L’HÉRITAGE ET SA GESTION EN PAYS GOURO

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Chez les Gouro en général, et chez ceux de Nananfla en particulier, l’héritage est affaire d’hommes : « Glwin è é ti zra bhlé ». Autrement dit, « C’est l’homme qui hérite de son père ». On comprend par-là pourquoi l’homme kwéni met un point d’honneur à avoir des enfants mâles dans sa descendance, le garçon étant perçu comme l’autre lui à préparer pour lui succéder, venu le moment fatidique, afin de perpétuer la lignée.

Quand on a dit cela, c’est pourtant une erreur de penser que le père mort, l’héritage est directement remis entre les mains de l’aîné des enfants. Les choses ne se passent pas ainsi dans la pratique sociale, d’où peut-être les conflits récurrents autour de la gestion de l’héritage qui en devient souvent un long métrage tragique à rebondissements. J’y reviendrai.

En attendant, il faut noter que l’héritage (champs, maisons, biens matériels de toutes sortes, etc.) est d’abord légué à un frère du défunt. Si les enfants sont encore mineurs, il lui revient de gérer ces biens tout en prenant en charge l’éducation des orphelins dont il devient en même temps, de ce fait, le nouveau père. Dans la société traditionnelle kwéni, le frère pouvait même, si celle-ci était encore assez fraîche et consentante, marier « en héritage » la veuve du défunt, ce qu’on appelle le lévirat.

Mais même quand les enfants sont majeurs, la tradition dispose que, ne serait-ce que de façon symbolique, l’héritage soit toujours d’abord remis à un frère du défunt, duquel on attend, dans ce cas de figure, de faire le constat que, les enfants de son frère défunt étant déjà grands et même mariés pour certains, il préfère les laisser disposer ici et maintenant des biens de leur père.

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Malheureusement, la jalousie, l’envie, la cupidité et la gourmandise de certains oncles ou même de certains fils du disparu ont souvent fait du partage de l’héritage un temps sombre de règlements de comptes où tous les coups sont permis. Les enfants qui étaient mineurs au moment du décès de leur père ont grandi depuis et l’oncle qui a pris goût à l’héritage refuse de le céder aux ayants-droit ; les enfants sont déjà majeurs quand le malheur a frappé mais l’oncle qui guettait aussi secrètement les biens de son frère n’est pas disposé à les lâcher facilement. Parfois, ce n’est pas l’oncle qui est cause. La guerre de l’héritage a lieu entre les enfants même du défunt, surtout quand celui-ci était polygame et que la bombe à retardement explose dès sa disparition.

Face à ces débordements regrettables, les enfants ont parfois recours à la loi et à la justice modernes pour être rétablis dans leurs droits. C’est le lieu d’exhorter les parents à prendre un certain nombre de dispositions dans ce sens de leur vivant afin de mettre leur progéniture à l’abri de certains appétits malsains ou de prévenir des guerres fratricides. En attendant, aujourd’hui dans de nombreuses familles, certains fils restés au village ou partis en ville préfèrent se tenir loin du partage de l’héritage de leur père pour avoir la vie sauve et se réaliser à la sueur de leur propre front. Pas question de mourir jeune à cause d’un vieux champ de cacao. Oui, la sagesse n’a pas d’âge!

Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

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