MON AMIE LA PROSTITUÉE (1ère Partie)

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Un soir, excédé par la jalousie maladive de ma femme, je décide de marcher un peu. Je marche pendant une heure sans destination précise. Épuisé, je cherche un petit endroit calme pour soulager mon corps, complètement à bout de souffle. Un bistrot presque caché attire mon attention. La musique y est moins bruyante. Elle est surtout d’une époque plus raisonnable où les instruments avaient un sens. Je m’installe sans faire de bruit. La clientèle est clairsemée. Dès que je m’assois, une femme d’environ un mètre soixante-quinze centimètres s’approche. Sa silhouette prend tout l’endroit. Son parfum juvénile un peu piquant, attaque mes narines. Je lève la tête. Un visage large dessine un sourire captivant. Ses immenses yeux emprisonnent mon regard déjà conquis.

– Bonsoir Monsieur! La voix est fluette, à peine audible. Pourtant elle vous pénètre le corps à la manière d’un dard. – Je vous ai salué, reprend-elle.

– Toutes mes excuses, Madame! Votre voix…

– Elle a quoi de particulier, s’il vous plaît?

– Elle n’a rien de particulier. Elle est simplement particulière.

Elle m’offre un large sourire qui dévoile une dentition parfaitement organisée. Une petite brèche qui divise la ligne de dents du haut en deux, laisse entrevoir un bout de gencive.

– Jusque-là vous n’avez pas encore répondu à mon bonsoir.

– Bonsoir Madame!

– Merci! Je vous offre quoi?

– Vous m’avez déjà tout offert.

Elle tire une chaise et s’assoit très près de moi. Je sens la chaleur de son souffle.

– Vous savez déjà ce que nous faisons ici, en plus de la boisson?

Je suis surpris. Comment a-t-elle compris mon propos? Mais, je préfère jouer le jeu.

– Je ne vous suis pas très bien.

– En fait, en plus de ce que vous voyez ici, nous offrons d’autres services, spécialement pour les hommes. Le passage que vous voyez là conduit à un petit hôtel. Cinq mille francs l’heure avec une des partenaires qui attendent tout juste dans la pénombre. Maintenant si vous voulez passer la nuit, ça fait quinze-mille francs. Cinq mille francs pour la chambre et dix-mille francs pour votre partenaire.

Je reste la bouche grande ouverte. Mon cœur commence à courir dans ma poitrine. Une sueur chaude descend tout le long de ma colonne vertébrale. Tout doucement je retrouve mes esprits.

– Vous aussi?

– Oui, mais je m’occupe de la buvette aujourd’hui. Si vous êtes intéressé je vous appelle quelqu’un.

– Non! Si vous êtes libre, je pourrai être intéressé. Puis-je avoir une bouteille d’Orangina, une bouteille en verre?

Elle tourne derrière le comptoir et revient avec ma commande.

– Si vous êtes sûr que vous pouvez attendre jusqu’à la fermeture, je suis à vous. Je ferai cette exception pour vous. Vous me semblez sympathique.

– Et c’est à quelle heure la fermeture?

– Il n’y a pas d’heure fixe. Mais c’est en général au-delà de minuit. Elle parle sans me regarder. Vous ne ressemblez pas à quelqu’un qui peut attendre jusqu’à cette heure, surtout en milieu de semaine. Mais c’est à vous de voir. Elle s’assoit à nouveau sans y être invitée.

Je la regarde de biais. À la maison, ma femme est en colère. Je n’ai jamais découché. Je suis en congé. Je suis donc tenté par l’expérience. Peut-être que cela amènera ma femme à être moins agressive.

– D’accord! Christelle, c’est son nom, est quelque peu surprise. Elle a sans doute pensé que cette heure ne convient pas au père de famille responsable et correct que mon apparence dégage. Elle a tout simplement oublié que l’apparence est trompeuse.

– Il est à peine vingt-deux heures. Vous avez déjà mangé? Une femme fait de la bonne soupe de machoiron de l’autre côté de la rue. Le plat est à mille francs.

Je suis son regard. Elle ne parle pas pour moi uniquement.

Aux environs de minuit, le bistrot est totalement désert, à part nous deux. Elle sort jeter un coup d’œil dehors. Elle ferme ensuite tout et me fait signe de la suivre. En moins de cinq nous gagnons l’intérieur du petit hôtel. Elle suit un couloir. J’entends un échange de voix au bout du couloir. Elle verse la recette à un homme dont j’entends uniquement la voix. Elle revient et prend une clé.

– Suivez-moi! Elle ouvre une petite porte à notre droite. L’intérieur est sobre. Un grand ventilateur est arrêté à côté du lit de deux places. Une chaise et une petite table constituent le reste du mobilier de la chambre. Une petite douce enfoncée dans le mur présente un robinet au cou pendant. De l’autre côté du lit, un porte-manteau à cinq dents tient lieu de placard. Une serviette défraichie y est accrochée. Je m’assois sur le lit. Le drap est froid. Il est sale. Elle l’a compris. Elle sort et revient, quelques minutes plus tard, avec un drap plus propre. Elle me tend la serviette. Pendant qu’elle refait le lit je vais me laver. Un quart de savon Belivoire est déposé sur ce qui reste du lavabo. Je me rince rapidement. Elle me remplace dans la douche.

Peu de temps après, nous sommes couchés, l’un contre l’autre. Elle essaie de commencer son travail.

– Non, pas maintenant! J’ai seulement besoin d’une compagnie féminine. Pouvons-nous parler? Elle me fixe de ses immenses yeux.

– Ici je ne parle pas. Je travaille, dit-elle avec fermeté. Je l’observe à la faveur de la petite lumière rougeâtre. Sa robe de nuit qui lui sert d’habit de travail, est d’un blanc froid. Sa petite culotte dessine toute sa féminité sexuelle. Mais, je m’efforce à ne pas tomber dans la tentation.

– Pouvez-vous me faire une autre exception? Je veux découvrir la personne qui se cache derrière cette apparence. Je veux connaître la femme et non la prostituée. Excusez-moi, si je suis un peu trop cru et curieux. Je sais que vous cachez un secret.

Elle tourne sa tête vers le mur. Le silence prend possession de la petite enceinte. J’entends un petit sanglot. Je passe la main sur son visage. Elle tombe dans un lac de larmes. J’effleure son nez. Le reste du visage me caresse la main timidement.

– Pourquoi ne vous contentez-vous pas de ce que je vous donne, comme les autres? Comme je vous l’ai dit, ici je travaille. L’autre personne que vous cherchez à connaître ne vient jamais ici. Je compartimente minutieusement ma vie pour qu’il n’y ait pas d’interférences

– Alors, pourquoi pleurez-vous? C’est la preuve que vous êtes la même personne. Il suffit de vous regarder attentivement pour voir que vous jouez un rôle simplement ici. Mais, ce rôle laisse entrevoir de temps en temps l’autre être que vous cachez. Sachez que quoique vous me disiez, il restera entre nous. Certes, nous nous connaissons à peine. Cependant vous pouvez me faire confiance. Je souffre de l’amour que j’éprouve pour ma femme. Je n’ai pas le courage de la tromper avec une autre femme. Mais, je commence à me sentir trahi. Évidemment, elle ne m’a trompé avec aucun autre homme. C’est la dernière chose qu’elle ferait. Seulement je ne reconnais plus la merveilleuse jeune femme que j’ai épousée il y a environ quinze ans. Je sais qu’elle m’aime. C’est elle qui n’est pas convaincue que je l’aime toujours. Cela la pousse dans une jalousie maladive. Je n’ai pas prévu ce que je suis en train de faire. Pourtant, je sens que j’ai besoin de sortir de la maison pour respirer un autre air. Voilà ce qui m’a fait accepter ce que vous m’avez proposé.

Elle me répond par un autre petit sanglot qui remue sa plantureuse poitrine sous la robe de nuit. Mon corps frémit devant tant de générosité charnelle. Elle se lève et va se rincer le visage.

– Je pleure parce que personne ne m’a jamais traitée autrement que ce que je suis ici. J’offre mon service et on me paie. Voilà le pacte que je noue avec les clients. Mais, je suis mélangée par votre attitude. Cela ne m’est jamais arrivé auparavant. Quand les clients paient ils sont pressés d’avoir le service pour lequel ils ont payé. Et je leur donne mon corps. C’est ce que je vends. Mon esprit est le seul que je réussis à préserver de la déchéance.

– Mais, pourquoi le faites-vous si vous êtes consciente que c’est mal?

– Pour assurer mes frais d’études. Mais je n’ai jamais dit que c’est mal. Je dis simplement que je vends ce qu’il y a à vendre. Je prépare un Master en économie. Voilà mon secret.

Je suis sonné. Cette révélation me cloue sur place. J’ai pensé à tout, sauf à ce que je viens d’entendre. Je me lève pour m’asseoir sur la chaise de l’autre côté. Elle me suit du regard. Nous gardons le silence. Pourquoi a-t-elle fait ce choix? La réponse est toute bête. Elle n’a sans doute personne pour l’aider dans ses études. Je n’ose lui poser la question. Elle me répond pourtant.

– L’indépendance à son prix. J’aurais pu choisir autre chose, me direz-vous. Oui. Mais ce que je fais actuellement fait partie des choix qui s’offrent à moi. Je ne suis pas totalement différente des femmes mariées qui vivent uniquement au crochet de leurs époux. Elles sont entretenues par les hommes pour le sexe et le corps qu’elles leur donnent. Elles n’ont aucune autre source de revenus. Moi, je le fais avec des hommes différents, parce que je ne veux appartenir à personne d’autre qu’à moi-même. Je vends ce que je veux vendre. Au lycée nous avons énuméré un jour les différents types de prostitutions lors d’un exposé. Un garçon a indiqué la prostitution sous le toit. Nous en avons tous ri. Mais, il nous a fait une démonstration qui nous a tous refroidis. « Une femme de vingt ans qui épouse un homme de soixante ans lui vend sa jeunesse. Personne ne me convaincra en me parlant d’amour. Si ce n’est pas elle qui perçoit le prix de sa vente, ce sont ses parents. Lorsqu’une femme accepte d’épouser un homme déjà marié, c’est pour de l’argent. On ne vend pas sa liberté sans contrepartie matérielle en général. », nous a-t-il martelé. Et il n’a pas tort. Les femmes mariées ont une couverture légale qu’est le lien du mariage. Mais, elles doivent en définitive leur position à leur sexe. Qu’elles refusent de donner le sexe à leurs maris pendant un mois sans raison valable et vous verrez la suite.

Je la regarde parler. Je n’ai jamais réfléchi sérieusement à cet aspect du mariage.

Par Irié BOLIBI, Le Prince de Laboll

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