POURQUOI «JOLI GARÇON SANS PRODUIT GHANÉEN»?

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En Côte d’Ivoire, depuis les années 1980-1990, ou peut-être avant, cette expression est utilisée pour apprécier une beauté qu’on qualifierait aujourd’hui, pour faire simple et rapide, de bio; et donc, une beauté naturelle sans renfort de produits cosmétiques. On l’entend dans cet extrait de «Gboglo Koffi» de Bilé Didier et les Parents du campus, dans ce qui peut être considéré comme la plus belle description du Zouglou de la part de l’un de ses pionniers:

«Ah, la vie estudiantine, elle est belle! Mais on y rencontre beaucoup de problèmes. Lorsqu’on voit un étudiant, on l’envie: toujours bien sapé, joli garçon sans produit ghanéen! Mais, en fait, il faut rentrer dans son milieu pour connaître la misère et la galère de l’étudiant… Orrr bon Dieu! Qu’avons-nous fait pour subir un tel sort? Et c’est cette manière d’implorer le Seigneur qui a engendré le Zouglou, danse philosophique qui permet à l’étudiant de se recueillir et d’oublier un peu ses problèmes…»

Pourquoi «produit ghanéen» alors que, depuis toujours, notre pays accueille des ressortissants de beaucoup d’autres pays africains? C’est à cette question que je voudrais apporter un début de réponse. Dans ces années 1980-1990, en effet, les Ghanéens avaient la réputation de vendre des produits de beauté bon marché, parallèlement à leur travail de toklo-toklo pour les hommes ou de two-two pour les femmes.

Ainsi, le yomo (gnomo) était une substance solide de couleur noire foncée qu’on faisait dissoudre dans de l’eau pour noircir les cheveux blancs ou grisonnant des personnes d’un certain âge, afin de leur donner une seconde jeunesse. Il y avait également un produit défrisant blanchâtre, visqueux et tellement acide que les femmes prenaient beaucoup de risque et de courage pour se le faire appliquer. On l’appelait pour cette raison «attraper ton cœur». Que ne fallait-il pas supporter pour être belle?

À partir de là, dans l’opinion publique ivoirienne, les Ghanéens ont été très tôt associés aux produits cosmétiques de toutes sortes, mais surtout à ceux de qualité inférieure, d’où l’idée d’être un joli garçon ou une jolie femme «sans produit ghanéen».  Cela revient à la fois à être naturel et à avoir un certain pouvoir d’achat pour se procurer, si on en utilise, des produits de meilleure qualité. Car il faut parfois «être tombé(e) comme cacao de Ghana» (fauché, réduit à sa plus simple expression) pour utiliser ces «produits ghanéens». 

Par Dr. Paul-Bathesty DROMBÉ

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