L’IVOIRIEN ET L’ATTITUDE DU VER DE TERRE

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Situation inacceptable au départ, l’Ivoirien commence petit à petit à se remettre en cause après avoir compris la réalité objective qui le place aujourd’hui dans une position de reconquérant sur un marché de travail qui lui appartenait exclusivement. Et pourtant, le Père de la Nation et son premier successeur ont pris le soin de leur réserver un marché de travail sur lequel il a craché durant des décennies. Parallèlement, l’Ivoirien n’avait pas compris au départ que dans les pays pauvres, la crédibilité de l’Etat repose sur l’évolution du contexte international, la fluctuation du marché surtout quand ce pays dépend exclusivement de ses produits d’exportation comme la Côte d’Ivoire et enfin les humeurs des grandes puissances occidentales. Pensant tout avoir, il a fini par tomber dans les travers de l’autosatisfaction : « on a tout chez nous », « mon père est ceci », « mon oncle est cela », etc.

LE MOUVEMENT #CYM LANCE SES ACTIVITÉS

Il triait le travail, cherchait à être bureaucrate. Bourgeois dans son attitude et son comportement, mais tout petit d’esprit, il considérait certains métiers comme avilissants et appartenant à une classe sociale à laquelle il ne pouvait guerre associer son nom pour entacher son image et sa crédibilité. Nous étions encore à l’époque du tout puissant Etat-providence avec un nanan qui avait rêvé tellement grand pour son pays et son peuple qu’on avait même atteint l’émergence avant que les héritiers directs au trône, les « bébés gâtés », ne viennent détruire les fondements de cet acquis. Quand survint la crise dans les années 1980, et que l’Etat-providence devint subitement impuissant face à la nouvelle donne, l’Ivoirien qui n’avait pas encore vu la menace arriver à grande vitesse, et qui pensait que les problèmes seraient résolus, est resté imperturbable. Cette attitude est à mon sens l’attitude que le ver de terre a adoptée. Alors que son oncle distribuait les colonnes vertébrales aux autres êtres vivants, et qu’il avait toute la possibilité d’en avoir gratuitement, il a préféré traîner.

Nous avons tous été visités par le comportement du ver de terre. Le comportement du ver de terre est la négligence pure et simple qui peut causer un mal irréparable comme ce qui est arrivé au ver de terre. Le comportement du ver de terre est une attitude opposée à celle du kakadjé, car ici, on devient victime de sa propre attitude. En effet, l’on raconte que le ver de terre avait pour oncle celui qui fabriquait la colonne vertébrale pour toutes les espèces vivantes. En tant que neveu, il avait la possibilité d’avoir gratuitement cette colonne vertébrale. Pendant que tout le monde l’enviait et demandait ce qu’il attendait pour se faire placer une colonne vertébrale, et gratuitement en plus, il disait qu’il n’était pas pressé car il pouvait l’avoir quand il voulait. A force de traîner, son oncle est mort d’une mort subite et tout couvert de honte, il rentra dans la terre.

Beaucoup d’exemples existent: un gérant de cabine qui vient à 8h au travail, voire 9h, descend à 12h pour remonter à 14h, voire 15h et finit par perdre une bonne partie de sa clientèle. C’est aussi le propriétaire de gbaka, wôrô wôrô, ou autre véhicule de transport qui n’entretient jamais son véhicule et finit par l’expédier définitivement au garage tellement les pannes sont devenues insurmontables. C’est le mauvais chauffeur qui finit par bousiller sa voiture, à force de mal conduire ; c’est également le politique qui finit par être chassé du pouvoir, parce qu’il a disparu après son élection, l’élève qui contourne les règles de réussite scolaire et finit par être renvoyé, le parent qui néglige l’éducation de ses enfants qui finissent par échouer dans la vie, le paysan paresseux qui est frappé par la famine chaque année parce qu’incapable de cultiver la moindre parcelle de terre pour sa propre subsistance et celle de sa famille. On se plaint que l’étranger a tout pris. Cela me rappelle le tragique épisode de la chasse à l’homme en Afrique du sud. Mais entre nous, qu’avons-nous fait pour qu’ils prennent tout ? C’est parce qu’on a eu le comportement du ver de terre : on se disait que nous sommes chez nous, que nous aurions ce que nous voulions, quand nous le voulions. On a même oublié que nous ne sommes ni maitre du temps, encore moins des circonstances, et que nous sommes dans un système évolutif, qui tolère mal les fainéants et les négligents.

 Néolibéralisme et réalités ivoiriennes : quand la situation nous rattrape

La politique sociale en vigueur sous Houphouët-Boigny était un peu plus souple, même si c’est cette même politique que ses successeurs continuent de défendre de la mauvaise façon et qui nous conduit dans les abîmes de la dépendance de l’Occident à tous les niveaux. L’Etat Providence existait encore et il y avait plus d’opportunités d’emploi. L’ère 1980, marquée par la récession économique, avait commencé à rendre la situation socioéconomique de l’Ivoirien difficile. Mais pour la majorité des Ivoiriens, le rêve de « devenir quelqu’un dans la vie » et plus facilement, continuait à trottiner dans leur tête. La chute du Mur de Berlin qui consacrait l’unipolarisation du monde, avait donné plus de force au néolibéralisme qui continue de faire saigner tous les pays pauvres. Notre pays qui était sur la liste des candidats au suicide n’a pas échappé au déluge. Du coup, les conséquences continuent de se répercuter directement sur l’ensemble de la population ivoirienne. Malgré tout, j’en connais qui refusaient des salaires de 250.000FCFA en 1996 parce qu’ils détenaient une Maîtrise. Ils ne se rendaient pas compte qu’ils vivaient les derniers soubresauts de leur rêve qui, je crois, a fini par s’estomper pour les livrer au regret aujourd’hui. Dans ce four de l’émergence actuelle, quel Ivoirien peut rêver d’un miracle économique semblable à celui de l’ère Houphouët dans un système où toutes les valeurs morales ont disparu, où le système judiciaire n’existe que de nom, où tous les concours sont payants et où l’on promeut l’appartenance ethnique et/ou politique au détriment de la compétence ? Il était encore difficile à cette époque d’imaginer un Ivoirien otrotigui, vendeur de garba ou zéguen, gardien devant un magasin, etc. Le « bon Ivoirien », habitué à la vie facile, parce qu’il vit chez un parent aisé, n’avait pas le temps à tout ça. Entre temps, l’étranger « venu se chercher » mettait en place un système dynamique d’accaparement de certains secteurs : construction, commerce, bois, viande, transport et même au plan religieux, les églises, etc. Ne leur en voulons pas. Assumons les conséquences de notre trop grande suffisance et notre passé de rêveurs et prenons conscience de notre situation pour remonter la pente. Il n’est pas encore tard.

La naissance de « l’Ivoirien nouveau » : un accouchement difficile ?

L’Ivoirien nouveau existe-t-il ? on peut dire qu’un changement est en cours. Une prise de conscience véritable s’est opérée dans le comportement de certains Ivoiriens qui ont traversé les trois dernières décennies passées et qui ont connu « l’enfer socioéconomique ». Dans certains secteurs d’activités, les lignes bougent, même si beaucoup de problèmes sont perceptibles. Les mentalités étaient préparées à s’orienter directement vers la bureaucratie. Aujourd’hui, le doctorat peut vous expédier à la rue, et si vous n’avez pas pris le temps d’être préparé mentalement et psychologiquement, vous pouvez même y perdre la raison. Une reconversion s’impose donc, qu’on le veuille ou pas. J’ai vu récemment un docteur faire du poulet braisé et je suis tombé d’admiration en le regardant et en échangeant avec lui. Et son activité marche très bien. Beaucoup qui n’ont pas encore compris se jettent dans des concours à coup de millions pour se faire escroquer et s’endetter inutilement. D’autres encore procèdent de la même façon pour se faire vendre comme esclave en Lybie ou se faire exécuter en pleine mer, dans l’espoir de retrouver l’enfer, l’Europe.

Nos dirigeants, gardiens de la basse-cour des occidentaux

En réalité, je crois qu’un profond changement s’est opéré au sein de la population qui a traversé les décennies 1980, 1990, et qui a connu l’enfer de la crise postélectorale et l’évolution politique à partir de 2011. Cependant, deux problèmes majeurs se posent : l’absence véritable d’une société civile comme conséquence de la politisation de tous les secteurs, la sélection sur mesure de tous les dirigeants de la société civile sur une base ethnique et/ou politique au pouvoir en place, l’attitude complice de tous les dirigeants qui mettent un mécanisme en place pour tuer toutes contestations sociales dans l’œuf. Et ils sont très conscients quand ils parlent d’Ivoirien nouveau. Craignant une contestation sociale et populaire capable de les couler quand ils franchissent le Rubicon en augmentant tout (CIE, SODECI), etc., alors que le niveau de vie de l’Ivoirien moyen n’atteint pas le smic, la parade trouvée est de se comporter en véritable héros d’un film western. Si les occidentaux considèrent nos états comme leur basse-cour, alors nos dirigeants sont les contremaitres ou les gardiens qui disposent de la vie et l’avenir des poules à leur guise : la population.

Dynamique entrepreneuriale : les Ivoiriennes battent le record

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L’Ivoirienne est celle qui a mieux compris sa prise en charge. Longtemps considérée comme femme au foyer et ne pouvant exercer les tâches réservées aux hommes, elle a mûri l’idée que sa prise en charge dépend d’elle-même, qu’elle ne peut réussir que par elle-même dans une société foncièrement machiste où sa place est réservée au foyer. En effet, dans la mentalité collective des Africains, y compris dans les cercles instruits, la femme doit rester au foyer. La montée de la pente a été pénible, eu égard à toutes les stratagèmes mis en place pour l’empêcher d’atteindre le niveau social actuel. Les dirigeants, aussi machistes malgré l’éducation occidentale reçue et dont ils font la promotion dans les médias à coup de milliards, se sont longtemps opposés à son ascension sociale. Doucement, mais sûrement, l’Ivoirienne a compris qu’elle pouvait arriver au niveau des hommes, leur faire admettre la réalité liée à son évolution sociale. Certains facteurs, comme la pauvreté grandissante, ont ajouté leur dose face aux combats institutionnels entrepris. La position politique, sociale, économique qu’occupent les Ivoiriennes dans la société actuelle est le fruit combiné de toutes les forces qui ont œuvré à cela. A côté de ces cas brandis dans les médias, il y a d’autres femmes invisibles aux écrans de nos télés qui luttent chaque jour pour leur survie et celle de leur petite famille : celle qui sert de courroie de transmission entre le monde rural et le monde citadin. Dépourvues de moyens, elles se sont constituées en coopératives en louant des camions pour aller chercher les produits vivriers pour les revendre sur le marché : banane, igname, gombo, avocat, orange, viande de brousse, etc. en période de pénurie ; elles vont très loin toujours dans le but de satisfaire leur clientèle. Elles sont donc à honorer. Car elles abattent chaque jour un travail colossal dont tout le monde bénéficie, contrairement aux hommes qui ont trouvé refuge dans les accusations, les bars climatisés, les boites de nuit et qui s’exposent à la mort chaque jour sur nos routes.

Par YAPI Michel

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