PETIT LEXIQUE DE POLITIQUE AFRICAINE : LA DIFFÉRENCE ENTRE PANAFRICANISME ET KAMITISME

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Le panafricanisme est une doctrine politique des relations internationales (au même titre que le communisme ou le sionisme), défendant un projet fédéraliste et de solidarité entre peuples, diasporas et États ayant en commun l’appartenance au continent africain. Sa pensée motrice n’est donc pas racialiste mais inclusive, intègrant autant les bantous subsahariens que les arabes du Maghreb.

Quant au kamitisme, il est une idéologie culturelle et racialiste qui milite pour la renaissance de l’Afrique (noire), au moyen de la valorisation de l’héritage ancestral legué par la civilisation négro-égyptienne et pharaonique.

Différent du panafricanisme, le kamitisme, en plus d’être culturel, est un mouvement foncièrement intellectuel, comparable plutôt à la Négritude. Il a pour ancêtre l’afrocentrisme intellectuel né en 1885 sous la plume de l’haïtien Joseph Anténor Firmin, qui fut le premier intellectuel Noir à utiliser l’héritage de l’Égypte antique pour réfuter les thèses racistes défendues par Arthur Gobineau et Charles Darwin, selon lesquelles la race noire serait inférieure à toutes les autres. Le Kamitisme tel qu’il est connu aujourd’hui a pour précurseur un auteur de la deuxième génération de l’afrocentrisme intellectuel, l’égyptologue sénégalais Cheikh Anta Diop dont les travaux scientifiques en ont été l’inspirateur.

En conclusion, les deux doctrines défendent la dignité de l’Afrique. Mais, si le panafricanisme (politique) s’en tient à la multiracialité de ce continent, le kamitisme (culturel) s’accroche à l’intérêt racial des Noirs. Les panafricanistes ont dû abandonner par pragmatisme politique cette approche racialiste, mais pas les kamites, qui ne sont pas intéressés par un quelconque projet fédéral continental englobant les arabes d’Afrique du nord. L’émergence d’un courant ésotérique au sein du kamitisme a radicalisé cette posture d’enfermement, dans la mesure où en plus des africains de race blanche, les négro-africains de confession chrétienne ou musulmane sont désormais aussi stigmatisés pour leurs croyances religieuses non-africaines.

Par Dr. BANGALI N’goran, Historien, enseignant-chercheur

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