nous toujours

Soyons amis samedi et dimanche, ennemis le lundi

Hypocrites

Mardi sera pire pour certains

Mercredi le cri des autres

Ne divorçons jamais d’avec madame corruption

Continuons nos coups bas, coups d’États, coups d’éclat

Poursuivons nos luttes de chiens, c’est bien ça

Exterminons-nous, entretuons-nous, c’est bien

Soyons même rayer de la carte du monde, ça vient

Acceptons d’être les fils de Sham, maudit fils de Noé, pour rien

Refusons nos dieux, refoulons nos vies

Renions nos langues car trop bavardes

Un gentil petit conseil

Faisons toujours des autres nos boucs émissaires

C’est la faute au système, c’est la faute aux Blancs

C’est la faute aux Jaunes

C’est même la faute aux Verts

Ô […] mon baron

Dis au grand frère Blondy

Que son Afrique est en train de se tromper de guerre

Dieu […] s’est bouché, il s’est bouché les oreilles

L’ange Gabriel ne viendra du ciel nous sauver

Le Christ lui-même ne redescendra pour un autre sacrifice

Mon sacrifice

Parce que nous avons oublié que les vrais bourreaux de l’Afrique

C’est nous !

C’est pourquoi moi je dis toujours que c’est moi, nello

Nello, nello, nello, nello, nello, nello

Nello, nello, nello, nello…

Colonel Gouro, c’est bien moi qui t’ai livré Almamy Samory Touré

Qui d’autre aurait pu te livrer, Patrice Lumumba

J’ai livré l’enfant Kwame Nkrumah

J’ai tué […]

J’ai tué Diallo Telli

J’ai tué […]

J’ai livré Victor Biaka Boda

Il faisait trop le malin ce capitaine

J’ai fermé la bouche à Thomas Sankara

A Were Were Liking j’ai dit toujours que c’est moi dèh

[…], mon maître, ne vois-tu pas que le mur est fissuré ?

Le lézard ne peut qu’y entrer et danser

La danse du lézard

Mon Afrique bazardée

Mon Afrique lézardée

Nello…

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