MES ANNÉES LYCÉE 9: LE CHEMIN DE CROIX ET LA TRAVERSÉE DU DÉSERT

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Être élève à Dimbokro n’est pas chose aisée, surtout quand on est orphelin de père, qu’on vit chez un tuteur et qu’on parcourt la distance Comikro-Lycée en aller et retour deux fois par jour sur cinq jours. Ma situation était un peu particulière. J’étais chez mon grand frère. Il était manœuvre à la défunte usine textile Utexi, usine qui avait fait les beaux jours de la capitale de l’ancienne boucle du cacao. Nous avons habité plusieurs quartiers, d’abord à Comikro, ensuite Broukro, avant de revenir à Comikro et repartir par la suite en Zone économique, à l’extrême nord de la ville, très isolée d’ailleurs car le quartier n’était pas très peuplé et il y régnait un calme propice aux études.

En classe de 6ème, nous habitions à Comikro, à quelques 5 kilomètres du lycée. Mon grand frère avait un vélo dont il se servait pour aller au travail ou au champ. Je m’en servais quelque fois pour aller à l’école quand l’opportunité se présentait. Mais dans la plupart des cas, je devais parcourir cette distance à pied car, pour tous ceux avec qui la nature n’a pas été assez tendre, et qui se retrouvaient dans la même situation, le pied était le véhicule idéal pour effectuer les courses.

D’ailleurs, je ne cesserai de dire merci à Dieu de m’avoir fait venir dans ce monde avec tous les atouts physiques, car cela aurait sûrement changé le cours de ma vie. Je devais aller le matin, revenir à midi, repartir l’après-midi et revenir le soir après les cours de 18 heures. C’était la seule condition pour ne pas rester affamé entre la mi-journée et le soir.

LA RÉUSSITE PARADOXALE, EXTRAIT

Dans ce flot d’élèves qui allaient et venaient chaque jour, à pied, à vélo, à moto, en taxi ou en voitures personnelles, seul Dieu détenait le destin de chacun entre ses mains. Personne ne pouvait savoir ce qui se passerait. Toujours est-il que l’espoir était la raison individuelle et collective de tous ces candidats aux évaluations trimestrielles et annuelles. Chaque matin, je me levais, me lavais et prenais la route. Je n’étais pas candidat à l’école buissonnière, je n’aimais pas tirer les cours, comme on le dit dans notre jargon. J’aimais l’école car, pour moi, c’était la seule et unique voie de réussite sociale. D’ailleurs, j’avais été averti : « Si tu redouble une classe, tu retournes au village, au champ ».

Ce défi lancé par mon grand frère était pour moi un facteur de motivation. Tout au long de ma vie, je ne me suis jamais laissé briser. J’étais toujours prêt à prouver que c’était moi le meilleur, même si en classe je n’étais pas toujours le major. Je n’étais pas non plus parmi les derniers. J’étais toujours dans le peloton qui arrivait au bout, et je crois que mon acharnement a valu le niveau auquel je suis arrivé. J’avais également compris qu’il fallait être endurant. En réalité, ce ne sont pas toujours les plus forts qui arrivent au bout. C’est plutôt les plus endurants, ceux qui se fixent un objectif à atteindre, qui sont têtus.

Il y a aussi ceux qui ont beaucoup souffert et ont décidé de se venger de la vie, prouver aux autres qu’ils sont aussi capables. Je ne parle pas de cette génération de brouteurs et autres enfants envahis par le luxe, les belles voitures, bijoux, maisons, la haute classe, les voyages en avion, etc. Je parle de la génération consciente à laquelle j’appartiens, qui a compté et continue de compter sur les valeurs et les énormes potentialités que Dieu a déposées en elle. Le destin est lié au plan de Dieu, et on ne peut rien y faire. Et Dieu nous parle tous les jours. Il faut juste comprendre sa voix et suivre ce qu’il nous fait passer comme message. Dieu donne à qui il veut, quand et comment il veut. Je puis dire que pour ça, Dieu m’a réellement béni.

Par Dr. YAPI Michel

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