ORPAILLAGE CLANDESTIN À PROUKRO: UNE MAFIA DÉCOUVERTE

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I- LES FAITS

Le 5 juin 2016 à 12 heures 22 minutes, le chef du Village de Proukro reçoit un courrier émanant de la Préfecture de Bocanda faisant état d’une « demande d’autorisation de Prospection sur le site minier d’or à Proukro ». Dans le courrier adressé à Monsieur Ekou Philippe, opérateur économique, le Secrétaire Général de la Préfecture, Monsieur Addoh Tano mentionne au quatrième paragraphe « qu’il n’existe aucune objection à l’octroi d’une autorisation de prospection dudit site par vos soins, sur la supervision du chef du village« . Il conclut le courrier par « j’ai l’honneur de vous faire connaitre que le Comité Technique Local émet un avis favorable à votre requête pour la prospection du site à Proukro à l’effet de poursuivre l’instruction du dossier ».

Le chef du village, étranger au dossier et à la procédure décide de porter une plainte en bonne et due forme afin de se désolidariser de cette affaire qui avait déjà occasionné l’arrestation et l’audition de Monsieur Ekou Philippe au mois de mai par la brigade de gendarmerie de Bocanda suite à une tentative forcée sur le même site, audition durant laquelle Monsieur Ekou Philippe avait clairement signifié avoir eu l’autorisation d’exploitation du Préfet de Bocanda. Je précise que Monsieur Ekou Philippe n’a aucune autorisation légale pour exercer et procède par des voies détournées pour atteindre ses objectifs.

I- LE FOND DU PROBLÈME

Le prétexte de prospection brandi par monsieur Ekou Philippe aux propriétaires de la parcelle était en réalité une exploitation clandestine. En effet, les exploitants clandestins brandissent des papiers que les villageois ne maitrisent pas et en lieu et place de la prospection, ils commencent à exploiter la parcelle.

Normalement, tous les exploitants possèdent une machine de détection de l’or. Une fois assuré de l’existence de ce métal précieux, ils doivent faire un retour au village, à la chefferie, aux propriétaires terriens et passer à une phase d’échanges pour déterminer les parts de chaque partie après exploitation, l’exploitation devant au préalable être un consentement entre l’exploitant (s’il possède des documents légaux, vérifiables au ministère des mines), les propriétaires terriens, la chefferie qui représente l’autorité villageoise.

Que non ! Une fois sur le terrain pour prospection, ils commencent l’exploitation sans tenir compte d’aucun avis. S’il y a une opposition, les exploitants clandestins vont nuitamment, entre 23h heures ou 24 heures, pendant que le village dort, procèdent à l’exploitation et quittent les sites à 4 heures du matin. Du coup, personne ne peut soupçonner leur passage, personne ne peut maitriser le gain obtenu. Cette méthode exclut, et les propriétaires terriens, et le village.

Quand il n’y a pas opposition, ils vont à visage découvert, exploitent comme bon leur semble et décident du gain que chaque partie doit avoir. Dans le cas de Proukro, la dernière tentative s’était soldée par l’arrestation et l’audition de monsieur Ekou Philippe par la brigade de gendarmerie de Bocanda. Comment comprendre que des gens qui viennent détruire les terres qui ne leur appartiennent pas, les terres qui ne seront plus exploitables peuvent-ils s’arroger le droit de déterminer un taux de partage ?

II- UNE ENTORSE DE TROP : LE VICE DE PROCÉDURE ADMINISTRATIVE

La lettre en question, remise au notable Yao Koffi René et transmis au chef, Nanan Adjé Kouamé II le lundi 5 juin, jour férié, car lundi de Pentecôte, n’est pas passée par la voix officielle, en l’occurrence par le Sous-Préfet. Auquel cas, c’est un membre de l’administration de la Sous-Préfecture qui aurait transmis le document. Autre chose, le fait de faire une ampliation à l’autorité villageoise, en l’occurrence, le chef, cela dénote du caractère authentique de ce courrier. Pourquoi alors transmettre un courrier par personne interposée, et non par Madame le Sous-Préfet un jour férié? La chefferie est bien évidemment le prolongement de l’administration dans nos villages. Pourquoi alors ignorer l’existence d’une chefferie à Proukro ? Que recherche au juste l’autorité administrative dans cette affaire d’orpaillage clandestin à Proukro ?

La démarche de la Préfecture de Bocanda fait entorse à la convivialité, aux bonnes mœurs, à l’unité sociale de notre village, au non-respect du chef de village de Proukro et donc nous nous situons face à un abus d’autorité et de pouvoir de la Préfecture de Bocanda. Existe-t-il un site minier d’or à Proukro ? A cette question, il faut situer les faits dans leur contexte. Plusieurs tentatives d’exploitation clandestine d’or ont eu lieu à Proukro et se sont soldées par une opposition du village dans son ensemble. Les premiers avaient été déférés à la brigade, puis relâchés par la suite; une deuxième tentative d’orpaillage clandestin s’est soldée par un autre échec. La dernière tentative, en date de mai a causé l’arrestation, comme mentionné plus haut, et l’audition de Monsieur Ekou Philippe par la Brigade de gendarmerie qui avait avoué avoir eu l’autorisation du Préfet. Je rappelle qu’il était allé dans l’optique de prospecter, mais curieusement, cette prospection s’est muée en orpaillage. A peine relâché, la même personne, Monsieur Ekou Philippe récidive, avec la même méthode.

Ce site en question se situe à la frontière de deux villages : Kouadioblékro et Proukro. Alors que la parcelle appartient à une famille à Proukro, un monsieur du nom de Mlagoua Yah, originaire de Kouadioblékro se proclame propriétaire terrien. Il avait été le premier à exploiter cette parcelle, ce qui a causé un différend entre les deux villages, Kouadioblékro et Proukro. Grace au chef de village de Proukro, le problème avait été résolu et la pièce à conviction se trouve en notre possession. Malheureusement, ce même monsieur qui se proclamait propriétaire terrien de cette parcelle, originaire de Kouadioblékro continue de maintenir sa position et donc le litige est toujours pendant sur cette parcelle.

Quand le Secrétaire Général de la Préfecture, Monsieur Addoh Tano affirme « qu’il n’existe aucune objection à l’octroi d’une autorisation de prospection dudit site par vos soins, sur la supervision du chef du village », de quel chef de village parle-t-il ? L’a-t-il consulté ou associé avant d’arrêter sa décision d’octroyer l’autorisation de prospection ? se croit-il dans un no man’s land ? pense-t-il décider d’une quelconque exploitation d’une parcelle de terre à Proukro en contournant l’autorité villageoise ? Pourquoi s’entêter d’exploiter une terre sur laquelle se trouve un litige ? L’exploitation des mines d’or est-elle une activité de la Préfecture de Bocanda au point de vouloir coûte que coûte procéder à une exploitation d’or ? Nous condamnons cette intrusion inopportune, antisociale et sans fondement; nous condamnons cette attitude de mépris envers notre chef du village, autorité suprême qui incarne notre unité. Pourquoi vouloir forcément détruire nos villages ? Pourquoi vouloir forcément détruire l’avenir de nos enfants ?

Nous constatons que la Préfecture de Bocanda foule au pied, les règles élémentaires de la vie en société dans notre village. Nous connaissons les implications internes, les cadres avec qui tout se trame. Pour rappel, le chef du village est l’axillaire de l’administration. Il est donc la continuité de cette administration et toute activité qui doit se dérouler dans le village doit nécessairement être portée à sa connaissance. S’il s’oppose donc à une décision qui engage la vie et l’unité du village, cela relève de son plein droit et mieux, parce que cela devient un devoir moral et social pour lui. Une parenthèse sur le cas de Menou ou le Sous-préfet de Kouadioblékro s’est rendue en personne avec 10 bouteilles de liqueur et une somme de 100.000 FCFA dans une tentative de corruption de la jeunesse, ce qui a causé une crise sociale et une bombe désamorcée de justesse par nos députés et notre maire à qui nous disons grand merci.

Un reportage de ATTOUBLAN TV dans ce village sur cette affaire.

III- LES RESPONSABILITÉS

Les responsabilités sont largement partagées dans cette affaire juteuse : l’implication de certains cadres du village, dont nous taisons les noms et de certains individus que nous connaissons bien. L’exploitation de la naïveté des villageois, voilà la fissure par laquelle l’administration locale passe pour s’infiltrer par une procédure mafieuse. Quand par exemple à Ménou, madame le sous-préfet de Kouadioblékro à qui les populations attribuent la possession de machines pour l’exploitation clandestine d’or remet en personne 10 bouteilles de liqueur et une somme de 100 mille francs CFA à la jeunesse pour lui ouvrir sans autorisation du chef de terre et du village la route de délimitation d’une parcelle de 400 hectares dans ce même village, cela dénote d’un abus criard d’autorité.

IV- DE LA MISÈRE MORALE AU DRAME SOCIAL

Depuis près de deux décennies, nous assistons à un effritement des valeurs morales et un approfondissement des valeurs éthiques dans nos administrations. Ce phénomène qui existait déjà avant cette date s’est considérablement approfondi. Dans l’administration moderne en Côte d’Ivoire, on ne travaille plus par devoir, par patriotisme. On travaille pour s’enrichir en contournant les règles de bienséance et d’éthique et en foulant au pied les règles fondamentales du devoir civique.

Quand on signe un papier par exemple, c’est tout simplement parce qu’au bout, il y a du fric. Quelle émergence peut-on atteindre avec cette laideur morale dont l’existence légale se confond au bien matériel ? Dans cette misère morale se cache le drame social vécu par Bocanda qui souffre de son abandon par ses propres fils. Au lieu de penser développement et faire accroître les multiples potentialités de notre région, nous descendons chaque jour dans l’abîme infernal de la misère sociale. La misère morale commence par l’administration locale, toute puissante, se lie d’amitié avec certains cadres et jeunes sans vision dans nos villages et s’enracine profondément au cœur des mentalités pour créer la misère sociale qui se résume en destruction des biens, effritement de l’équilibre social, rébellion de nos populations, enrichissement illicite, introduction de la violence au sein de population etc….

Pendant que le gouvernement s’évertue, dans un climat post-crise marqué par les divisions, pendant que le chef de l’État, dans un effort de maintenir un climat social apaisant en créant un ministère chargé de la cohésion nationale, pendant que tous, nous recherchons à vivre dans une atmosphère de paix et de quiétude, il est inopportun de créer encore d’autre conditions de division sociale. Un chef de village incarne l’unité.

Mais en agissant comme le font les administrateurs locaux de notre région, il est clair que cela va à l’encontre de ces valeurs importantes dans la situation actuelle. Nous savons que d’autres facteurs peuvent pousser les administrateurs locaux à agir dans le sens de nuire à l’unité de notre village et saper les bases du travail abattu par notre chef. Nous ne pouvons donc cautionner de telles actes. Nous tenons à protéger l’image de notre chef de village et nous l’accompagnerons dans son désir de protéger nos populations. Que celui qui a des oreilles saisisse cette parole.

V- L’ADMINISTRATION PRÉFECTORALE DE BOCANDA, LA SOUS-PRÉFECTURE DE KOUADIBLÉKRO ET LA TACTIQUE DE LA TERRE BRÛLÉE

Les pièces à conviction à notre possession nous amènent à faire un constat : Le préfet de Bocanda se trouve en amont dans l’exploitation illégale d’or dans nos villages, car c’est lui qui autorise les exploitations. Le sous-préfet, en ce qui concerne la sous-préfecture de Kouadioblékro, en aval, car elle toute les informations de la zone, concernant l’exploitation clandestine d’or lui sont parvenues. Elle a pour supérieure hiérarchie directe le préfet et donc les autorisations d’exploitations signées par le préfet lui parviennent. Derrière le fallacieux discours officiel de lutte contre cette exploitation illégale et une organisation qui profite aux villageois, se trouve une chaine administrative mafieuse qui signe les autorisations aux exploitants clandestins, détermine la parcelle à exploiter, et plus grave, devance sur le terrain les exploitants clandestins sur le terrain à exploiter pour faire un service de marketing agressif. Nous avons cru que cette administration qui s’entête à encourager avec des complicités internes la destruction de nos terres ferait le premier travail qui est à notre sens de chasser les clandestins qui empestent déjà la vie sociale et la tranquillité de nos parents.

Comment comprendre qu’une autorité administrative préfectorale puisse s’adonner à un tel acte? Il s’agit d’un comportement inacceptable vis-à-vis des nouveaux enjeux de développement. Il est alors question d’une part d’attirer l’attention de nos cadres et élus sur ces agissements qui compromettent fortement l’avenir de Bocanda. Nous attirons également l’attention du ministre de l’intérieur sur ces faits.

VI- L’ÉGOÏSME ET L’IRRESPONSABILITÉ DES PRÉSIDENTS DE MUTUELLES ET DES JEUNESSES

Aucune autorité ne peut s’entêter à jouer à ce jeu dangereux si elle n’a pas la caution morale de certains élus et cadres, de certains présidents de mutuelles et de jeunesse. Dans certains villages, des présidents de mutuelle ont acheté des machines pour se joindre à l’action de destruction massive. Dans d’autres villages, les organisations de jeunesses sont fortement impliquées. C’est ce qui explique le mutisme et le silence coupable de tous ces gens qui n’attendent que les fruits d’une exploitation compromettante d’or pour finir le restant de leurs vieux jours. Quel dégoût et quelle honte ?

VII- LES CONSÉQUENCES

L’exploitation illégale d’or à Bocanda s’accompagne nécessairement d’entêtement, de bras de fer, d’insoumission de la part de la jeunesse et de certaines familles qui voient en toute interdiction d’exploiter illégalement la terre, un obstacle à leur bien-être matériel, financier et social. Or tout village est organisé à la tête duquel se trouve une autorité suprême, le chef de village. Quand un individu arrive dans un village avec une autorisation signée par le préfet, contourne le chef du village, parce qu’il a reçu l’appui du plus puissant de la zone, alors je suis en droit de me poser la question de savoir s’il est conscient des préjudices des actes liés à sa signature. La préfecture peut-elle outrepasser l’autorité du chef, ignorer les chefs de terre et poser ce genre d’action ?

Nous sommes conscients des conséquences de l’exploitation d’or. Nous tirons notre petite expérience des actes posés par les exploitants forestiers dans notre région en général et en particulier dans notre village. Notre terre n’est donc pas à brader. En ce qui concerne notre autorité, le chef du village, nous nous efforçons de la maintenir, par respect de nos valeurs héritées de nos parents. Nous ne sommes donc pas prêts à laisser une tierce personne mettre à mal cette autorité.

Les produits utilisés dans l’exploitation de l’or, le mercure, le cyanure, sont tout aussi toxiques pour l’environnement que pour l’individu. L’exploitation d’or, avec son corollaire de sacrifices humains, de vols, viols, pillages, drogue, prostitution et la dissémination dans nos villages des MST, du SIDA en sont quelques dangers que nous pouvons énumérer.

CONCLUSION

Au regard de tout ce qui précède, nous estimons que le Préfet de Bocanda, le Sous-Préfet de Kouadioblékro ont failli à leur mission car ils sont au cœur même de l’exploitation clandestine d’or dans notre zone. Il est temps que tous les jeunes de nos villages, toutes les âmes conscientes se lèvent et se joignent à la lutte de réappropriation de nos terres. Auquel cas, dans les années à venir, nos villages n’existeront que de nom. (Bientôt, une documentation sur le cas de Ménou, avec une d’autres pièces à conviction, des vidéos, témoignages qui dévoilent une procédure administrative vicieuse et perverse).

Par YAPI Michel

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