MES ANNÉES LYCÉE 11: LE MANQUE D’ENSEIGNANTS DANS NOS LYCÉES

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Le manque d’enseignants dans nos lycées et collèges ne date pas d’aujourd’hui. Dans les années 1990 déjà, le problème se posait et nous avions été parmi les plus grosses victimes de ce manque de politique éducative viable. Des générations entières en ont fait les frais. Chose surprenante, les dirigeants ivoiriens n’ont jamais trouvé de solution à ce problème qui demeure et est devenu plus grave encore.

Quand nous entamions la rentrée scolaire 1995-1996, nous étions loin de nous douter que nous serions confrontés à un tel problème, et de surcroit, dans notre matière de base. À la fin du premier trimestre, alors que le seul chapitre que nous avions étudié portait sur «conscience et inconscient», un matin notre professeur de philosophie nous dit après le cours: «nous nous voyons pour la dernière fois. Je ne ferai plus de cours avec vous. On m’a muté en Tle D et je ne peux pas moi seul être partout.»

Cette nouvelle sonna comme une sentence prononcée par le personnage qui actionne la guillotine pour trancher la tête d’un coupable. Comment expliquer qu’un proviseur exige qu’un professeur de philosophie d’une classe de TleA dispense les cours en TleD et abandonne les littéraires? Nous étions livrés à nous-mêmes. Comme quoi, le pauvre a toujours tort. Monsieur Beda Yapo, proviseur à l’époque, avait sa fille Beda Annick en classe de TleA1, et son fils en Tle D. C’est donc pour donner plus de chance à ses deux enfants qu’il demanda au professeur de philosophie d’abandonner notre classe.

L’injustice dans la gestion de nos établissements publics avait été transformée en privilège par certains proviseurs: on favorise toujours les classes où se retrouvent les enfants des caciques de la ville. Ils forment une classe à part, ont les meilleurs enseignants. Les élèves issus de familles pauvres ne pouvaient que se lamenter sur leur sort, pour ceux qui sont conscients, ou au mieux, retrouver en eux les ressources pour aller de l’avant.

Quand souvent j’échange avec mes étudiants, j’essaie de leur faire comprendre que les difficultés ne datent pas de leur époque comme ils ont l’habitude de penser. Nous avons été tous victimes. Mais la capacité intrinsèque de chacun à puiser en lui les ressources a fait la différence. Nous sommes nés dans les difficultés et nous irons en les laissant là. Il n’y a rien de nouveau sous les cieux.

Par Dr. YAPI Kouassi Michel

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