L’HISTOIRE D’UNE ROBE

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Cela se passe un mardi soir aux environs de 16h30. J’ai été chez l’un de mes couturiers installé dans le même quartier que moi pour me confectionner un modèle de robe que j’avais vu un jour de passage devant son atelier. Parce qu’il a l’habitude de coudre et d’exposer ses créations à l’entrée de son atelier, à la vue des passants, et surtout des passantes.

Je me rends donc chez lui avec un joli pagne que j’aimais contempler les soirs avant de dormir, pour demander le prix du modèle qui m’avait captivée. Je m’attendais à un prix élevé, mais c’est le contraire; je peux payer le prix fixé, heureusement. Après le marchandage, on passe à la prise des mesures, les épaules, le tour de poitrine et enfin la longueur. Et puis il me dit: «C’est un modèle très facile à faire, donc tu viendras chercher ta robe le samedi; ça te va le samedi non?»

J’ai tiqué avant de répondre oui. Car je doutais qu’il puisse me livrer la robe dans ce délai si court. Dans le passé, il m’avait déjà doublée une fois, mais comme il coud bien, je me suis dit qu’il avait peut-être changé. Or, c’était mal le connaitre. On prend congés l’un de l’autre. Pour se retrouver le samedi comme promis.

Mercredi, jeudi, vendredi, et ce samedi arrive enfin. Le grand jour! J’ai voulu aller dans la matinée pour retirer ma robe, mais comme j’étais occupée, je suis allée le soir vers les 18h. À mon arrivée, j’ai trouvé qu’il était en train de prier; alors je suis restée dehors jusqu’à ce qu’il termine sa communication avec Dieu. Après la prière, il est venu me saluer avec une telle sympathie. Il tenait en main le bas de la robe qu’il s’est empressé de me montrer en cherchant des mots pour me dire qu’il n’avait pas terminé.

Avant que je ne place un mot après m’avoir saluée, il me dit: «Voilà, j’ai déjà fait le bas et j’ai commencé les manches.». Je n’en revenais pas. Ah les couturiers! Il ajoute: «Viens demain matin.» Je lui demande à quelle heure. 10h pile, répond-il. Et tu verras ta robe prête. Ce dimanche encore j’ai attendu jusqu’au soir pour me rendre chez lui une fois de plus afin de récupérer la robe tant espérée.

J’arrive, je fais kôkô, on me dit oui entrez, alors j’entre. Mille jours pour le voleur, un jour pour le propriétaire; j’ai attrapé mon couturier la main dans le sac en train de coller la deuxième manche et ensuite le reste du haut. On pouvait voir la honte l’envahir, car il ne s’attentait plus à moi à cette heure. Et le mensonge que dégageait son corps. Mais je n’ai plus dit mot et me suis assise, la mine serrée. Face à face, narine dans narine dans son atelier. Le voilà maintenant tourner en rond, ne sachant quoi dire ou faire encore pour me calmer dans mon silence chargé de colère. En réalité, je n’étais pas prête à retourner à la maison sans ma robe.  

J’ai attendu et, à un moment donné, j’ai voulu me désister mais je me suis abstenue de le faire. Ce serait trop lui faciliter la tâche. On était là et je vois qu’il commence à faire nuit. J’espère que mon couturier allume l’ampoule de son atelier, mais rien… Hum, affaire-là devenait bizarre, donc pour éviter de lui mettre trop la pression et qu’il monte ma robe à l’envers, je lui ai dit que je reviendrais le lendemain. J’ai compris depuis ce jour qu’avec les couturiers, il faut plus que de la patience…, beaucoup de prière.

                                                                   Par COULIBALY Zinzi Djata

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