MA PROF DE PHILO AU BOBRA NERVEUX

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Élève en classe de Terminale dans un établissement huppé de Cocody, j’avais pour professeure de Philosophie une jeune dame au physique impressionnant. Chaque fois qu’elle faisait son entrée en classe, les élèves que nous étions l’accueillions dans une clameur, avant qu’elle n’imposât le silence en commençant son cours. Madame la professeure s’habillait comme une top model, très souvent sexy, avec des vêtements qui mettaient en exergue ses rondeurs nerveuses. Lorsqu’elle écrivait au tableau, la plupart des garçons dont moi, avaient du mal à suivre la direction de sa craie. Nous préférions admirer la beauté de son dos et de son «gbokolo». Les filles de la classe n’étaient pas en reste, avouant que le bon Dieu avait doté l’enseignante d’un physique impeccable.

J’avais 20 ans à l’époque, et étais très amoureux de ma prof à tel point que quand mon père me demanda de lui révéler ce qui me tenait à cœur pour ma fête d’anniversaire qu’il voulait organiser, je lui dis ceci: «le plus beau cadeau pour moi serait la présence de madame Beugré, ma prof de Philo…»

Vous imaginez ma prof chez moi? C’était si difficile de l’approcher et de lui dire quelque chose en dehors de son cours que pour moi, ce serait un miracle qu’elle s’amène jusqu’à mon domicile. Madame était vraiment inaccessible. Papa m’avait écouté, en me souriant, sans rien dire. Nous nous entendions tellement bien, lui et moi, vous savez! À seulement 42 ans, il était si jeune qu’il donnait l’impression d’être mon ami quand il était à côté de moi. D’ailleurs, c’est bien ce qu’il était, car nos rapports dépassaient le cadre filial.

Le samedi de mon anniversaire, un jour de juin 2010, mes amis du quartier et de l’église étaient réunis chez moi pour la fête. Quand vint le moment de chanter le rituel «happy birthday», ma prof de Philo sortit soudain de la véranda en s’avançant vers le milieu du salon où nous étions, en chantant «joyeux anniversaire» avec une voix magnifique. Mon père venait de me faire la plus belle surprise de ma vie en faisant venir madame Beugré. J’étais émerveillé, la regardant avec des yeux brillants. Je crois qu’elle savait que j’étais amoureux d’elle. Pendant l’évènement je ne cessai de la remercier d’être venue. Je félicitai aussi papa d’avoir réussi la prouesse de l’avoir déplacée. Vous savez, c’était quelqu’un d’important dans le pays, papa, une célébrité politique. Quand ma prof et moi parlions ce jour-là, elle m’avoua avoir été surprise d’apprendre que j’étais le fils de mon père. Jamais elle n’avait fait le lien de mon patronyme avec ce dernier. C’était donc avec plaisir qu’elle avait accepté son invitation.

IL Y A MÊME QUOI DANS «BÔTCHÔ» ?

Après la fête, tout le monde rentra. C’est du moins ce que je crus jusqu’à ce que le lendemain je fus choqué de voir madame Beugré sortir de la chambre de mon père, en pyjama. Incroyable! Elle avait passé la nuit dans notre villa sans que je ne susse.

– Bonjour mon petit, me jeta-t-elle en me souriant. Tu as bien dormi?

– …Oui madame, fis-je en bégayant les yeux hagards, pas encore remis de mon étonnement.

Elle se dirigea ensuite vers la cuisine où je la vis prendre des œufs. Mon père sortit à son tour au bout d’un moment, et en me voyant dans le couloir du salon, il m’entraîna vers la piscine où nous nous assîmes sur le transat.

– Mon fils, c’était un dossier trop fort pour toi, me dit papa en me tapotant l’épaule avant d’allumer une cigarette.

Je restai calme en l’interrogeant par un haussement d’épaules et un froncement de sourcils. Il continua à me parler:

– C’était un dossier trop fort pour toi, tu me comprends? Tu n’as que 20 ans tandis que Mireille, 35…

– Qui est Mireille?

– Eh bah, c’est son prénom, mon fils. Tu ne savais pas?

Je lui souris, puis il poursuivit:

– Ça n’aurait pas marché, mon fils. Tu étais dans ce qu’on pourrait appeler, un fantasme d’ado, un petit univers illusoire, une bulle mirage. Quand tu seras grand, tu comprendras. Mais vraiment, ce dossier était trop lourd pour toi. Tu ne m’en veux pas?

Je souris à mon père tandis que madame Beugré s’annonça depuis l’entrée du salon en criant:

– Chéri, j’ai fini les omellettes! Vous venez pour le déjeuner?

Tchié! J’avais offert à mon père une remplaçante pour sa défunte épouse, ma mère, partie cinq ans plus tôt… Dix ans après, Mireille Beugré y est toujours, devenue ma belle-mère, et en ce 16 juin 2020, je me souviens encore de ce qui s’est passé à l’occasion de ma fête d’anniversaire, comme si c’était hier… Bof, grâce à elle, j’ai eu beaucoup de demi-frères!

Par Louis-César BANCÉ

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