PORTRAIT: UN PATRIOTE TROP TÔT PARTI

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Voici l’histoire de Biaka Boda, telle que racontée par Devalois Biaka dans son livre de 243 pages publié chez L’Harmattan en 1997 sous le titre: La «Disparition» du patriote ivoirien Victor Biaka Boda: plaidoyer pour libérer sa dépouille mortelle.

C’est en 1913 dans le village de Dahiépa que voit le jour l’une des plus belles étoiles que la Côte d’ivoire ait connue. L’histoire de notre étoile débute donc dans ce village de Dahiépa dans la région de Gagnoa en Côte d’ivoire. Très tôt orphelin de père et de mère, l’enfant de Dahiépa est recueilli et élevé dans la pure tradition bété par ses parents maternels dans le village de Biakou. En 1920 le jeune fils de Dahiépa se sépare de ses parents et prend la direction de Gagnoa pour commencer son parcours scolaire. À l’école supérieure de Bingerville, il obtient son brevet d’étude primaire supérieur en 1930. Il sortira de l’école de médecine de Dakar avec le titre de médecin africain en 1937. Durant toute la durée de ses études, Biaka fait preuve d’une vive intelligence et se fait remarquer par son caractère frondeur et rebelle.

À cette même époque les peuples de Côte d’ivoire sont soumis au diktat du colonisateur. À sa sortie de l’école de médecine, notre nouveau médecin est affecté en Guinée. C’est au cours de son séjour en Guinée qu’il fait la rencontre du leader africain Ahmed Sékou Touré, alors président de la section du RDA en Guinée.

Le RDA est à cette époque le plus grand mouvement panafricain d’Afrique de l’ouest qui lutte pour l’émancipation de l’Afrique. Cette rencontre sera l’occasion pour le médecin d’adhérer au RDA. Épris de liberté et farouchement opposé aux injustices subies par le peuple de Côte d’Ivoire, son engagement au sein du RDA n’est pas une surprise. Cet ainsi qu’il est admis au comité directeur du RDA en Guinée où il ne cesse de fustiger le colonialisme. L’administration coloniale va commencer à surveiller ce «révolutionnaire» qui, grâce à sa fougue oratoire, sème le trouble dans la colonie guinéenne.

Mais c’est en Côte d’ivoire que le combat du jeune médecin va prendre une autre dimension. En 1947 il quitte définitivement la Guinée pour la terre de ses ancêtres.

Quand il retourne dans la colonie de Côte d’ivoire, il rejoint dans l’arène du combat contre l’exploitation coloniale Jean-Baptiste Mockey, Ouezzin Coulibaly, Jacob William, Mathieu Ékra, Dignan Bailly, Anne-marie Raggie ou encore Sery Koré. À cette même époque le travail forcé, prolongation de l’esclavage, est pratiqué sur la terre d’Éburnie. Élu en 1948 sénateur dans le cadre de l’union française, notre médecin s’envole pour la métropole française où il compte porter fièrement la cause des siens. Son passage au sénat français est salué par ses condisciples qui ne cessent de vanter ses talents d’orateur. Le fils de Dahiépa gagne le respect des sénateurs de par sa droiture et son intégrité.

Mais dans la colonie ivoirienne les années 49 et 50 sont des années difficiles pour les militants du RDA. En effet, l’administration coloniale a décidé de mener une lutte sans merci aux leaders du RDA qui étaient encore à cette époque un parti anticolonialiste.

Tous les leaders de ce parti son arrêtés, brimés, emprisonnés et intimidés. Les populations acquises à la cause du RDA sont tuées; souvenons-nous de la répression de Bouaflé. C’est dans cette période trouble que notre sénateur revient sur sa terre pour continuer le combat sur le terrain. À son retour il est l’un des rares leaders du RDA en liberté assumant son statut de leader. Il continue la lutte en fustigeant les dérives du colon et en sillonnant de nombreuses villes de la colonie ivoirienne pour prôner l’insurrection.

À cette époque les femmes marchent sur la prison de Grand-Bassam pour libérer leurs maris enfermés par l’administration coloniale.

Le 18 novembre 1949 dans la ville de Daloa, il prononce un discours dont la virulence n’a d’égal que sa détermination à libérer la Côte d’Ivoire du joug colonial. Ce discours est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le 27 janvier 1950, notre sénateur prend la route de Gagnoa. Après une panne de son véhicule à quelques kilomètres de la ville de Bouaflé, il décide de s’y rendre à pieds afin d’y passer la nuit. En arrivant il se fait héberger par l’Almamy Ali Diaby. Le sénateur ne se doute de rien mais un complot se prépare contre lui. En effet, dans la nuit, il a été enlevé et tué dans un bosquet à proximité de Bouaflé.

Ainsi se termine le combat de l’honorable fils de Dahiépa, Victor Biaka Boda. Durant plusieurs années l’administration coloniale a refusé de communiquer sur la disparition du sénateur, refusant même de remettre sa dépouille mortelle à sa famille. Malgré l’octroi de l’indépendance, le premier dirigeant de la colonie indépendante n’a pas honoré la mémoire de Victor Biaka Boda. Aucune sépulture digne de son rang ne lui sera offerte et aucun hommage national ne lui sera rendu. Victor Biaka Boda est un oublié de l’histoire de la Côte d’Ivoire, très peu d’Ivoiriens se souviennent ou même connaissent ce nom. Il fut un grand militant et une figure de proue de la résistance à l’oppression coloniale. Mort pour la lutte et pour son peuple, souvenons-nous du sénateur Victor Biaka Boda et de son combat.

Par Joël-Armel NANDJUI

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