MON AMIE LA PROSTITUÉE (3ème Partie)

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Depuis que j’ai fait la connaissance de Christelle, mon amie la prostituée, je passe une fois par semaine dans le même bistrot, dans l’espoir de la revoir. Je prends ma bouteille d’Orangina pendant environ une heure, avant de rentrer, sans oser la demander à ses « collègues ». Elles me font les yeux doux en exposant astucieusement leur marchandise charnelle. Mais, je ne me laisse pas prendre au jeu maladroit de séduction. À les voir agir, je me dis qu’en toute chose il y a l’art, cette ingénieuse manière de faire. Même ici, dans ce métier apparemment facile, on a besoin de savoir cueillir les clients. Cela ne se voit pas chez toutes les filles qui exercent dans cette enceinte. Elles puent l’indiscrétion à distance, pourtant, en choisissant d’avoir pour couverture ce lieu, elles ont fait le choix de la discrétion. Malheureusement, leur attitude trop provocatrice et dévergondée leur enlève le sceau de la discrétion pour les rendre quelconques, vulgaires et fades.

Ce soir, je ressors encore une autre fois du bistrot, sans l’avoir vue, pour regagner mon domicile, lorsqu’une main m’agrippe. J’essaie de tirer de toutes mes forces en me retournant. Elle est là, splendide. Malgré la lumière vive de la rue et la présence de nombreuses paires d’yeux qui regardent toujours ce qui ne les regarde en rien, je la prends dans mes bras. Elle partage mon enthousiasme, ma grande joie de la revoir. Notre première et unique rencontre jusqu’à ce jour, date maintenant d’un mois et demi. Je la prends par la main pour retourner au bistrot que je viens de quitter.

– Non, je ne travaille plus là-bas. J’ai tout arrêté deux jours après notre séparation. Cela fait trois jours que je suis revenue prendre les dernières affaires et repartir. J’ai cherché à vous revoir. Malheureusement, nous n’avons échangé aucun contact. Par ailleurs, dans nos échanges, c’est autour de ma vie que tout a tourné, si bien que je ne connais pas votre nom ni ce que vous faites comme travail. Je me suis confiée à la Providence. Elle vient de combler mon attente.

Je la regarde parler. Sa petite voix envahit tout mon être. Je suis subitement heureux ; heureux comme un addict à la drogue qui trouve un petit joint, après plusieurs jours de privation. Je laisse mes yeux savourer cet instant de bonheur. Oui, le mot n’est pas trop fort.

– Mais, vous ne me dites rien.

– Parce que je n’ai rien à vous dire. Ne voyez-vous pas sur mon visage tout ce que j’ai à vous dire ?

Elle me regarde attentivement à son tour.

– Si, je vois. Dans ce cas allons nous avoir en un endroit plus discret.

Je hèle un taxi. Il nous dépose dans un hôtel aux abords de la ville. Il est presque vingt-trois heures.

– Vous n’allez pas rentrer ? N’est-ce pas déjà tard pour un père de famille de traîner dehors à pareille heure ?, me taquine-t-elle.

Je demande une chambre pour la nuit.

– Vous ne demandez même pas mon avis. Je viens de vous dire que j’ai tout arrêté.

– Je le sais. Mais, je ne m’intéresse jamais à la prostituée, vous le savez bien.

Elle me regarde sans rien dire. Nous gagnons l’intérieur de la chambre. Sans être luxueuse, elle offre un confort acceptable.

– Est-ce pour me faire encore subir une avalanche de questions comme la dernière fois ?

– Que préférez-vous ?

– Rien de particulier. J’aimerais vous connaître aussi. Et puis, je vous désire aussi, parce que je n’ose parler d’aimer pour le moment, même si je le ressens fortement. C’est même pour ça que je suis encore ici. Sinon, j’ai fini toutes mes courses dès le lendemain de mon arrivée.

Elle s’assoit loin du lit, dans le fauteuil qui se trouve à l’autre bout de la pièce. Je reste en petite culotte pour aller prendre mon bain. Elle est en petite culotte également, la poitrine au vent, lorsque je ressors. Nos yeux se croisent. Un combat s’engage entre mon cœur et ma tête. Déjà, ma culotte a du mal à contenir l’enflure qui la gonfle. Christelle est consciente de son pouvoir de séduction. Donc elle me torture pratiquement à dessein. Elle sait qu’elle n’a pas besoin de déployer beaucoup d’efforts pour soumettre n’importe quel homme à la volonté de son corps. Ma respiration est haute et saccadée.

– Pardon ! Ne me soumets pas à la tentation. Elle rit pratiquement aux éclats.

Elle se couche néanmoins sur le lit et désarme son corps. À l’aide de la couverture, elle cache l’image pécheresse. Je retrouve progressivement la sérénité et la paix. Je m’étends sur le dos, à côté d’elle sur le lit. Mon bas-ventre est désormais apaisé.

– Je vous écoute, me lance-t-elle.

Je tourne mon visage vers elle. Elle a libéré volontairement un sein de la couverture. Je le regarde goulûment. Elle est si belle dans ce jeu…

– Vous m’avez dit tout à l’heure que vous avez tout arrêté. Est-ce pour me taquiner ou c’est la vérité?

– J’ai tout arrêté effectivement. Je viens de soutenir mon mémoire de Master. J’ai réussi avec la mention très bien. J’ai sollicité depuis deux ans, une bourse d’études à une organisation caritative américaine qui soutient les orphelins. Après une analyse de mon dossier, elle me l’a accordée. Elle m’a également trouvé un emploi à mi-temps, pendant que je poursuis mes études jusqu’au doctorat dans une université de Miami, dans l’État de Floride. Après ma soutenance, je suis allée remplir les dernières formalités de mon voyage à l’Ambassade américaine. Je pars à la fin de ce mois.

Elle parle sans me regarder. Dans sa voix il n’y a aucun enthousiasme. On lit seulement la satisfaction d’avoir réalisé un objectif, quelque chose de positif en dépit de toutes les difficultés existentielles qu’elle subit. J’avale sa petite voix comme un thé au citron.

– Pourquoi vous avez tenu à me revoir alors nous n’avons passé que quelques heures ensemble, une petite moitié de nuit? Sans vous offenser, vous avez certainement connu des milliers d’hommes avant notre rencontre.

– Vous ne m’offensez en rien, étant donné que c’est la stricte vérité. Cependant, je voudrais user une expression très courante dans le milieu chrétien: « Ô Seigneur, une heure passée avec toi vaut mieux que mille autres ailleurs. » Comme vous devez le savoir, je n’ai plus aucun parent très proche. La tragédie qui a emporté mon beau-père et ma mère m’a été imputée par leurs familles respectives. Personne n’a donc voulu m’accueillir. Tout le monde a ignoré ma qualité de victime et ma souffrance de mineure exploitée sexuellement. Heureusement que les religieuses catholiques m’ont apporté tout le soutien dont j’ai eu besoin pour sortir de ce traumatisme.

Elle se tait. Le climatiseur ronronne. Dehors, les oiseaux de proie nocturnes lancent leurs chants d’attaque. Je fixe le plafond. J’imagine ma vie après son départ. Je me demande comment elle a pu occuper en aussi peu de temps, une si grande place dans mon cœur, dans ma vie.

– Vous me suivez toujours? Vous êtes la seule personne qui m’a montré un intérêt réel, au-delà de la fille de joie dont on paie les services pour satisfaire sa libido. Vous avez payé dix-mille francs rien que pour m’écouter et me connaître. Vous avez laissé dix autres mille francs dans la poche de mon habit avant de vous en aller. Et tout ça sans avoir exigé en retour le sexe. Cela marque quand on est dans la situation qui est la mienne, où l’humanité vous tourne le dos. En cette demi-nuit que nous avons passée ensemble, vous m’avez montré qu’il reste encore un peu d’humanité en moi. Personne, à part vous et la proprio de l’établissement où j’ai exercé, ne sait que je fais des études à l’université. Voilà pourquoi j’ai choisi cette ville un peu éloignée du lieu où je vais à l’université. Je n’ai sans doute aucun compte à rendre à personne. J’ai simplement besoin de sérénité et de discrétion pour atteindre mon objectif. Même celle avec qui je partage la chambre en cité universitaire ne connaît pas ce côté de ma vie. « Pour mieux vivre, il faut vivre caché », dit-on. Heureusement, j’ai pu avoir cette bourse qui représente tout mon espoir de tourner cette page de ma vie.

– Ainsi tout est bien qui finit bien, direz-vous? La fin justifie les moyens. Loin d’ici, personne ne saura tout le mal que vous avez enduré pour avoir cette vie à vous. Mais, le fait d’avoir pratiqué le sexe aussi abondamment ne laisse-t-il pas un impact négatif sur votre vie sexuelle future? Vous sera-t-il aisé de vivre une vie sexuelle et une vie conjugale normales?

Elle se redresse dans le lit. La couverture descend, libérant ainsi toute sa plantureuse poitrine. Elle se met sur les genoux pour ôter la dernière protection de son pubis. Une grande vague de chaleur envahit mon corps. Toute ma précaution morale et ma résilience intellectuelle tombent une après l’autre. Mon être est déjà en sa possession. Je ne suis plus qu’une petite chose entre ses mains expertes ; sa chose. Et elle en jouit à la hauteur de son savoir-faire sexuel. Je suis au septième ciel sans avoir eu le temps de préparer ma monture. Je ne sais pas combien de fois elle a renouvelé l’expérience. Je sens seulement que je n’ai jamais autant joui de toute ma vie. Elle descend du lit pour aller prendre un petit bain. Je pleure comme un enfant, la face contre le matelas. Toutes mes convictions viennent de voler en éclats. J’ai l’impression d’aimer et d’être aimé pour la toute première fois. Elle l’a remarqué. Elle me touche le dos. Je tourne mon visage larmoyant vers elle. Elle est assise à côté de moi.

– Ne suis-je pas une femme normale?, me lance-t-elle, victorieuse. Il est difficile pour beaucoup de personnes de comprendre que le sexe se vend sans l’âme de la personne qui le vend. Si on demande aux artistes, quel que soit le type d’art, de reprendre exactement ce qu’ils ont produit un peu plus tôt, très peu sont ceux qui le réussiront avec la même intensité et le même talent. Voilà pourquoi on parle de l’environnement de la création artistique. Les écrivains parleront de muses. Je demeure une femme, la femme qui peut aimer et avoir une vie sexuelle et une vie conjugale normales. Je vous aime. Mais, il vous sera difficile de séparer la prostituée de l’autre femme que je suis, bien que vous soyez suffisamment tolérant et probablement prêt à le faire. Je serai toujours la prostituée au fond de vous. Dès que vous aurez un moment de difficultés ou de doute à mon sujet, cela réapparaîtra. Je pars donc pour notre bien à tous les deux. Je pars avec la douleur de me séparer de la seule personne qui aura compté pour moi.

– Christelle, je t’en prie, ne pars si loin de moi! Regarde ce que tu viens de faire de moi!

– Je sais! Je t’aime aussi. Pourtant il nous faut sortir de l’émotion pour voir la réalité en face. Une ancienne prostituée est comparable à un ancien prisonnier. On a beau l’apprécier et l’aimer, on n’est jamais tranquille lorsqu’on laisse son trésor à côté de lui. Et puis, tu as déjà une vie. Ne fais pas une chose que tu regretteras plus tard.

– Laisse-moi au moins utiliser mon droit au regret.

– Non! Nous rentrons.

Par Irié BOLIBI, Le Prince de Laboll

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