«N’KLO Ô» OU LE SOLEIL DE L’AMOUR EN BAOULÉ

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Au Pr. Koia Jean-Martial KOUAMÉ

Un jour de l’an 2019, en commentant un article que j’avais écrit sur «la force de l’amour chez les Gouro», le Pr. Jean-Martial Kouamé, spécialiste des sciences du langage, releva la dimension hautement métaphorique des langues africaines. Dans la foulée, il nous fit remarquer, le Dr. Yapi Michel et moi, que le «N’klo ô» baoulé, qui veut dire «Je t’aime» en temps normal, convoque en réalité le verbe «klo» qui signifie «fondre».

«N’klo ô», c’est le titre d’un classique de la musique ivoirienne que l’on doit au grand Jimmy Hyacinthe. Dans les années 1970-1980. En pensant à Bailly Spinto ou à Mamadou Doumbia, entre autres grandes voix de notre musique d’hier, il s’avère que les langues locales ont été très présentes chez les premiers artistes ivoiriens qui ont chanté l’amour. Et il est vrai qu’en termes de romantisme, nos langues ont de la matière à revendre.

Chez les Baoulé, comme chez leurs alliés Agni, on dit «N’klo ô» pour exprimer à une personne qu’on l’aime, qu’on en est amoureux ou amoureuse. Littéralement, cela veut dire «Je fonds pour toi» ou «Tu me fais fondre». Ainsi donc, c’est d’amour qu’on fond, c’est l’amour qui fait fondre; comme le soleil ou le feu. La première personne à avoir utilisé l’expression «mon soleil de minuit» devait certainement être un Baoulé ou un Agni.

Car dans cette façon très particulière de dire «Je t’aime», l’être aimé est comparé au soleil dans une métaphore dont la profondeur n’a d’égale que celle du cœur foudroyé par l’amour. Et ce sont les rayons de ce Soleil qui font passer le cœur de l’amant de l’état solide à l’état liquide. L’amour rompt la solitude et donne des couleurs et de l’éclat à la vie; ce n’est pas par hasard si c’est la chose la plus chantée au monde.

Quand l’amour est réciproque, fondre revient à se fondre l’un dans l’autre pour se confondre. La fonte des deux cœurs en présence débouche donc naturellement sur leur fusion au point d’en faire un seul cœur, un seul être: «l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair» (Genèse 2:24). Voici sans doute l’origine physique ou physiologique de cette alchimie spirituelle, et il faut aller chez les Baoulé et les Agni pour la trouver.

Par Dr. Paul-Bathesty DJANDUÉ

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