QUAND ASSALÉ TIÉMOKO PARLE À SA FILLE DE TROIS ANS

0 125

Obtenez des mises à jour en temps réel directement sur votre appareil, abonnez-vous dès maintenant à Attoungblan.net.

30 ans de politique politicienne, basée sur la haine, sur la division, sur la tricherie ont, partout permis à des individus de s’enrichir, sur le dos des populations. Alors que Houphouët-Boigny a mis l’accent sur ce qui fait réellement la force d’une nation, la formation des hommes, ceux qui lui ont succédé, ayant plus de moyens que lui, ont œuvré, plutôt, pour la déformation des hommes et notamment, les jeunes, en assassinant consciencieusement notre système éducatif.

Ma fille, moi, j’ai connu cette école où le maître était un modèle, une référence, une sorte de « dieu » à qui nous donnions un respect sans faille. Dans les villages, en dehors des classes, quand nous voyions nos maîtres, se rendant dans n’importe quel endroit, nous courions vers eux et, les bras croisés, nous les saluons respectueusement. Nous allions à l’école, tout était mis en œuvre pour que nous comprenions les enjeux, pour que nous ne trichions pas avec notre avenir et l’avenir de notre pays. Mais, que voyons-nous aujourd’hui, ma fille ?

Plusieurs crises politico-militaires, plusieurs politiques hasardeuses, sur fond d’enrichissement personnel, ont déstructuré notre pays, notre société, en faisant naître de faux modèles qui, sous les yeux d’une jeunesse abandonnée, ont vendu un autre type de société assis sur le principe de « la fin, en tout, justifie l’usage de tous les moyens ».

TRICHE

L’école? Oh, ce n’est plus important, maintenant, d’étudier, de se cultiver, de se former. Il suffit de tricher ou de payer et, on avance.

La lecture, la culture livresque? Oh, ce n’est plus important. Pour faire du chiffre et se livrer à la propagande, toutes les moyennes ont été harmonisées. On peut avancer d’une classe à une autre, sans savoir lire et écrire correctement, ce n’est pas bien grave. L’objectif est que, au final, on ait le maximum de cancres qu’on pourra manipuler pour s’imposer politiquement en instrumentalisant leur pauvreté et leurs limites intellectuelles.

Un concours? Oh, pourquoi se fatiguer, ma fille? Il suffit d’avoir un parent bien placé ou de connaitre un bon réseau, d’avoir ce qu’il faut payer et, le tour est joué.

La justice, ma fille? Oh, pourquoi se fatiguer? Ton adversaire a un bon avocat ? Moi j’ai de l’argent et je peux m’offrir les services du juge qui tranchera notre différend.

Une élection ? Oh, pas la peine d’avoir une vision, une formation en leadership, de valeurs cardinales…il suffit de trouver quelques jeunes de quartier affaiblis mentalement par le chômage, de leur donner 20 mille francs et le tour est joué.

EFFECTIF

Ils vous aideront à tricher, à instrumentaliser la misère des populations de plusieurs villages que vous pourriez déporter, d’un lieu à un autre, pour en faire un bétail électoral, moyennant des sommes d’argent comprises entre 2000 et 5000f. Cinq mille francs pour acheter une vie sur cinq ans. Avec ce processus, désormais un criminel, un homme ou une femme, n’importe quel quidam, même ne sachant ni lire, ni écrire, ne portant aucune valeur pour une jeunesse d’excellence, vomi par ses propres parents en raison de son passé, de son incompétence ou autres comportements ou incapacités, vomi par sa proche jeunesse ou sa propre population, peut, à coups de corruption, de fraudes et de tricherie, s’imposer électoralement et, avec l’aide de quelques jeunes sans rêve pour eux-mêmes et pour leur nation ou la cité dans laquelle ils vivent, participer et renforcer le « développement du sous-développement ».

Regarde la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui ma fille et demande moi sa nature. Demande moi, quel est le modèle de société que nous sommes en train de vous laisser en héritage, vous les générations futures? Ma fille, nous sommes en train de construire une société d’inégalité, de l’argent roi, peu importe la manière de son acquisition. Une société sans valeurs, dans laquelle, derrière le visage angélique de certains politiciens, de certains « hommes de Dieu », se cachent de redoutables escrocs, des manipulateurs sans scrupules, des prédateurs de l’économie et des promoteurs de la médiocrité.

Une société dans laquelle ceux qui doivent encadrer la jeunesse et la protéger des dangers sont eux-mêmes des tricheurs, des « boucaniers » et, par conséquent, laissent la jeunesse tricher avec son avenir et celui du pays.

Une société dans laquelle on laisse l’école s’effondrer, on laisse les faux modèles, dans tous les domaines, triompher, sous les yeux des enfants.

Une société dans laquelle, des élèves admis au BAC, au BEPC, sont incapables d’aligner deux phrases correctes.

Une société dans laquelle, grâce à la corruption, au tribalisme, au népotisme, on retrouve des enseignants dans nos écoles primaires, qui ne sont capables d’aucune réflexion cohérente, qui ne savent pas lire ou s’exprimer correctement.

Quelqu’un a dit, ma fille, que, « pour détruire un pays, il n’est pas nécessaire d’user de bombes. Il suffit d’abaisser le niveau de l’éducation et de laisser les étudiants tricher. » On en est là, ma fille.

Regarde l’offre politique, dans le pays, ma fille. Regarde la façon dont la politique est faite dans le pays, ma fille. C’est d’une telle tristesse quand on l’oppose aux réalités que vivent les populations dans les zones rurales.

cote-ivoire-sanctions-ue-213308-jpg_106476_660x281

En te regardant ma fille, je devine la question qui te brûle les lèvres: « Mais papa, que fait ta génération pour nous épargner le drame qui se profile à l’horizon ? » Nous essayons ma fille, nous essayons de changer les choses, nous essayons de descendre sur le terrain pour faire le travail d’éveil des consciences. Mais les gens sont si pauvres, si mal instruits, si peu informés, si peu conscients des enjeux, que ceux qui profitent de cette situation ont une longueur d’avance sur nous.

Mais je te le promets ma fille, on ne baissera pas les bras, on continuera à se battre. Et on finira par gagner. Avec des mots, des valeurs et des idées. Mon souci aujourd’hui, ma fille, c’est que je sais trop de choses. Et je n’en dors pas, mon sommeil en est perturbé, chaque nuit. C’est juste cela qui me fatigue. Mais, ça ira, comme on le dit chez nous. Merci ma fille, de m’avoir accordé ton attention. Ne sois pas triste. Lève-toi et, en position de marche!

Par Assalé TIÉMOKO, Journaliste
NB: Les illustrations sont de notre rédaction

 

 

Commentaires
Loading...
%d blogueurs aiment cette page :