« MOUGOU », « GRÊ », « MAPLÔ » : SENS ET NUANCES

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Il n’y a pas de synonymie parfaite. Les synonymes sont des mots ayant certes le même sens, mais toujours avec des nuances. L’un sera ainsi plus adapté que l’autre dans un contexte donné; l’un exprimera mieux que l’autre, dans une situation de communication précise, les subtilités de nos pensées, les non-dits de nos dires.

C’est le cas des trois mots nouchi faisant l’objet de cette réflexion : « mougou », « grê » et « maplô ». Ces mots veulent dire « exactement » la même chose, c’est-à-dire, « avoir des relations sexuelles avec quelqu’un, faire l’amour à/avec une personne ». Ils semblent pourtant traduire chacun une perception particulière de l’acte sexuel.

Il est très probable que les nouchiphones les plus aguerris n’en soient pas conscients, mais les mots parlent et tout ce qu’ils disent n’est pas perceptible au commun des mortels. Je devrais même dire qu’au-delà du sens, les mots ont des sentiments, une dimension dans leur signification qui n’est pas faite pour être comprise mais pour être sentie, flairée, touchée.

LE SEXE EN NOUCHI ET EN FRANÇAIS IVOIRIEN

En langue dioula ou malinké, « mougou » désigne la poudre. À priori, rien à voir avec l’acte sexuel. La première syllabe (mou) du mot lui vient peut-être de « amour » et la deuxième (gou) de « goût ». Si bien qu’on pourrait voir dans « mougou » le « goût de l’amour ». À moins qu’il ne s’agisse du « goût de ce qui est mou », surtout chez la femme (fesses et seins notamment). Car chez nous, les hommes sont surtout connus pour avoir les « fesses dures ».

Il y a par conséquent, dans le terme « mougou », une bonne dose de sensualité qu’on peine à trouver dans son synonyme « grê ». Parce que « grê » sonne rugueux et fait brouillon. J’y perçois presque de la brutalité ou de la violence, comme si celui ou celle qui « grê » ne pensait qu’à soi, à son seul plaisir. D’autant plus que le vocable fait penser au verbe « graisser », mais graisser en frottant assez fort pour que ce ne soit pas vraiment une partie de plaisir pour l’un des partenaires, ce qui revient en quelque sorte à l’« agresser ».

Enfin, du point de vue de ses nuances sémantiques, je situerais « maplô » à équidistance entre « mougou » et « grê ». La syllabe « plô » de ce dernier mot, en imitant le geste et/ou un certain bruit caractéristique du coït, d’une façon moins sèche ou moins agressive que « grê », laisse percevoir dans « maplô » une relative sensualité. Comparé à « grê », j’y perçois donc moins d’agressivité sans que la dose de sensualité n’atteigne celle qu’il y a dans « mougou ».

Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

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