«MA BLESSURE SUCRÉE», «MA BLESSURE SACRÉE»

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Dans la série burkinabè Commissariat De Tampi, Chocho et Oyou sont deux personnages dont on peut dire qu’ils font leur film dans le film. Ce couple d’individus à la fois toujours complices et toujours en conflit sur fond de concurrence pour avoir les faveurs de la charmante secrétaire du commissaire, est de loin le sel qui, épisode après épisode, donne à la série cette saveur particulière qui fait qu’on en redemande encore et encore.

Chocho est le tenancier du café qui jouxte le commissariat. Il est pourtant si présent dans la vie de ce service public qu’il ne lui reste plus qu’à troquer le tablier contre le treillis pour devenir un policier comme Oyou. Et pour cause, s’y trouve celle qu’il appelle affectueusement sa «blessure sucrée». Vendeur de pain au café, Chocho est très familier du lait concentré sucré; rien d’étonnant donc que ce soit lui qui donne à Poupette ce doux surnom de «blessure sucrée».

Personnellement, l’expression ne m’a jamais laissé indifférent. Et je me suis plus d’une fois vu en train de chercher à en comprendre la portée. Au moment où je décide d’écrire ce texte, la métaphore semble avoir terminé de me faire visiter ses profondeurs sémantiques, si bien qu’elle m’inspire les quelques réflexions que voici.

D’emblée, «ma blessure sucrée» est une métaphore dont la profondeur tient de ce qu’elle se construit autour d’un oxymore, figure de style consistant à «allier deux mots de sens contradictoires». Et nous voilà en présence de deux figures de style qui s’emboîtent l’une dans l’autre. De quoi déstabiliser l’esprit humain habitué à associer la blessure à la douleur, avant qu’il ne retrouve progressivement ses esprits devant l’idée qu’une blessure puisse être sucrée. 

Pour comprendre cette métaphore mordue à l’oxymore, on peut d’abord se situer du point de vue de l’homme amoureux pour évoquer cette douleur d’aimer qui, depuis la nuit des temps, fait naître des poètes et alimente continuellement la poésie. Oui, un cœur amoureux est un cœur blessé, traversé par une flèche. En même temps, la présence de l’être aimé, son parfum, sa voix, etc. sont la source d’un bonheur si intense que la douleur en devient un pur plaisir, un bonheur unique, lyrique, féérique, mystique.

Pourtant, curieusement, il semble y avoir quelque chose dans cette expression qui veut que seuls les hommes l’utilisent à l’endroit des femmes. Dès lors, trêve de poésie; on est à la limite de l’hérésie, tant la blessure sucrée est aussi une blessure sacrée. Chaque femme a en effet entre les jambes cette «blessure» dans la chair vive qui rend les hommes ivres, une «blessure» dans laquelle tous les miels de l’univers visible et invisible se sont donnés rendez-vous. Les hommes y oublient pendant de brèves éternités les morsures des abeilles et les leçons qu’ils en tirent ne durent que le temps de porter son caleçon après le forfait.

Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

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