MILLE ET UNE FAÇONS DE DIRE «AVORTEMENT» EN CÔTE D’IVOIRE

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Bibata ou la cité de la passion est une série burkinabè qui passait jusqu’à très récemment sur la chaîne A+Ivoire. Dans l’un des épisodes sur lequel je suis tombé un jour, j’ai entendu un acteur utiliser le verbe «couler» pour faire allusion à une grossesse. Ainsi, les jeunes burkinabè disent «faire couler une grossesse» pour traduire l’idée d’avorter. En Côte d’Ivoire, on a plutôt tendance à «faire sauter les grossesses», sans doute pour faire vite.

Les Ivoiriens disent également «enlever une grossesse». Ce qui est visiblement une influence de plusieurs langues locales dans lesquelles le terme utilisé pour dire avortement se compose de deux mots dont l’un signifie «enlever» et l’autre «ventre, grossesse»: BAOULÉ (toukwê = tou[enlever] + kwê[grossesse]); ATTIÉ (pigba = pi[grossesse] + gba[enlever]); DIOULA (kononbô = konon[grossesse] + [enlever]); ABOURÉ (ôkwèaliè = ôkwè[grossesse] + aliè[enlever]); YACOUBA (gougbhomia = gou[grossesse] + gbhomia[enlever]); etc.

En abidji, louwoukouwé (louwou[grossesse] + kouwé[verser]) va plutôt dans le sens du «couler» burkinabè, avec cette idée qu’avorter consisterait à laisser le ventre se vider d’un contenu liquide, en l’occurrence la grossesse.

Chez les Gouro, en revanche, bonsrètchi (bon[grossesse] + srètchi[gâter, détruire]), tout comme la variante dioula konontchien (konon[grossesse] + tchien[gâter, détruire]), exprime davantage l’idée la plus répandue, en Afrique et ailleurs dans le monde, que l’avortement n’est pas une bonne chose. Mais sur ce point, la variante lexicale gouro ninsrètchi est encore plus explicite, elle qui signifie littéralement «gâter, détruire un enfant».

En effet, tant que c’est une grossesse qu’on fait couler ou sauter, tant que c’est une grossesse qu’on enlève ou même qu’on gâte ou qu’on détruit, on ne perçoit pas clairement que l’avortement est un homicide, qu’avorter c’est interrompre une vie déjà en route, ôter la vie à un enfant déjà formé. Le mot gouro ninsrètchi (gâter, détruire un enfant) donne soudain un nom à ce qui semblait jusque-là anonyme, un visage à l’être humain brisé dans son élan dès l’aube de la vie.   

Par Dr. Paul-Bathesty DROMBÉ

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