LUTTES SYNDICALES EN CÔTE D’IVOIRE: REPENSER L’UNITÉ (2ème Partie)

0 30

Obtenez des mises à jour en temps réel directement sur votre appareil, abonnez-vous dès maintenant à Attoungblan.net.

LE RÉALISME SYNDICAL

Ô qu’il eût été plus simple de voir mécaniquement chacun des dirigeants de ces structures (de base ou regroupées) venir apposer son sceau au bas d’une liste de revendications légitimes. Hélas! On a beau se gaver d’optimisme pour se voir offrir l’UNION à tous les prix, à tous les compromis, et à toutes les compromissions, la réalité nous rattrape toujours. Tous ceux qui s’y sont lancés sans discernement, comme se disant ‘‘Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse’’, en sont revenus désabusés voire dégoûtés de notre faune syndicale.

Aux nostalgiques des historiques luttes d’ensemble, il faut admettre définitivement qu’il sera difficile de rééditer de tels exploits avec les mêmes noms. La multiplication des visions et des intérêts personnels est allée au rythme de la fragmentation des organisations.

LUTTES SYNDICALES EN CÔTE D’IVOIRE: REPENSER L’UNITÉ (1ère Partie)

À titre d’exemples :

1) le MSSESGT (Mouvement des Syndicats de l’ Enseignement Secondaire Général et Technique) dit « M4 » avec pour porte-parole SORO Mamadou et qui avait pour colonne vertébrale le Synesci et la Ces-ci (pour l’enseignement général) et le Synafetpci et Solidarité (pour l’enseignement technique), est aujourd’hui atomisé dans certaines de ses composantes. Les dirigeants sont différents, chacun des nouveaux avec ses priorités et ses visions. Conséquence : le volume confiance qui avait présidé à la mise en place et à la conduite de ce bloc n’est plus le même.

2) La Plateforme Nationale (PFN) de 2019 n’est pas l’historique Plateforme Nationale de 2017 pour le secteur éducation/formation (comme l’Ifci d’ailleurs). Des syndicats membres l’ont quittée pour d’autres cieux. De là, naîtra la Cosefci. D’autres départs de fait seront constatés après que la faîtière s’est muée en centrale. Puisque ces syndicats n’ont pas voulu abandonner leurs centrales d’origine.

En outre, dans la parfaite assumation des Protocoles qu’elle a signés, la PFN ne fait pas mystère de son engagement à se soumettre à l’observation des cinq ans de trêve. Un revirement est-il possible ? Également, sur une question telle que l’indemnité de logement, sa vision panoramique et transversale ne semble pas épouser celle des autres syndicats du secteur éducation/formation qui battent le pavé actuellement. Selon son président, la question devrait être réglée dans le cadre de la réforme du Statut Général de la Fonction Publique. Comment ? Quand ? Mystère et boule gomme !

Enfin, il y a l’épisode nocturne de la Primature (19 janvier 2017) et d’autres faits subséquents qui ont entamé le crédit que certains enseignants (surtout) lui accordaient. Au point de n’accepter les effets financiers du Protocole (paiement du SDA) que comme un pis-aller. Il faut néanmoins remarquer que curieusement, on dénonce la signature du Protocole en brocardant au passage les responsables mais chacun suit avec une vigilance soutenue l’évolution du chronogramme jusqu’à son tour. Et quand on est passé silencieusement à la caisse, on retourne se mettre à la queue pour attendre le prochain tour. Et là, rebelote ! Haro sur ZADI et « sa » PFN (et l’Ifci)…

Alors, la réalité d’aujourd’hui n’est point celle d’hier. Il faut l’intégrer une fois pour toutes pour ne pas être l’otage d’un passé dont les acteurs et instruments se sont métamorphosés. Cependant, si l’objet et les motifs de la lutte sont clairement posés, une reconfiguration engagée peut conduire aux mêmes prouesses.

S’UNIR AUTOUR DE QUOI ?

Il n’est d’union et d’unité qu’autour d’un objet fédérateur. Pour s’unir valablement et durablement, il faut le faire autour de ce qui peut intéresser tout le monde. En l’espèce, le dénominateur commun entre nos organisations et qui pourrait être le ciment de cette alliance des braves reste assurément l’INDEMNITÉ (contributive) DE LOGEMENT. C’est le cri de cœur de tous les enseignants, tous ordres confondus. Sa simple évocation devrait sonner comme un cri de ralliement. On pourrait se limiter à cela. Mais les luttes d’une telle envergure ne s’engageant peut-être qu’une fois par décennie, il paraît judicieux d’adjoindre à ce point commun un autre point ‘‘spécifique’’ à chaque ordre : la suppression des cours du mercredi matin (pour le Primaire) ; le relèvement –ou l’ instauration pour la surveillance- des primes liées aux examens (pour le Secondaire mais profitable aussi au Primaire) ; la résolution définitive de la question des heures complémentaires en adoptant, par exemple, la dernière réforme sur le sujet arrêtée à Bingerville (pour le Supérieur).

Au sortir de ses assises, Grand-Bassam avait suscité beaucoup d’espoir par les propositions qui y avaient été faites. Mais force est de constater que les fruits n’ont pas encore tenu la promesse des fleurs. La tiendront-ils un jour, sans apport de fertilisants de combats ? Dans tous les cas, ces propositions produites après concertation entre ces camarades aux visions et intérêts inconciliables paraissent un bon point de départ.

En adoptant une telle plateforme minimaliste qui contenterait chacun, il faudra se faire violence pour exclure, sinon différer pour d’autres batailles de grands ensembles, des points qui touchent aussi à l’ensemble des fonctionnaires : suppression de la Contribution Nationale et impôts divers injustifiés, relèvement de l’allocation familiale, révision de l’indice de référence… Un creuset réunissant les faîtières et centrales devrait pouvoir se charger de ces questions. Autrement, un amalgame alourdirait la liste de revendications pour finalement créer des lenteurs et des atermoiements préjudiciables aux enseignants. Il en est de même de la situation des promus par concours exceptionnels aux grades A5, A6, A7 dont le cas, quoique crucial, peut se régler parallèlement dans un autre cadre.

Le distinguo ainsi bien fait serait déjà une amorce lucide de stratégie. En effet, savoir ce que l’on veut, ce que l’on demande et avec qui l’on ira demander, c’est déjà avoir effectué un grand pas dans la stratégie de lutte.

Suite: LUTTES SYNDICALES EN CÔTE D’IVOIRE: REPENSER L’UNITÉ (3ème Partie)

Par Mamadou TRAORÉ

Commentaires
Loading...
%d blogueurs aiment cette page :