ON «RIZ» PAS UN PEU?

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Le riz fait partie des aliments les plus consommés aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Et par tout le monde. Mais dans notre pays, originellement, chaque région a ses habitudes alimentaires en fonction de la tradition culturale des populations autochtones. C’est ainsi que les Bété sont connus pour être de grands amateurs de riz, les Baoulé et les Akan en général comme de grands consommateurs d’igname. Quant aux Malinké, le maïs constitue leur aliment de base, pendant que les Gouro sont très attachés à la banane.

Pour les uns, la fête de l’igname célébrée chaque année en donne une preuve institutionnalisée, pour les autres, un toponyme tel que le « Kabadougou », littéralement le « Pays du maïs », achève de convaincre les plus sceptiques.

Les différentes dénominations du riz dans les langues plus haut citées semblent rendre compte, d’une certaine façon, du rapport de ses locuteurs naturels avec cet aliment. Ainsi, si les Bété affectionnent autant le riz, c’est sans doute parce qu’il est facile à préparer. Ils disent « séka » ou « saka » selon qu’il y en a en petite ou en grande quantité ; et il se trouve que le terme « séka » signifie aussi « tout de suite ou vite » dans leur langue. Pour les Bété, le riz est donc cet aliment qui cuit si vite qu’il ne fait pas trop attendre quand on a faim.

嘉南平原稻田 (The rice fields of the Jianan Plain)

Ma mère m’a expliqué qu’on ne connaissait pas le riz chez nous. Il y avait la banane et d’autres produits. On peut comprendre par-là que le mot « saa » qui désigne le riz en gouro soit un emprunt au bété, avec l’élision du « k » de « saka », puisque c’est par leur contact avec les Bété que les Gouro auraient connu ce produit.

Les Akyié et les Gwa, qui sont aussi akan, ne connaissaient pas le riz non plus, jusqu’à ce qu’ils entrassent en contact avec les Dioula. Ils adoptent alors simultanément le nouveau produit et son nom dans la langue des étrangers, d’où « malo », exactement comme ces derniers.

Mais le riz ne faisait apparemment pas tant que cela le bonheur des Dioula eux-mêmes. C’était peut-être même pour eux l’aliment de la honte, « malo » voulant dire aussi « la honte » dans leur langue. À moins qu’il y ait une autre explication à une si curieuse coïncidence lexicale.

Chez les Baoulé et les Akan en général, il n’y a de nourriture que l’igname. Si bien que les réserves d’igname épuisées, la nourriture est finie. Le terme « avié » ou « ayué » qui désigne le riz, n’est pas très loin en effet de signifier, de par la prononciation et la morphologie, « wavié » ou « wayué, c’est-à-dire « c’est fini ». La saison du riz est assimilée pour cela à une période de disette (« awé » ou « awié »), en attendant le retour triomphale de l’igname, parce que le riz ne rassasie vraiment jamais un Baoulé, un Agni, un Abron…

Par Dr Bi Drombé DJANDUÉ

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