POURQUOI LA CÔTE-D’IVOIRE ET LE SÉNÉGAL DEVRAIENT VOLER AU SECOURS DU BURKINA CONFRONTÉ AU DJIHADISME SALAFISTE.

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Le salafisme pratique une politique d’implantation axée sur la stratégie de la tâche d’huile. Il entre dans un espace du Dar-al-Harb (conception musulmane du monde païen, par opposition au Dar-al-Salam) en implantant ou en infiltrant une mosquée. Autour de laquelle mosquée elle fait graviter des associations caritatives pro-pauvres ou des prédicateurs/moralistes itinérants, qui lui servent de nasses pour appâter et pêcher des adeptes recrutés dans les milieux défavorisés. Tant que ces adeptes et sympathisants demeurent minoritaires, ils en restent au stade de présenter le visage d’un courant religieux apolitique, désintéressé du pouvoir et plutôt porté sur l’exemplarité dans l’assistanat caritatif et la promotion de la vertu.

Mais dès que le vent tourne et que leur impact social s’affirme d’une manière marquée, ses guides commencent à prêcher le djihad politique. Bien que souvent confondus, il y a une différence à ce niveau entre le salafisme et le wahabisme, qui est une doctrine tout aussi rigoriste et puritaine. Contrairement au wahabisme qui peut accepter l’autorité d’une constitution ou d’un chef d’État non musulman, si celui-ci manifeste quelques égards à l’endroit de la communauté musulmane, le salafisme en position de force n’admet pas de demeurer sous l’autorité d’un « chef impur ». De sorte qu’une fois suffisamment implanté et fort, au moyen du djihadisme, le salafisme prend d’abord le contrôle de la ville ou de la région acquise à sa cause, qui lui sert de point d’appui ou de citadelle pour essaimer dans les régions et villes environnantes.

C’est la stratégie d’expansion utilisée par Boko Haram au Nigeria, organisation d’apparence inoffensive à ses débuts qui a commencé à Maiduguri comme un groupe prosélyte et moraliste regroupé autour du prédicateur Mohamed Yusuf. Il en est de même pour les Shebbabs en Somalie qui, à travers les tribunaux islamiques, ont été accueillis comme les justiciers providentiels dans un État failli, livré au diktat des bandes armées, avant de dévoiler leur vrai visage.

LA SPÉCIFICITÉ DU SALAFISME EN AFRIQUE OCCIDENTALE FRANCOPHONE

BFS

En dehors de la similitude observée dans cette stratégie de la tâche d’huile, dans le cas de l’Afrique occidentale francophone, deux particularités s’affirment et doivent faire l’objet d’une attention particulière. Il s’agit premièrement de l’implantation d’une nébuleuse de foyers djihadistes disséminés comme une constellation de tâches d’huile dans le nord-Mali et le nord-Burkina. Ce qui présume de l’intention d’établir des Califats éclatés qui joindront leurs espaces de conquête pour fonder un État islamique fédéral, sur le modèle de l’État islamique en Orient de Abubakar Al-Bagdadi englobant des régions de l’Irak et de la Syrie.

La deuxième particularité, sans vouloir stigmatiser tout un peuple, c’est le fait pour le djihad salafiste de choisir les Peuhls radicalisés comme cheval de Troie. Le but est sans doute d’exploiter l’espace de mobilité de ce peuple transnational qui s’étend de la Mauritanie au Cameroun. Ce rôle explique en partie le massacre perpétré par la milice dozo Da nan Ambassagou (dogon) contre les villages Peuhls au Mali, en guise de représailles.

Par ailleurs, puisque l’État islamique dans sa conception contemporaine se finance toujours par la contrebande de ressources naturelles ou par la piraterie maritime (le pétrole en Irak, le pavot en Afghanistan et l’arraisonnement de navires marchands en Somalie), sans être devin, on peut comprendre que les États de la Côte Atlantique sont l’objectif ultime du djihadisme sahélien. Pourtant, fait cocasse, ces derniers se tiennent cois et observent de leur tour d’Ivoire le Burkina et le Mali se débattre tous seuls contre une menace contagieuse.

Peut-être comptent-ils sur la France pour faire le ménage devant leur porte. Ce qui reviendrait à se foutre le doigt dans l’œil, parce qu’autant la France n’a pas intérêt que le djihadisme salafiste déferle jusqu’aux côtes atlantiques où elle a des intérêts économiques importants, autant elle n’a pas intérêt à éradiquer cette nouvelle menace tombée à pic. Pour la simple et bonne raison qu’elle représente son passeport pour maintenir dans la région une présence militaire qui était de plus en plus contestée, surtout depuis que le Sénégal a obtenu la fermeture définitive de la base militaire française de Wakam à Dakar en 2011. Au mieux, elle peut contenir le djihadisme salafiste dans son berceau du no man’s land sahélien, dans le but de préserver sur les États de la région la présence d’une épée de Damoclès qui les dissuadent de dire aux armées Françaises « Allez-vous-en de chez nous »!

Par Dr. N’goran BANGALI, Histoirien, enseignant-chercheur

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