NOUVELLE NAISSANCE EN VUE (2ème Partie)

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2. Quel est le contenu réel affecté à cette renaissance africaine (vu par les universitaires à destination des publics moins instruits) ?

La Renaissance, de manière générale signifie nouvelle naissance, renouvellement des énergies, retour à soi. Elle renvoie à l’idée d’un présent insatisfait de son déroulement et à la volonté de questionner ce présent problématique selon un projet de reprise en main de soi. Au moyen d’un commencement nouveau, la renaissance veut donc pousser la volonté à réveiller les énergies créatrices sommeillant en soi.

NOUVELLE NAISSANCE EN VUE (1ère Partie)

La Renaissance africaine induit alors une conscience de soi mobilisant la mémoire, la créativité et l’engagement volontaire à se surpasser. L’individu s’enlise dans l’insignifiance et la communauté se meurt lorsque rien de grand, ne leur est proposé. Cette renaissance fait sienne les principes directeurs de l’utopie en regardant l’existence commune comme une promesse de régénérescence. De ce monde de l’aliénation et de la soumission,  il faut s’extirper pour ne plus voir, ce que MVENG appelle, « le spectacle des peuples innombrables sortant de la colonisation, complètement nus et dépouillés de tout, ayant perdu, leur liberté, leurs biens matériels et spirituels, leur histoire et leurs institutions politiques et religieuses, et jusqu’à la conscience d’être des acteurs de leur propre destin. » Voir son livre interview avec B.L. LIPAWING, « Théologie, libération et cultures africaines. Dialogue sur l’anthropologie négro-africaine ».

3. La renaissance africaine entretient-elle un rapport direct avec les doctrines de type afrocentricité et kémitisme ? Qui en est à l’origine ? 

Un peu partout aux Antilles, aux USA, au Canada, dans des universités européennes et en Afrique même, des penseurs et philosophes puisent à la fois dans l’Égypte ancienne des éléments de réflexions et dans le présent les constituants d’une libération intégrale. Cette renaissance du passé de la grandeur africaine est visible dans les travaux des théoriciens de l’Afrocentricité et des idées de Kémitisme.

En effet, l’afrocentricité est le prolongement d’une école de pensée née dans le cercle universitaire de Temple, aux États-Unis, autour de la question de l’image africaine dans plusieurs champs du savoir. L’un des principes cardinaux de l’école de l’Afrocentricité consiste à considérer et à comprendre les Africains comme des agents, et non plus comme une périphérie de l’Europe. En tant que théorie opératoire élaborée et systématisée par Molefi Kete ASANTE, nous appuyant sur les dires de l’une de ses défenseurs, Ama MAZAMA, l’Afrocentricité refuse les bases anciennes de représentation de l’Africain en faisant la promotion « d’une approche intellectuelle fondée sur la centralité de l’expérience africaine. » Elle cherche, en tant que méthode et science, à changer notre rapport à nous-mêmes et à notre histoire. En appelant à une restauration du projet culturel africain dans son intégralité, l’afrocentricité veut mettre fin à cette aliénation qui fait que, comme l’écrit Ama MAZAMA, «  les intellectuels africains continuent à tenir un discours largement sous-tendu et alimenté par une idéologie de la soumission ». Vous retrouvez ces idées dans le livre d’Ama MAZAMA, l’impératif afrocentrique, Paris, Edition Menaibuc, 2003.

4. Quelle est la place d’ANTA DIOP dans la genèse de cette renaissance ?

On se souvient que, dans les années 1990, le thème de la Renaissance refait surface en Afrique du Sud, après le démantèlement de l’apartheid au point où THABO MBEKI, ancien président de la nouvelle République de l’Afrique du sud, le reprend. Beaucoup ont pensé sur le coup qu’il en était l’auteur. En fait, il emprunte cette idée à Cheikh ANTA DIOP, en en gardant d’ailleurs les aspects fondamentaux du panafricanisme, de la recherche de l’autonomie économique, scientifique, politique et même militaire.

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En effet, Cheikh ANTA DIOP avait posé, en 1948, une pertinente question : « Quand pourra-t-on parler d’une renaissance africaine ? » Ce texte est paru sous forme d’article, dans la revue Le Musée vivant, N° spécial 36-37, en novembre 1948. Il sera repris dans son livre « Alerte sous les tropiques » Présence Africaine, 1990, sous le même titre. Ce texte insiste sur  la nécessité d’une culture fondée sur les langues africaines. Mais, de manière générale, pour C. A. DIOP, la condition d’une renaissance africaine est le retour à l’Égypte antique sous le modèle de la renaissance occidentale qui, par un retour et un recours à son passé, a su judicieusement réveiller une créativité jubilatoire endormie au Moyen-âge. Ce retour à soi synthétise les savoirs arabes et juifs eux-mêmes alimentés aux sources égypto-nubiennes.

Dans son ouvrage « Le consciencisme », Kwame NKRUMAH reprend cette idée de la renaissance africaine. Comme DIOP, il rappelle l’importance de l’Histoire dans ce vaste projet d’indépendance et de développement. Tous deux parlent d’industrialisation, de puissances économiques à acquérir, de réforme mentale à impulser. NKRUMAH prône une prise de conscience individuelle et collective fondée sur le socialisme. C. A. DIOP, se méfiait quant à lui, de ces idéologies qui éloignaient les Africains de leur pays et détournaient leurs pensées vers un internationalisme abstrait et une phraséologie théorique.

Enfin, n’oublions pas que le 3 avril 2010, fut inauguré à Dakar, au Sénégal, sous la présidence de M. Abdoulaye WADE, le Monument de la Renaissance africaine. Dans son discours inaugural, il avait précisé que l’érection de ce monument participe de l’exercice du devoir de mémoire et que cette œuvre est le symbole de l’Afrique renaissante.

Suite: NOUVELLE NAISSANCE EN VUE (3ème Partie)

Par NANA LIVE, 20 juillet 2017

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