LUTTES SYNDICALES EN CÔTE D’IVOIRE: REPENSER L’UNITÉ (3ème Partie)

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QUEL DÉBUT DE STRATÉGIE DE LUTTE ?

Bien entendu, une stratégie de lutte sérieuse ne saurait être dévoilée avant la lutte ! C’est d’abord l’affaire du groupe formé à cet effet dans une unité minimale de visions et plus tard dans une unité d’actions. L’unité d’actions ! C’est le carrefour où se séparent bien souvent les éléments du groupe. Les uns prônant ‘‘la négociation’’ à outrance au point de paraître suspects tandis que les autres sont pour ‘‘acculer’’ l’adversaire jusqu’au dernier retranchement au point de paraître insouciants et extrémistes. Or la meilleure stratégie est un savant dosage des deux postures, sans a priori.

En tout état de cause, la constitution du groupement unitaire, à mon sens, doit se faire par cercles concentriques qui partiraient d’unions des syndicats de base (à toutes les échelles) puis évolueraient vers l’alliance de groupements au sein de chaque ordre. Et plus tard toucher les faîtières, si nécessaire. Cela, sous l’arbitrage lucide, cohérent et courageux de la base. Tout le monde étant garant de l’unité.

En l’occurrence, l’Iseppci (Primaire), qui ne saurait se passer du Midd, devrait faire cavalier avec la Cosefci (Secondaire/Primaire) dont le département Enseignement Technique (incarné par la Conafetpci) doit se voir renforcé par les ou des syndicats de leur Collectif, notamment le Synafetpci et Solidarité. En outre, une composition de ce type ne devrait pas ignorer au moins deux structures de la Plateforme Secteur Éducation/Formation : le Synapeci et le Sinioci qui, malgré la présence du Sycop-ci et du Carieeci, restent incontournables dans la sphère des éducateurs et inspecteurs d’orientation. Si toutefois ils parvenaient à s’affranchir de la vision tutélaire de la Plateforme mère telle qu’évoquée plus haut…

LUTTES SYNDICALES EN CÔTE D’IVOIRE: REPENSER L’UNITÉ (2ème Partie)

La Posec, la nouvelle Plateforme du Supérieur, aurait une occasion d’envergure pour son baptême du feu.

Ainsi, la configuration serait :

Iseppci + Cosefci (avec Collectif enseignement technique, PF secteur E/F, Synesci et structures alliées) + Posec.

Tout en n’oubliant pas d’aller ‘‘sensibiliser’’ nos collègues bureaucrates et ronds-de-cuir qui servent dans les Directions Régionales, Départementales, Antennes Pédagogiques…, qui se sentent très peu concernés par les actions syndicales et autres formes de contributions mais n’en gardent pas moins l’oreille tendue vers d’éventuelles retombées. On a même découvert qu’ils sont les mieux informés et les mieux documentés, toujours prompts à photocopier les décisions et actes administratifs sortis de ces luttes. Réflexe lié à la fonction, j’imagine…

À défaut de cette composition idéale mais pas forcément idéaliste, une autre forme plus réduite, dictée par une observation réaliste du terrain, peut s’élaborer ainsi :

Midd + Cosefci (renforcée) + Cnec.

Ce pourrait être un très bon début pour catalyser le mouvement, la porte restant toujours ouverte à tous. Mais pas sérieux, s’abstenir…

En 2009, le M4, véritablement lancé avec quatre syndicats, avoisinait la vingtaine de membres vers la fin. Le nombre croissait à mesure que le mouvement montait en puissance. Quand bien même d’autres syndicats réunis au sein du ‘‘Collectif’’, groupement ‘rival’ d’alors, ne se sentaient guère concernés par l’action du terrain. Il n’empêche qu’en juin, les résultats étaient là. Suivis en novembre des premiers effets financiers.

Plus récemment en 2017, les syndicats de ce défunt ‘‘Collectif’’ ont, au sein de la PFN, pris une part active dans la lutte mémorable quand un nom essentiel du M4 d’hier (le Synesci) était aux abonnés absents, aux côtés de ses alliés de la Cosyfop. Au passage, pourquoi si souvent dans notre syndicalisme les tire-au-flanc d’hier deviennent subitement actifs aujourd’hui et les actifs d’hier préfèrent aujourd’hui tirer au flanc ? Face à cela, comment ne pas louer la constance de structures qui ont toujours réussi à garder le cap de la lutte quelle que soit la direction du vent ? Le disant, je pense au Secondaire à la Ces-ci (sans que mon objectivité ne soit prise à défaut), à la Cnec au Supérieur et au Midd au Primaire, toutes proportions gardées.

Comme quoi, tout le monde est éligible à l’appel mais personne ne sera indéfiniment attendu. Autrement dit, tout le monde est important mais nul n’est indispensable. Ce n’est pas de l’ostracisme mais du réalisme. Du réalisme syndical nourri de l’actualité et de l’histoire récente de notre marigot syndical avec ses espèces très mutantes…

Si l’engagement est franc et total chez la première vague représentative, les résultats suivront. On se souviendra, en revanche, de l’échec de la défunte Isef dont le péché mortel fut, me semble-t-il, d’avoir mal apprécié l’ancrage des forces au niveau du Secondaire (encore le Secondaire !)

Contrairement aux autres corps de métier, l’unité dans le secteur Éducation/Formation relève tant de la gageure que l’atteindre semble déjà synonyme de victoire face à un adversaire qui est un monstre froid. La période (préélectorale) est en soi déjà très stratégique. Comme telle, il faudra savoir la capitaliser en l’intégrant à la stratégie globale, sans a priori aussi. Car s’unir, c’est accepter de céder un morceau de son autonomie au profit du collectif. Quand cela est admis, le reste coule de source. Mais avant, dans notre milieu, une question fondamentale résume la difficulté : à qui devrait revenir l’initiative de la démarche en vue de l’unité ?

QUI DOIT IMPULSER L’UNITÉ ?

L’unité syndicale, ce n’est pas juste la multiplicité de signatures au bas d’un mot d’ordre. Les signatures, on peut en créer artificiellement des dizaines chaque jour pour servir sa cause, comme les partis et les ONG chez les politiques… Ce qui doit compter, c’est l’audience et la représentativité des signataires. Sans condescendance. Comme ont pu le ressentir certains leaders de partis politiques d’opposition lorsque l’un des leurs affirmait au début des années 1990 : ‘‘Ce sont les ruisseaux qui viennent aux rivières et non l’inverse.’’

Normalement c’est un leader qui doit prendre l’initiative de démarcher ses pairs, au-delà des barrières ‘idéologiques’, personnelles, etc. Aujourd’hui, c’est ce pari qui est difficile à tenir car, à tort ou à raison, certains traînent la réputation de ‘‘briseurs de luttes’’ qui fait qu’ils sont plutôt ‘infréquentables’, donc classés par leurs pairs et une partie de la base comme des pions de l’Administration. Leur immobilisme alors que la majorité de la base n’a jamais été aussi mobilisée ne plaide pas pour eux. Pourtant, eux aussi accusent les autres. Arguant qu’ils sont adeptes d’aventures qui les mettent seuls en vue, alors eux n’ont aucune raison de leur servir de faire-valoir. Pfffff

On peut alors dire que toutes les deux parties sont responsables : aussi bien celle qui refuse de prendre langue avec les autres (ou le fait du bout des lèvres) avant d’engager une action que celle qui rechigne à rejoindre la lutte mais en attend secrètement les fruits. Face à un tel antagonisme, qui mieux que la base, garant et première bénéficiaire de cette unité, pourrait l’impulser ou pallier la situation si les leaders venaient à manquer à leurs engagements et devoirs?

Chaque syndicat a dans son arsenal statutaire et réglementaire un mécanisme de saisine permettant à sa base d’interpeller la direction, voire de lui imposer sa vision légitime. Encore faudra-t-il que ce travailleur de la base ait un identifiant qui le lie au syndicat…

C’est, à mon avis, la nouvelle approche de l’unité qui devrait ‘‘mettre au pas’’ les dirigeants si vétilleux sur le mode de lutte, au détriment finalement des enseignants. En outre, l’enseignant qui se refuse à une prise de responsabilité en prenant le relais (de peur, par exemple, de s’exposer à des représailles) et après venir se défausser sur les responsables syndicaux, fait inconsciemment le lit de la désunion, de l’inertie dans la lutte et, in fine, de l’indifférence ou du mépris de l’autorité.

Suite: LUTTES SYNDICALES EN CÔTE D’IVOIRE: REPENSER L’UNITÉ (4ème Partie et Fin)

Par Mamadou TRAORÉ

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